Film de guerre réalisé par Bernhard Wicki, Le Pont est un très beau film, cruel. L'histoire se déroule en avril 1945, en Allemagne, dans les dernières semaines de la Seconde Guerre mondiale, et nous fait suivre sept jeunes garçons allemands qui sont incorporés dans la milice allemande et vont avoir pour mission de défendre un pont de leur commune face à l'avancée ennemie. Ce scénario, adapté du roman de l'écrivain Manfred Gregor, lui-même inspiré de faits réels largement romancés, s'avère prenant à visionner tout du long de sa durée d'un peu plus d'une heure et demie. On assiste pendant tout ce temps à une intrigue prenant le temps de nous présenter ses sept juvéniles protagonistes à travers leur quotidien. S'ensuit une incorporation maladroite puis enfin la tragique vérité du terrain. C'est d'autant plus tragique que le pont qu'ils défendent est sans intérêt stratégique. Et c'est là où le récit est poignant car le sujet traite de l'absurdité de certains ordres donnés et du sacrifice inutile de la jeunesse en temps de guerre. C'est montré avec intelligence et cela pousse à la réflexion, d'autant plus que certains adultes voient bien que cela n'a aucun sens. Et c'est d'autant plus marquant que nous sommes du côté du camp allemand, donc ennemi, et qu'ils combattent les Américains, donc nos alliés. Tout cela donne lieu à des scènes de candeur de la part de ce petit groupe endoctriné par une idéologie dans les discours qui leur fait voir la guerre comme quelque chose de nécessaire afin de préserver la patrie. C'est comme un jeu pour eux mais ils vont vite être rattrapés par la triste réalité une fois sur le champ de bataille. Le ton se veut dramatique même s'il comporte également quelques moments plus légers à la faveur de la camaraderie et de la bienveillance qui règne au sein du groupe. L'ensemble est porté par des personnages appréciables et attachants. Des rôles principaux très bien interprétés par une distribution comprenant Folker Bohnet, Fritz Wepper, Michael Hinz, Frank Glaubrecht, Karl Michael Balzer, Volker Lechtenbrink et Günther Hoffmann. Les autres adultes les entourant ne sont pas en reste. Tous ces individus entretiennent des rapports procurant beaucoup d'émotions entre joie et tristesse. Des échanges soutenus par des dialogues d'une grande justesse et d'une belle authenticité. Sur la forme, la réalisation du cinéaste suisso-germano-autrichien s'avère qualitative. Sa mise en scène est particulièrement soignée et nous immerge au cœur même de l'action, notamment dans le dernier acte d'une grande intensité. De plus, elle évolue au milieu d'un environnement bien exploité avec ce village et son pont qui finit par être personnifié. Ce visuel propret n'est accompagné par aucune bande originale. Celle-ci est remplacée par les bruits environnants et ceux des explosions et des coups de feu, pour un réalisme total. Cette confrontation s'achève sur une fin à la hauteur du reste de la narration de par son message. En conclusion, Le Pont est un très bon long-métrage nécessaire méritant grandement d'être découvert.