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Hervé L
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4,0
Publiée le 13 novembre 2019
Un grand classique bien joué et bien rythmé un scénario intelligent et une série de petits pas vers la vérité portes par des dialogues intéressants si rares de nos jours...
Ce qu'il y a d'intéressant en revoyant le film aujourd'hui, et d'observer comment une femme victime d'un viol était traitée en 1959. Les stéréotypes sur le viol ont la vie dure, puisque 60 ans après dans la série britannique, Sous Influence, le personnage interprété excellemment par Emily Watson, avait peur que le procès contre son viol soit son procès. C'est ce qui se passe dans Autopsie d'un meurtre. On est abasourdi d'entendre les commentaires sexistes à l'encontre du personnage de Lee Remick. Cela devait être la règle à l'époque, comme si la victime avait bien cherché d'être violée, et d'entendre dans le film, l'horrible réflexion: "Elle tortillait de la croupe." Nous assistons dans le film au douloureux parcours des 2 victimes (celui du mari avec sa mémoire traumatique et celui de sa femme violée). Tous deux ont droits à des examens et des soins médicaux avec même une évaluation psychiatrique du meurtrier. On découvre dans le film, les préjugés phallocrates de la société américaine de cette époque. Les propos de l'assistant de l'avocat général, interprété par George C. Scott, apparaissent pour le moins déplacés. Celui-ci dénonce la tenue vestimentaire sexy de la jeune femme violée au moment des faits. Au point de faire ressortir un sentiment de culpabilité sur le visage effrayé de Lee Remick. Le film montre bien le sentiment de honte lié au regard social avec le public qui assistent au procès (qui ricane bêtement quand il entend prononcer le mot "culotte") mais aussi du jury et des professionnels de la justice, dont le comportement apparaît aujourd'hui comme inapproprié et dérangeant. Le film est passionnant car c'est un témoignage impitoyable sur l'époque, mais est-ce un grand film ?
Le film a presque tout pour plaire : un casting génial, une mise en scène efficace, une histoire prenante, un tribunal, des musiques géniales.... Malheureusement, l'introduction est un peu trop longue, j'ai failli abandonné après une heure de pas grand chose. Mais la suite vaut vraiment le coup, le réalisateur arrive à nous faire douter sur ce que les personnages nous disent. On se demande qui dit la vérité, et on ne le saura probablement jamais. C'est une bonne expérience cinématographique !
Le film de procès dans toute sa splendeur. Une mise en scène virtuose, des dialogues auxquels on ne changerait pas une virgule, des personnages complexes et le supplément d’âme d’une bande-son jazzy qui se marie à la perfection à la profondeur du noir et blanc. Et bien sûr le cabotinage de James Stewart, qui n’a jamais trouvé meilleur écrin que ce film. J’avoue avoir quand même été légèrement déçu par le dénouement. L’atmosphère du début m’avait fait attendre un twist final, mais c’est peut-être mieux comme ça : sobre et efficace.
Un film précis et très bien écrit qui nous plonge au cœur de l'appareil judiciaire. C'est long, plus de 2h30, mais pas de problème et surtout pas d'ennui. On suit avec beaucoup d'intérêt l'évolution de cette enquête.
Un bon petit navet qui, parce que signé par O. Preminger, passe, comme de bien entendu pour un chef d' oeuvre.. Du bla bla bla à tire larigot; des dialogues dans tous les sens sans ni queue ni tête; une bataille juridique sans aucun intérêt. Film bien trop long, indigeste, inintéressant. Un dénouement que l'on flaire dès la première minute. Un fiasco absolu. A réserver aux insomniaques qui y trouveront sans nul doute un remède efficace. Un seul bon point, mais pour pour le doublage: alors que la voix de J. Stewart est abominable, inaudible, nasillarde, aigüe, plutôt vulgaire, celle du doublage en français est bien plus agréable.
