J’ai quitté ce film comme on sort d’un rêve trouble. Pas une histoire qu’on suit, mais une impression qui colle à la peau. Trois femmes, trois visages, trois miroirs qui se fissurent.
Pinky m’a fait peur. Sa naïveté m’a rappelé la mienne, quand je voulais trop ressembler aux autres, jusqu’à oublier qui j’étais. Elle est comme une éponge qui boit, qui s’efface pour se remplir d’une autre identité. C’est beau et en même temps terrifiant.
Millie, elle m’a brisé le cœur. Elle parle, elle rit, elle s’habille pour plaire… mais autour d’elle, le silence est violent. Personne ne l’écoute. J’ai reconnu cette sensation de se donner au monde et de ne pas être vue. Elle me ressemble dans mes jours de solitude, quand je remplis l’air de mots pour ne pas tomber.
Et Willie, la peintre enceinte, muette, m’a hantée. Elle ne parle pas, mais ses fresques crient. Elle incarne ce qui reste au fond, ce qu’on ne dit pas, l’ombre de toutes les femmes. Elle est la mémoire, la blessure, l’attente.
En les regardant, j’ai eu le vertige : et si ces trois femmes n’étaient qu’une seule ? Comme si mon propre être se dédoublait, se triplait. La petite fille qui s’accroche. La femme qui essaie d’exister. Et celle qui se retire dans le silence.
Ce film ne m’a pas donné de réponses. Il m’a laissée avec des sensations, des images brûlantes. Comme si je venais de traverser mon propre inconscient.