Autopsie d'un meurtre
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gimliamideselfes

3 432 abonnés 4 013 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 13 octobre 2014
Il y a autopsie d'un meurtre et à l'autre bout, à l'exact opposé il y a vers sa destinée de Ford et les deux sont tout aussi bons l'un que l'autre. Mais là où le Ford voulait montrer la bonté du personnage de Lincoln en faire un avocat brillant, engagé pour le bien, contre les injustices... Et ça rendait très bien avec un Henry Fonda qui joue un peu ce rôle là dans tous ses films (ou presque), le type intrinsèquement bon... Lorsqu'on voit Preminger faire un film de procès avec Stewart, qui tient aussi globalement le même genre de rôle (faut le voir dans Monsieur Smith au Sénat) on peut s'attendre au même genre de film, sur la bonté de l'avocat, sur la justice, etc.

Sauf qu'en fait c'est Preminger qui réalise et qui va s'amuser à démonter point par point tout ce qui peut faire la bonté folle d'un film comme vers sa destinée. Parce qu'ici on est du point de vue de l'avocat, c'est-à-dire que la seule version du crime qu'on aura est celle qu'entend l'avocat et on ne la verra pas, on est comme lui, on ne sait pas où part son associé, tout comme on ne sait pas ce qui s'est réellement passé cette nuit là.

Tous les personnages sont ambigües au possible, tous. Ici Stewart ne défend pas un modèle d'innocence victime d'une erreur judiciaire, non, ici le but avoué est de sortir de prison coûte que coûte, même en trichant un peu. Certains qualifieront ça ne cynique, je trouve ça très réaliste et bien loin de l'idéalisme de Ford, du coup forcément c'est moins beau, moins pur, moins émouvant et ça se trouve être glacialement jouissif. Parce que quelque part on a envie de voir de belles joutes verbales, que le type soit libéré mais s'il est puant du début à la fin, le spectateur se trouve être finalement aussi immoral que Stewart qui souhaite la libération de son client pour des raisons toutes autres que la simple "justice".

De plus le film ne tombe pas dans le piège de la justification de la vengeance, on aurait pu dire "oui sa femme a été violée, du coup c'est normal", des thèses revanchardes que l'on entend de nos jours, Preminger rend le questionnement beaucoup plus intéressant, parce que comme pour le reste, on est avec Stewart et on ne verra pas les faits, il faudra croire, ou non, sur parole et finalement ça importe peu.

Bref c'est très bien écrit, filmé avec minutie parce que tenir pendant 2h40 et réussir à être acéré pendant toute la durée ce n'est pas donné à tout le monde, bref c'est vraiment excellent. Cependant, j'ai peut-être encore trop d'espoir utopiste, voir naïf dans la justice pour préférer le Ford.
anonyme
Un visiteur
4,5
Publiée le 2 décembre 2017
On peut se demander qu’est-ce qui a poussé le juge Voedker à écrire un roman à partir d’un meurtre commis dans une auberge du Michigan. Avait-il trouvé le procureur de la défense si génial? Ou, au contraire, avait-il trouvé le verdict du jury à ce point incompréhensible ? Quoiqu’il en soit, une fois mise à l’écran par Otto Preminger, l’histoire réussie à captiver l’auditeur sans le moindre artifice. Par son flegme, son élégance et son côté pince sans rire, James Stewart impose à lui seul un ton aux films auxquels il participe. Il crée naturellement un effet de distanciation par rapport à la situation dramatique qui se vit à l’écran. Sa prestation comme avocat de la défense est tout à fait sublime. Le reste de la distribution lui donne habilement la réplique. Lee Remick est parfaite dans le rôle de Laura sensé initialement être interprété par Lana Turner. Son besoin insatiable du regard des hommes et le peu d’égard qu’elle obtient en retour la rendent vulnérable et attachante. Considérant la teneur des débats en cour, le spectateur peut effectivement se questionner sur la justesse du verdict de non culpabilité arrêté par le jury, mais cela n’enlève rien à la qualité des échanges. L’acteur George C. Scott livre aussi une solide performance de procureur et le travail des figurants dans l’ensemble rend les audiences très plausibles. Le mariage entre la mise en scène et le cadrage est efficace et soutenu tout au long du film. La bande sonore signée Duke Ellington ainsi que sa présence à l’écran contribuent grandement au ton et à la postérité de l’œuvre.
soniadidierkmurgia