On peut se demander qu’est-ce qui a poussé le juge Voedker à écrire un roman à partir d’un meurtre commis dans une auberge du Michigan. Avait-il trouvé le procureur de la défense si génial? Ou, au contraire, avait-il trouvé le verdict du jury à ce point incompréhensible ? Quoiqu’il en soit, une fois mise à l’écran par Otto Preminger, l’histoire réussie à captiver l’auditeur sans le moindre artifice. Par son flegme, son élégance et son côté pince sans rire, James Stewart impose à lui seul un ton aux films auxquels il participe. Il crée naturellement un effet de distanciation par rapport à la situation dramatique qui se vit à l’écran. Sa prestation comme avocat de la défense est tout à fait sublime. Le reste de la distribution lui donne habilement la réplique. Lee Remick est parfaite dans le rôle de Laura sensé initialement être interprété par Lana Turner. Son besoin insatiable du regard des hommes et le peu d’égard qu’elle obtient en retour la rendent vulnérable et attachante. Considérant la teneur des débats en cour, le spectateur peut effectivement se questionner sur la justesse du verdict de non culpabilité arrêté par le jury, mais cela n’enlève rien à la qualité des échanges. L’acteur George C. Scott livre aussi une solide performance de procureur et le travail des figurants dans l’ensemble rend les audiences très plausibles. Le mariage entre la mise en scène et le cadrage est efficace et soutenu tout au long du film. La bande sonore signée Duke Ellington ainsi que sa présence à l’écran contribuent grandement au ton et à la postérité de l’œuvre.
(...) Le film a beau être très long (2h40) et se dérouler essentiellement dans un tribunal, il reste trépidant à suivre car il s'appuie sur un scénario intelligent, refusant les flashbacks (un effet peu apprécié par Preminger) et en faisant la part belle à l'éloquence, aux joutes entre avocats avec un juge bonhomme et sympathique pour arbitrer. Ensuite, il démontre et démonte avec soin les différents écueils de ce système, qui doit se montrer impartial en demandant aux jurés de ne pas tenir compte de certaines remarques ou questions, alors que chacun des acteurs du show savent que c'est impossible. On passe donc de différentes saynètes avant le procès à une longue période de prétoire, les témoignages s'enchaînant, avec très peu d'ellipses. Les scènes sont longues mais parfaitement rythmées, avec un découpage qui fait la part belle aux plans longs mais jamais fixes, soit en esquissant quelques mouvements subtils, soit en mettant du mouvement à l'intérieur du cadre. La mise en scène s'appuie également beaucoup sur des arrières plans toujours vivant, avec les réactions de différents acteurs (figurants du public de l'audience, avocats ou procureurs qui interviennent) et les cadrages sont toujours malins et bien pensés. spoiler: Le film pourra surprendre dans son final, laissant beaucoup de questions irrésolues parfois mais c'est aussi le but de la manœuvre. Sans flashback explicatif, on ne saura jamais vraiment toute la vérité. C'est là où le film vise juste, en nous montrant les limites de ce système. Il n'y pas de vérité absolue. De même, nous sommes les seuls juges de ce que nous voyons et c'est avec les mêmes éléments que Stewart (et donc les jurés) que nous pouvons nous forger notre opinion sur ces mêmes questions. Pareillement, si le film incarne de la manière la plus pure et la plus juste ce qu'est un procès, il fait l'impasse sur un des incontournables du genre, à savoir les plaidoiries de début et de fin de procès des deux parties. Le personnage de Scott sera valorisé par une remarque de celui de Stewart, sa plaidoirie étant considéré comme la plus belle qu'il ai entendu dans sa vie, un spectacle dont nous ne profiterons donc pas ! Par contre, le film nous offre un autre spectacle, celui d'un petit morceau de musique au piano joué à quatre mains par James Stewart et Duke Ellington, qui compose par ailleurs la magnifique partition du film de Preminger (récompensée d'un Grammy Award), qui s'ouvre sur un générique crée par le fidèle Saul Bass. Le tout forme un véritable chef d'oeuvre du genre, sans doute le film définitif du procedural. La critique complète sur thisismymovies.over-blog.com
Fondé sur l'examen objectif et détaillé des circonstances et des motivations indécidables d'un meurtre quant à lui indéniable, "Autopsie d'un meurtre", avec ses deux heures quarante minutes intenses, sans aucun temps mort, peut être considéré comme la matrice de tous les "films de procès", soit un genre éminemment populaire et pourtant pas forcément très fécond, artistiquement parlant. S'il en est aussi le chef-d’œuvre, c'est d'abord qu'il sait garder jusqu'au bout son ambiguïté : chaque "révélation" - car il y en a, pour le plaisir "primaire" du spectacle - ne fait guère qu'approfondir le mystère, qui est avant tout celui de la personnalité des protagonistes, qui restera indécidable jusqu'à la fin, cette très belle conclusion qui sonnerait le glas de toutes les illusions (...s'il en subsistait encore !). Ici, le plaisir du spectateur est fondé sur le spectacle intense de l'intelligence de tous les protagonistes plutôt que sur la facilité des coups de théâtre ou sur le suspense du verdict : remarquablement mis en scène par Preminger, tous les mouvements, gestes et - bien évidemment - paroles des avocats nous rappellent d'ailleurs qu'entre un bon avocat et un bon acteur, la différence est minime. Aucune surprise que, à ce jeu-là, ce soit le sublime James Stewart qui triomphe ! (On notera le cadeau offert à Stewart, pianiste de jazz au demeurant, ce duo décontracté avec Duke Ellington..)
