Pas revu depuis bien longtemps, j'en gardais un très bon souvenir, malgré une dimension assez formatée pour plaire au plus grand nombre. C'est précisément ce que j'ai à nouveau ressenti, cet aspect « populaire » m'ayant même moins dérangé que la première fois. On peut faire des tas de reproches au film : des bons sentiments, de la morale, une vision fantasmée de l'univers carcéral, sans parler d'odieux tortionnaires comme on oserait plus les faire aujourd'hui. Mais j'ai presque envie d'écrire qu'importe. « Les Évadés » a une âme, une passionnante histoire à raconter et le faisant avec beaucoup d'habileté, voire de passion. C'est bien construit, bien monté, bien filmé, trouvant un bel équilibre dans l'émotion : ni trop, ni trop peu. Les violons sont souvent sortis, et alors ? Lorsque cela est pleinement au service du scénario, des dialogues et des personnages, cela ne me dérange pas (trop). Il y a une vraie intensité, le cadre carcéral étant brillamment exploité (magnifique travail d'immersion), chaque protagoniste ayant un vrai rôle à jouer. Rien de gratuit : chaque scène se justifie, et ces 140 minutes défilent en définitive à un rythme soutenu, l'impeccable casting n'y étant pas non plus étranger : le duo Tim Robbins - Morgan Freeman, bien sûr, mais on pourrait presque citer tous les seconds rôles, de Bob Gunton à Clancy Brown en passant par William Sadler et James Whitmore. J'ai pris du plaisir, me suis senti pleinement impliqué dans ce récit foisonnant : j'ai vu du cinéma. Les réalisateurs comme Frank Darabont, narrateur surdoué, manquent cruellement aujourd'hui : des titres de cette envergure également. Belle réussite.