1 435 abonnés 4 335 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 7 septembre 2012
Surtout connu pour ses films noirs qui comptent parmi les meilleurs du genre (« Laura », « Crime passionnel », « Un si doux visage », « Le mystérieux docteur Korvo », « Matt Dixon détective »), Otto Preminger s’est aussi aventuré sur d’autres territoires comme les films historiques (« Ambre », « Sainte Jeanne », «Exodus »), les drames sociétaux (« L’homme aux bras d’or », « Bonjour tristesse ») ou même les comédies musicales (« Carmen Jones », « Porgy and Bess »). Seuls, la comédie, le western, les films de capes et d’épées ou fantastiques n’ont pas éveillé la curiosité du réalisateur. « Autopsie d’un meurtre » qu’il réalise à 53 ans au zénith de sa carrière est la confirmation de son éclectisme. Deux ans auparavant un autre cinéaste d’origine autrichienne comme lui, Billy Wilder s’était essayé avec succès au film de procès avec le succulent « Témoin à charge ». La même année un jeune metteur en scène, Sidney Lumet, avait réalisé un premier film coup de poing avec « Douze hommes en colère ». Curieux, Preminger se saisit lui aussi du genre en livrant en quelque sorte une synthèse des deux films précités. S’il conserve les interrogations fortes sur l’institution judiciaire américaine posées par Lumet, il va chercher chez Billy Wilder les touches d’humour destinées à rendre sa démonstration moins abrupte que celle du fougueux Lumet. La tentative est en tout point réussie et le film de Preminger bouclera triomphalement une trilogie complétée quatre ans plus tard par le très poignant « Du silence et des ombres » de Richard Mulligan qui élargira le propos au racisme qui gangrène la société américaine et qu’enfin les cinéastes ont choisi d’aborder de front à l’aube des sixties (« La chaîne », « Dans la chaleur de la nuit », « Devine qui vient dîner ? » ) . Pour camper Paul Biegler l’ancien avocat général de retour au barreau, Preminger fait appel à James Stewart alors au sortir de sa période hitchcockienne . L’acteur qui a déjà plus de soixante films à son actif possède la maturité nécessaire pour apporter toute l’humanité et la rouerie utiles à ce rôle d' avocat madré. Aidé d’un vieux collègue avocat comme lui ayant une fâcheuse tendance à siroter et d’une secrétaire au dévouement quasi religieux, n’étant pas payé depuis des lustres, Biegler accepte une affaire de viol pour le moins alambiquée mettant en scène un militaire et sa femme à la sensualité explosive. Preminger prend son temps pour nous présenter son personnage principal et ses acolytes afin de nous mettre complètement en empathie avec ce trio anachronique dont on se demande de prime abord comment il va pouvoir se défendre face aux deux ténors du barreau new yorkais qui représentent l’accusation. Cette entrée en matière des plus réjouissantes renseigne immédiatement sur le ton que Preminger entend donner à son film. Impression confirmée par l’humour bon enfant du juge joué par Joseph N Welch véritable juge à Boston qui s'improvise pour l'occasion acteur chevronné. Ben Gazzara, Arthur O'Connell et George G Scott complètent efficacement un casting fort judicieusement choisi. Mais la palme revient indéniablement à Lee Remick qui par son jeu tout en provocation, instille de façon pernicieuse le doute dans l'esprit des membres du jury et du spectateur. La justice américaine est une lutte d'influence entre les deux parties au détriment quelquefois de la recherche de la vérité, c'est ce que démontre habilement Preminger, nous laissant au final toujours aussi peu avancés sur la vérité de cette affaire. La musique de Duke Ellington qui fait une courte apparition dans le film enrobe le tout d'une ambiance jazzy propice à l'ambiguïté et au souffre qui se dégagent de cette affaire exhalant un fort parfum de sexe . A noter enfin le générique très géométrique de Saul Bass qui réalisera tous les génériques des films de Preminger à compter de "Carmen Jones" en 1954.
Benjamin A