Non seulement c'est très bien fait (on ne s'ennuie jamais malgré la longueur du film (2 h 40) mais c'est très roublard. Alors qu'on croit que nous allons assister à unespoiler: démonstration finale expliquant en détails les conditions du meurtre, et pourquoi pas un retournement de situation, rien de tout ça, Preminger nous dispense du réquisitoire et de la plaidoirie, passe directement au verdict qui nous laisse comme un goût d'inachevé avant que nous comprenions que personne n'a écouté le témoignage fondamental et prémonitoire du codétenu. Si Stewart gagne ce n'est pas parce que la vérité a triomphé, c'est simplement qu'il a été meilleur "artiste" que le procureur. Une victoire amère qui ne lui rapportera rien. Très fort !
Si j’ai été enthousiasmé par tous les films de Preminger que j’ai pu voir précédemment, il me fallait juste la grosse claque pour confirmer que le monsieur était bel et bien un très grand cinéaste. C’est désormais chose faite avec Anatomy of a Murder qui est un chef d’œuvre furieusement jouissif. D'ailleurs je ne m’attendais pas à ce que le film soit finalement aussi drôle, l’humour d’ensemble est vraiment irrésistible. Mais c’est un humour glacial qui masque une réalité plus sombre, ce qui le rend plus fascinant en fin de compte. Avec autant de malice que d’audace, Preminger illustre la face cachée d’une justice dont les failles à exploiter sont innombrables et où la volonté de dompter son adversaire prime finalement sur le reste. Stewart joue ici un avocat qui va défendre un type dont il ne sait rien au préalable, sur des faits et circonstances pour le moins troubles. Chaque protagoniste lié à l’affaire est ambigu au possible, ce qui rend le film et les tournures des événements assez imprévisibles. Et en ça l’écriture est brillante car cette ambiguïté affecte également notre jugement de spectateur. Car la seule « vérité » qui nous parvient, c’est finalement le résultat de cette joute qui se déroule entre quatre murs, là dans cette salle de procès, où chacun va tenter coûte que coûte de déstabiliser l’autre camp.
Cette vision du monde judiciaire par Preminger doit finalement être l’une des plus réalistes jamais montrées (si ce n’est la plus réaliste). Mais plus qu’une vision de ce monde, il s’agit aussi et surtout d’une illustration de l’humanité dans ce qu’elle a de plus grand et paradoxalement de plus abject. Car si l’être humain dispose d’une inventivité, d’une ingéniosité et de multiples capacités de ruser, c’est pour mieux servir ses intérêts au détriment de la vérité et donc d’une véritable justice. Ici le spectateur est avec Stewart car c’est finalement sa seule version que l’on connaîtra. Une version qui ne se base que sur du flou avec juste un objectif : que son client sorte de prison. Et on se prend facilement au jeu et à l’envie que Fred Manion ne soit pas jugé coupable alors que rien n’est vraiment éclairci. Et le plus fort dans tout ça, c’est que le film ne véhicule pas d’idées de vengeance ou d’auto-justice. Le désir de voir Stewart triompher provient finalement uniquement de notre perception forcément biaisée de ce qui s’est passé cette fameuse nuit.
Et le film est également un modèle de mise en scène et de rythme. Il dure presque 3 heures et je n’aurais pas dit non à une heure supplémentaire tant c’est passionnant et hallucinant de maîtrise. Il y a quelque chose de fascinant déjà dans cette représentation de l’échec que représente finalement le jugement de l’homme par les autres hommes. Comme si l’être humain se retrouve condamné à n’être jugé que sur un contexte et des arguments parfois sophistiques, et non sur du concret ou du factuel qui ne pourra de toute façon jamais être prouvé. Un pan complet de l’histoire de l’humanité concentré dans une salle de tribunal en somme, et c’est juste brillant. Et l’enchaînement des dialogues est tellement intense que chaque joute verbale devient purement et simplement jubilatoire, chaque phrase est percutante. Preminger livre ici l’une des satires les plus abouties de l’histoire du cinéma. Un chef d’œuvre tout simplement.
