Difficile de faire une critique du film sans prendre en compte les procédés que met en place ce film et qui sont communs avec les films de procès. Ainsi, autant en faire l'énumération pour commencer, on retrouve comme dans les autres films du genre : le retournement de situation (ici en l'occurrence la filiation d'une des personnages avec la victime principale, personnage qui va donc jouer un rôle décisif dans la suite du procès) ; l'avocat extravagant qui utilise l'humour comme arme ; les réactions hilares du public ; l'excès de colère très théâtralisé de l'accusé ou des avocats ou encore les plans très resserrés sur un des avocats questionnant agressivement un des témoins.
Malheureusement je ne peux que les évoquer, les mettre en avant et dire à quel point ces procédés sont communs à ce type de film. Toutefois, je ne sais pas à quel point ce film a pu être novateur pour le genre (et donc si déjà à cette époque, ces procédés étaient tout aussi communs ou non) et je remarque tout de même, qu'encore aujourd'hui, certains films de procès reprennent à la ligne près ces mêmes éléments scénaristiques et de mises en scènes (le procès Goldman ou Anatomie d'une chute). Ainsi, le film de procès a du mal à évoluer et à mettre de côté ces éléments récurrents.
Bref, hormis tout cela, je dois admettre que c'est un film de procès assez entraînant, le film se déroulant pendant une bonne moitié de ses scènes à l'intérieur du procès, et donc nous montrant, pour nous autres humains non familiers avec cet espace, le lieu dans lequel on juge, on acquitte et on fait témoigner un ensemble de personnes. Toutefois, film de procès oblige, c'est très verbeux, je dirais même trop verbeux. Je me suis rendu compte qu'à certains moments, je ne faisais que lire les sous-titres, ne prêtant donc plus attention pendant de longues minutes à la mise en scène. Comme si, dans ce film, durant certaines séquences, le récit et les dialogues primaient sur l'image. Tout cela m'a donné la sensation d'étouffer, de n'avoir jamais un moment de répit pour simplement contempler la scène car je devais m'accrocher aux sous-titres, comme ayant peur de rater un bout de l'intrigue. Et ainsi, cet sensation produit de la fatigue et de l'ennuie. J'ai donc, comme d'autres personnes dont j'ai lu les avis ici ou là, trouvé le film un peu long. De surcroît, tout cela m'empêche aujourd'hui de parler de la mise en scène. Il ne m'en reste quasi rien. Non pas que rien ne m'a marqué, mais j'ai l'impression de n'en avoir trop peu vu car concentré sur les joutes verbales. C'est comme si je vous demandais de lire un texte scientifique purement théorique et de vous interroger à posteriori non pas sur le contenu du texte mais sur sa forme (comment est-il construit ? Quelles structures de phrases avez-vous remarqué ?... = exemple très schématique mais qui colle bien avec mon expérience que j'ai fait du film).
Malgré tout, je trouve que le film soulève des thématiques intéressantes et qu'il arrive à approfondir :
- la science et notamment le médical s'immisçant dans les affaires de la justice.
- L'évolution des lois et des normes ou au contraire parfois sa non évolution (comme lorsqu'un des avocats prend pour exemple une affaire vieille de 70 ans pour défendre l'accusé)
- L'idée qu'un procès, c'est davantage la bataille entre deux avocats (qui s'insultent, s'accusent mutuellement...). Chacun veut faire gagner son parti non pas car ils veulent défendre l'accusé (car le pensent innocent) ou le faire condamner (car le pensent vraiment coupable) mais parce que les deux avocats sont attachés à leur prestige et leur réputation, l'échec équivaudrait à perdre de cette réputation dans ce milieu...
Enfin, je suis stupéfait que ce film et Anatomie d'une chute soient très similaires dans le fait de montrer qu'un procès est aussi un temps dans lequel on va pointer les habitudes des femmes et donc les juger moralement. Dans ce film, un des avocats va tout de même demander à une des témoins ("se déclarant" victime d'un viol - je met des guillemets non pas pour remettre en doute la parole de ce que la témoin a vécu mais plutôt car le but d'un film de procès est tout de même de montrer que personne n'aura accès à la vraie vérité, celle qui s'est matériellement passé, on a simplement accès à une des vérités, une vérité reconstituée par les témoins et aussi construite par les jurés) si elle porte quotidiennement des sous-vêtements. Question dont la réponse génère des réactions chez les différents personnages et dont nous spectateurs savons que cela va induire des hypothèses chez les jurés. Le fait de cibler des éléments très spécifiques de la vie d'une femme et donc de porter un jugement moral sur ces derniers étaient déjà quelque chose que mettait en avant Anatomie d'une chute. C'est d'ailleurs à ce moment-là que je trouve que les deux films brillent le plus et notamment Autopsie d'un meurtre. Et c'est surtout vertigineux de se dire qu'en plus de 60 ans, une même thématique est soulevée, montrant donc que peu de chose a évolué (sur ce domaine très précis en tout cas).