807 abonnés 1 930 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 10 avril 2014
Capable de s'attaquer avec brio à divers genres, Otto Preminger nous livre un brillant film juridique avec "Autopsie d'un meurtre". Mais Preminger ne s"arrête pas au simple film de procès, il lorgne aussi sur le drame psychologique et le polar. Il adapte le roman de John D. Voelker, qui nous raconte le retour aux affaires d'un avocat qui n'avait plus trop d'affaires et qui passait la majeur partie de son temps à la pêche, il accepte une affaire où un militaire est accusé d'avoir tué celui qui aurait tué sa femme. L'écriture est brillante et de grande qualité, que ce soit par le scénario, maintenant le suspense de bout en bout et où on se demande tout le long du film où est la vérité, le mensonge, les comportements passés qui ressortent et une enquête ambigu et passionnante. Preminger aborde divers thèmes tels que la misogynie, le viol ou encore les tromperies et souvent de manières fines et justes. La galerie de personnages est fascinante et très bien étudié, notamment psychologiquement. Preminger prend le temps de les présenter et de nous les faire découvrir. Les dialogues sont tout aussi subtils et bien écrit. A l'image des thèmes abordés, l'atmosphère est souvent sombre et un parfum mystérieux plane tout le long du film. Les scènes de procès sont brillante et captivante. La mise en scène de Preminger est élégante et brillante, il nous immerge totalement dans cette histoire et nous captive durant 160 minutes. La photographie en noir et blanc est superbe. Le fond musicale, souvent jazzy est superbe et participe à l'atmosphère générale du film. Les interprétations sont impeccables, James Stewart nous livre une fois de plus une grande composition, sachant s'approprier son personnage et faire oublier l'acteur qui se cache derrière. Les autres interprétations sont tout aussi impeccable et notamment Ben Gazzara dans le rôle du lieutenant, George C. Scott dans celui du procureur de l'accusation ou encore Lee Remick. Un grand film, l'un des meilleurs de son réalisateur, captivant, d'une grande richesse d'écritures, très bien réalisé et superbement dirigé et interprété.
anonyme
Un visiteur
3,5
Publiée le 5 janvier 2014
Autopsie d'un meurtre est un film de prétoire assez génial, remarquablement bien filmé et mis en scène (on sait la complexité de filmer dans une salle d'audience depuis le procès Eichmann). Sur plus d'une heure, James Stewart se débat avec la défense dans un jeu théâtralisé et ubuesque par moment (à tel point que ses joutes verbales hilarantes sont relayées par ses collègues qu'ils l'en félicitent). Tout l'intérêt du film est donc de montrer que la justice tient à peu de choses, dont la première est de brouiller les jurés en faisant du bruit. A ce titre, la fin est révélatrice : le jeune militaire est partit avec sa femme sans même payer l'avocat. Il en ressort qu'on ne connaîtra jamais la vérité, mais que justice est faite. Cette dernière est donc imparfaite, voire inapte à établir des certitudes et des vérités. Quoi qu'il en soit de ces considérations, Autopsie d'un meurtre est un assez bon film, tant dans la forme que dans le fond. Dommage qu'il soit un peu long.
vinetodelveccio
vinetodelveccio

89 abonnés 802 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 18 mars 2014
Un film remarquablement écrit qui marque par sa mise en scène efficace. Dans la veine des géniaux "12 Hommes en colère" et "Témoin à charge", le film Otto Preminger nous immerge dans l'univers judiciaire. Mais ici, le parti pris ne sera pas franchement l'émotion ou l'humour, mais une grande rigueur et une démonstration d'écriture solide et parfois géniale. Les dialogues sont excellents et les joutes verbales, au-delà de leur délicieux contenu sont filmés avec beaucoup de finesse. On trouve donc ici des profondeurs de champs exceptionnelles et des cadrages réfléchis qui donnent à l'histoire un certain relief. Malheureusement, le film souffre de certaines longueurs et d'un manque de rebondissements dramatiques qui auraient amené de l'émotion ou du suspense. Le propos est également absolument misogyne, mais d'époque. Enfin, James Stewart est juste incroyable de malice et de ténacité dans ce rôle où il écrase totalement le reste du casting.
loulou451
loulou451

