Derniers Avis : L'Homme qui voulait savoir - Page 4
L'Homme qui voulait savoir
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Un visiteur
2,5
Publiée le 1 décembre 2008
Le problème de ce genre de film, c'est qu'il repose entièrement sur l'acte final. Et sans dévoiler celui-ci, je dirais simplement qu'il m'a déçu. Cependant, le tout est assez prenant et efficace, si n'est les coups de synthé 80's qui servent de musique.
Certains réalisateurs ne sont passés à la postérité que pour un seul de leurs films. C’est le cas du réalisateur hollandais George Sluizer qui aura réalisé un film choc devenu culte avec le très troublant et dérangeant « L’homme qui voulait savoir » dont il réalisa lui-même peu de temps après le remake hollywoodien (« La disparue » en 1993) avec Jeff Bridges, Kiefer Sutherland et Sandra Bullock au générique. L’idée originale du scénario émane de Tim Krabbé romancier et ami de George Sluizer. Le roman voyant son intrigue se dérouler sur le sol français, Krabbé prend contact avec Sluizer qui a passé sa jeunesse en France et poursuivi ses études à l’École de Cinéma de Paris. Sluizer suit donc la progression de l’écriture du roman et emballé par les premiers chapitres convainc Krabbé de lui en céder les droits pour une adaptation cinématographique. Le livre intitulé « L’œuf d’or » paraît en 1984. Les deux hommes décident d’écrire en commun le scénario du film qui sortira sur les écrans en 1988. Il est à noter qu’ayant des profonds désaccords sur la structure de l’intrigue que Sluizer ne veut surtout pas linéaire, les deux amis entrent en conflit, Sluizer propriétaire des droits finissant par évincer Krabbé pour mener le projet à sa guise. Sur la route des vacances, un jeune couple de touristes néerlandais fait le plein d’essence sur une aire d’autoroute dans le Gard. spoiler: La jeune femme (Johanna Ter Steege) disparaît mystérieusement alors qu’elle était allée chercher des boissons fraîches à la boutique de la station. Aucun indice probant ne permettant de mener une enquête sérieuse l’affaire est assez rapidement classée, laissant Rex (Gene Bervoerts) désemparé et incapable de se reconstruire après cette disparition inexplicable dont il se sent responsable. Le jeune homme s’enfonce inexorablement dans l’obsession de « savoir » ce qui s’est passé. Trois ans ont passé.
Parallèlement, un professeur de chimie sans histoire (Bernard-Pierre Donnadieu) se remémore tous les efforts qu’il a dû accomplir pour réussir cette disparition parfaite en pleine aire d’autoroute. Le film suit alternativement les deux trajectoires qui inéluctablement vont se croiser, les deux hommes étant à la recherche de quelque chose qui les réunit. Avec le recul le cheminement suivi par Sluizer permet de mieux comprendre ce qui a amené à la rupture entre l’écrivain et le réalisateur. D’un côté une structure plutôt classique reposant sur la montée en pression du spectateur grâce au suspense généré par le « whodunit » de l’autre une construction poussant à la réflexion et la mise à nue de deux psychologies diamétralement opposées. Le choix de Sluizer sans aucun doute plus audacieux s’avère judicieux rendant le film spoiler: terrifiant par la petite musique qui a trotté dans l’esprit malade de l’obscur professeur de chimie qui totalement narcissique et dénué d’empathie, s’est cru, autorisé à mener méticuleusement sa propre expérience non pas sur sa paillasse de laboratoire mais dans la vraie vie avec un cobaye humain. George Sluizer enfant de la Guerre confronte le spectateur au mal absolu celui qui mène tout droit à la réification de l’être humain un peu à la manière des médecins de la honte puisant la matière vivante de leurs prétendues recherches au sein des camps de la mort. Est-ce le système diabolique qui mène à de telles horreurs ? George Sluizer semble nous montrer que le système s’il a un effet catalyseur et multiplicateur n’est rien sans ceux qui ne demandent qu’à franchir les barrières de l’innommable.
Bernard-Pierre Donnadieu qui remplace Jean-Louis Trintignant ayant décliné l’offre de Sluizer est tout simplement sidérant, montrant que son jeu pouvait le conduire jusqu’à explorer les tréfonds les plus sombres de l’âme humaine. Le film près de quarante ans après sa sortie est toujours aussi dérangeant et on peut se dire que sans le choix courageux de son réalisateur d’en modifier l’ordonnancement, il ne serait pas devenu culte comme le prouve sa récente ressortie en B-Ray.