Deuxième Preminger que je vois et c'est vraiment excellent. C'est un film de 2h30 et pourtant jamais l'ennui ne guette tant les répliques sont rythmées et bien écrites. Il est aisé de se passionner pour ce procès étrange et satirique (les avocats ne cherchent pas la vérité mais la victoire), empli d'ambiguïté (Preminger a l'intelligence de ne jamais montrer le crime afin de laisser planer le doute quand aux dires des personnages, ce qui est brillant). Si en plus de cela on ajoute le talent des acteurs (en particulier James Stewart et Georges C. Scott) et une très bonne mise en scène, on a là un film très abouti et mémorable.
Excellent polar juridique, brillamment écrit (cynique et acide sur le système juridique) et réalisé par un Preminger qui s'amuse à surprendre le spectateur. James Stewart est impeccable. Le suspense tient la route d'un bout à l'autre (2h30). Evitez la VF.
Un avocat expérimenté, mais désormais éloigné des tribunaux, accepte de défendre un militaire ayant abattu le violeur de sa femme. "Anatomy of a Murder" démarre assez lentement, avec un établissement des personnages un peu longuet. Néanmoins, une fois lancé, l'ensemble se révèle passionnant. James Stewart est excellent en avocat de la défense roublard, face à un impeccable George C. Scott en assistant du procureur subtil et imperturbable. Avec une réalisation classique mais soignée, Otto Preminger nous livre des séquences de prétoires de qualité, contenant notamment des échanges prenants entre ces deux personnages (joutes verbales, manipulations du jury, provocations, etc.), et une touche d'humour bienvenue, habilement mêlée à un scénario pourtant sombre. "Anatomy of a Murder" est ainsi un classique du film de prétoires, qui n'a pas beaucoup vieilli.
Il y a autopsie d'un meurtre et à l'autre bout, à l'exact opposé il y a vers sa destinée de Ford et les deux sont tout aussi bons l'un que l'autre. Mais là où le Ford voulait montrer la bonté du personnage de Lincoln en faire un avocat brillant, engagé pour le bien, contre les injustices... Et ça rendait très bien avec un Henry Fonda qui joue un peu ce rôle là dans tous ses films (ou presque), le type intrinsèquement bon... Lorsqu'on voit Preminger faire un film de procès avec Stewart, qui tient aussi globalement le même genre de rôle (faut le voir dans Monsieur Smith au Sénat) on peut s'attendre au même genre de film, sur la bonté de l'avocat, sur la justice, etc.
Sauf qu'en fait c'est Preminger qui réalise et qui va s'amuser à démonter point par point tout ce qui peut faire la bonté folle d'un film comme vers sa destinée. Parce qu'ici on est du point de vue de l'avocat, c'est-à-dire que la seule version du crime qu'on aura est celle qu'entend l'avocat et on ne la verra pas, on est comme lui, on ne sait pas où part son associé, tout comme on ne sait pas ce qui s'est réellement passé cette nuit là.
Tous les personnages sont ambigües au possible, tous. Ici Stewart ne défend pas un modèle d'innocence victime d'une erreur judiciaire, non, ici le but avoué est de sortir de prison coûte que coûte, même en trichant un peu. Certains qualifieront ça ne cynique, je trouve ça très réaliste et bien loin de l'idéalisme de Ford, du coup forcément c'est moins beau, moins pur, moins émouvant et ça se trouve être glacialement jouissif. Parce que quelque part on a envie de voir de belles joutes verbales, que le type soit libéré mais s'il est puant du début à la fin, le spectateur se trouve être finalement aussi immoral que Stewart qui souhaite la libération de son client pour des raisons toutes autres que la simple "justice".
De plus le film ne tombe pas dans le piège de la justification de la vengeance, on aurait pu dire "oui sa femme a été violée, du coup c'est normal", des thèses revanchardes que l'on entend de nos jours, Preminger rend le questionnement beaucoup plus intéressant, parce que comme pour le reste, on est avec Stewart et on ne verra pas les faits, il faudra croire, ou non, sur parole et finalement ça importe peu.
Bref c'est très bien écrit, filmé avec minutie parce que tenir pendant 2h40 et réussir à être acéré pendant toute la durée ce n'est pas donné à tout le monde, bref c'est vraiment excellent. Cependant, j'ai peut-être encore trop d'espoir utopiste, voir naïf dans la justice pour préférer le Ford.