146 abonnés 1 503 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 25 août 2007
Brillant. Existe-t-il d'autres termes pour qualifier ce film. Avec "Autopsie d'un meurtre", Preminger réalise encore là un chef-d'oeuvre. Comme les écrivains américains contemporains du réalisateur (Hemingway, Faulkner ou encore Fitzgerald), Preminger ne cherche à aucun moment à juger. Sa force réside dans le récit implacable des faits... Les faits, encore les faits, juste les faits ! Et aux spectateurs l'interprétation. Au bout de ces 2 h 40 de plaidoieries, le film appartient enfin à celui qui le regarde. Et que voit-il au juste ? Une mise en scène sans faille, rigoureuse à souhait, presque rigide, qui laisse, contraste saisissant, tout le champ libre au jeu des acteurs. Téléguidés dans cette histoire banale qui prend tout à coup une force inouïe, James Stewart, George C. Scott, Ben Gazzara ou encore la sublime Lee Remick s'en donnent à coeur joie. James Stewart, dans un rôle peu habituel pour lui, réalise là une performance éblouissante, tout comme George C. Scott, malheureusement trop rare à l'écran, qui fait ici étalage de toute sa force d'interprétation. Derrière sa caméra, Preminger se régale, s'amuse des facéties de James Stewart et de Eve Arden et dresse au final un portrait cynique sur l'Amérique et ses institutions. A l'instar de la justice qu'il décrit, Preminger use d'une machinerie implacable pour raconter son histoire. Renversant !
cylon86

2 833 abonnés 4 430 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 2 janvier 2012
Otto Preminger décortique le système judiciaire américain avec brio avec ce film où le sort de l'accusé n'est finalement que secondaire comparé à la joute verbale que se livre les deux avocats de chaque partie. Pendant 2h40, l'histoire est prenante et les scènes de procès sont vraiment grandioses menée par de grands acteurs : James Stewart et George C. Scott, parfaits en rivaux mais aussi Lee Remick, Ben Gazzara et Murray Hamilton. Les dialogues sont remarquables et la mise en scène parfaiitement maîtrisée. Une réussite totale.
Estonius

4 734 abonnés 5 466 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 12 janvier 2016
Non seulement c'est très bien fait (on ne s'ennuie jamais malgré la longueur du film (2 h 40) mais c'est très roublard. Alors qu'on croit que nous allons assister à une spoiler: démonstration finale expliquant en détails les conditions du meurtre, et pourquoi pas un retournement de situation, rien de tout ça, Preminger nous dispense du réquisitoire et de la plaidoirie, passe directement au verdict qui nous laisse comme un goût d'inachevé avant que nous comprenions que personne n'a écouté le témoignage fondamental et prémonitoire du codétenu. Si Stewart gagne ce n'est pas parce que la vérité a triomphé, c'est simplement qu'il a été meilleur "artiste" que le procureur. Une victoire amère qui ne lui rapportera rien.
Très fort !
EricDebarnot
EricDebarnot

239 abonnés 1 262 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 22 février 2016
Fondé sur l'examen objectif et détaillé des circonstances et des motivations indécidables d'un meurtre quant à lui indéniable, "Autopsie d'un meurtre", avec ses deux heures quarante minutes intenses, sans aucun temps mort, peut être considéré comme la matrice de tous les "films de procès", soit un genre éminemment populaire et pourtant pas forcément très fécond, artistiquement parlant. S'il en est aussi le chef-d’œuvre, c'est d'abord qu'il sait garder jusqu'au bout son ambiguïté : chaque "révélation" - car il y en a, pour le plaisir "primaire" du spectacle - ne fait guère qu'approfondir le mystère, qui est avant tout celui de la personnalité des protagonistes, qui restera indécidable jusqu'à la fin, cette très belle conclusion qui sonnerait le glas de toutes les illusions (...s'il en subsistait encore !). Ici, le plaisir du spectateur est fondé sur le spectacle intense de l'intelligence de tous les protagonistes plutôt que sur la facilité des coups de théâtre ou sur le suspense du verdict : remarquablement mis en scène par Preminger, tous les mouvements, gestes et - bien évidemment - paroles des avocats nous rappellent d'ailleurs qu'entre un bon avocat et un bon acteur, la différence est minime. Aucune surprise que, à ce jeu-là, ce soit le sublime James Stewart qui triomphe ! (On notera le cadeau offert à Stewart, pianiste de jazz au demeurant, ce duo décontracté avec Duke Ellington..)
Redzing

1 449 abonnés 4 909 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 13 décembre 2014
Un avocat expérimenté, mais désormais éloigné des tribunaux, accepte de défendre un militaire ayant abattu le violeur de sa femme. "Anatomy of a Murder" démarre assez lentement, avec un établissement des personnages un peu longuet. Néanmoins, une fois lancé, l'ensemble se révèle passionnant. James Stewart est excellent en avocat de la défense roublard, face à un impeccable George C. Scott en assistant du procureur subtil et imperturbable. Avec une réalisation classique mais soignée, Otto Preminger nous livre des séquences de prétoires de qualité, contenant notamment des échanges prenants entre ces deux personnages (joutes verbales, manipulations du jury, provocations, etc.), et une touche d'humour bienvenue, habilement mêlée à un scénario pourtant sombre. "Anatomy of a Murder" est ainsi un classique du film de prétoires, qui n'a pas beaucoup vieilli.
Moorhuhn
Moorhuhn

167 abonnés 579 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 4 décembre 2015
Si j’ai été enthousiasmé par tous les films de Preminger que j’ai pu voir précédemment, il me fallait juste la grosse claque pour confirmer que le monsieur était bel et bien un très grand cinéaste. C’est désormais chose faite avec Anatomy of a Murder qui est un chef d’œuvre furieusement jouissif. D'ailleurs je ne m’attendais pas à ce que le film soit finalement aussi drôle, l’humour d’ensemble est vraiment irrésistible. Mais c’est un humour glacial qui masque une réalité plus sombre, ce qui le rend plus fascinant en fin de compte. Avec autant de malice que d’audace, Preminger illustre la face cachée d’une justice dont les failles à exploiter sont innombrables et où la volonté de dompter son adversaire prime finalement sur le reste. Stewart joue ici un avocat qui va défendre un type dont il ne sait rien au préalable, sur des faits et circonstances pour le moins troubles. Chaque protagoniste lié à l’affaire est ambigu au possible, ce qui rend le film et les tournures des événements assez imprévisibles. Et en ça l’écriture est brillante car cette ambiguïté affecte également notre jugement de spectateur. Car la seule « vérité » qui nous parvient, c’est finalement le résultat de cette joute qui se déroule entre quatre murs, là dans cette salle de procès, où chacun va tenter coûte que coûte de déstabiliser l’autre camp.

Cette vision du monde judiciaire par Preminger doit finalement être l’une des plus réalistes jamais montrées (si ce n’est la plus réaliste). Mais plus qu’une vision de ce monde, il s’agit aussi et surtout d’une illustration de l’humanité dans ce qu’elle a de plus grand et paradoxalement de plus abject. Car si l’être humain dispose d’une inventivité, d’une ingéniosité et de multiples capacités de ruser, c’est pour mieux servir ses intérêts au détriment de la vérité et donc d’une véritable justice. Ici le spectateur est avec Stewart car c’est finalement sa seule version que l’on connaîtra. Une version qui ne se base que sur du flou avec juste un objectif : que son client sorte de prison. Et on se prend facilement au jeu et à l’envie que Fred Manion ne soit pas jugé coupable alors que rien n’est vraiment éclairci. Et le plus fort dans tout ça, c’est que le film ne véhicule pas d’idées de vengeance ou d’auto-justice. Le désir de voir Stewart triompher provient finalement uniquement de notre perception forcément biaisée de ce qui s’est passé cette fameuse nuit.

Et le film est également un modèle de mise en scène et de rythme. Il dure presque 3 heures et je n’aurais pas dit non à une heure supplémentaire tant c’est passionnant et hallucinant de maîtrise. Il y a quelque chose de fascinant déjà dans cette représentation de l’échec que représente finalement le jugement de l’homme par les autres hommes. Comme si l’être humain se retrouve condamné à n’être jugé que sur un contexte et des arguments parfois sophistiques, et non sur du concret ou du factuel qui ne pourra de toute façon jamais être prouvé. Un pan complet de l’histoire de l’humanité concentré dans une salle de tribunal en somme, et c’est juste brillant. Et l’enchaînement des dialogues est tellement intense que chaque joute verbale devient purement et simplement jubilatoire, chaque phrase est percutante. Preminger livre ici l’une des satires les plus abouties de l’histoire du cinéma. Un chef d’œuvre tout simplement.
Cocobusiness
Cocobusiness

17 abonnés 382 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 3 mai 2009
Autopsie d’un meurtre (Anatomy of a Murder), 1959, d’Otto Preminger, avec James Stewart, Lee Remick, Ben Gazzara et George C. Scott. Musique de Duke Ellington, que l’on voit jouer à quatre mains avec Jimmy ! Deux heures trente de bonheur pour ce film « procédurier » épatant, qui nous livre plus l’autopsie d’un procès à l’américaine que celui du meurtre en question ! A partir d’une histoire sordide, a priori sans grand intérêt, (un mari a tué – c’est certain - , l’homme qui aurait – ce n’est pas si sûr - violé sa femme), le cinéaste nous livre une élégante joute oratoire entre procureurs et avocat, une partie d’échec brillante où le jeu, au sens le plus large du terme quand il s’agit de cinéma, celui des protagonistes, des témoins, du juge, est infiniment plus important que la recherche de la vérité, laquelle étant très aléatoire. Dans cette enceinte judiciaire, la forme compte plus que le fond, ce qui ne semble pas émouvoir les jurés et réjouit le spectateur ! Beaucoup de classe et d’humour; des comédiens en pleine forme, un scénario monté comme une mécanique d’horloge, une petite culotte (quelle audace pour l’époque !) comme pièce à conviction, et James Stewart, en avocat dilettante et pro à la fois, amateur de pêche et de jazz (profil Nestor Burma, avec secrétaire dévouée et ami alcoolo repenti)…un régal de bout en bout !
TCovert
TCovert

102 abonnés 383 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 3 octobre 2010
Ce film-procès de Otto Preminger est un fleuron du genre, passionant et intelligent. Les interprétations sont remarquables à commencer par James Stewart, impeccable dans son éloquence mais aussi la belle et talentueuse Lee Remick, parfaite. Même si son rôle est plus discret il serait idiot d’ignorer le considérable apport de George C. Scott lors de ces joutes verbaux où il est particulièrement efficace. La mise en scène de Preminger fonctionne très bien et ne tombe jamais dans l’ennui alors qu’une majeure partie du film se déroule dans la salle d’audience. Pour couronner le tout Duke Ellington, en plus de faire un caméo, signe la musique du film avec classe et donne au film un ton particulier, plus frais que l’aurait été une partition hollywoodienne classique. Autopsie d’un Meurtre est donc un film à voir sans hésiter ne serait-ce que pour apprécier le travail de Saul Bass sur le générique comme sur les affiches.
JeanSéééééé
JeanSéééééé

33 abonnés 303 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 4 décembre 2019
‘’Autopsie d’un meurtre‘’ est LE film de procès. Celui qui a posé la base de tous les autres films (et séries), et il n’a pas pris une ride ! Notamment grâce au ton employé par Otto Preminger qui nous dévoile un univers judiciaire où la vérité n'est pas toujours celle qu'on croit. C'est une représentation cynique et acide de la justice des hommes, le sort de l'accusé n'est pas réellement important, le réel enjeu de cette affaire est le duel oratoire que se livrent les deux avocats. On peut relever que les éléments apportés par les deux parties ne nous amènent pas a connaître réellement la vérité, celle ci au fur et à mesure semble d'ailleurs impossible à élucider tant on est embrumé par les faits. Ce qui est évoqué aussi c'est le pouvoir de manipulation de l'avocat et du procureur sur les jurés, c'est en réalité une véritable partie d'échec. En ce qui me concerne, ce film enterre ''12 hommes en colères''.
Que demande le peuple ?
‘’Une anecdote !’’
Alors, ce film fut dans un premier temps victime de la censure, notamment parce qu'on n'y fait mention d'un slip perdu par l'épouse du lieutenant Manion (les mots slip et spermatogenèse sont répétés une vingtaine de fois), ce qui choqua à l'époque. Chose étonnante, dans le film lorsqu'on y fait allusion, les personnages insistent pour qu'on change de terminologie afin de désigner le slip par un mot moins tendancieux devant le tribunal !
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