Il y a eu, l'année dernière, une belle esquisse de western avec "L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford". Cette année, ce genre rarement actif en nos temps modernes, s'est vu l'honneur d'un remake de "3h10 pour Yuma", catastrophique adaptation très mal interprétée. Aujourd'hui, avec "Appaloosa", l'histoire de deux justiciers qui attendent la fin du film, Ed Harris, bon acteur, réalise sa vision de la chose. Si ce n'est effectivement la surcharge obligatoire de colts, de chevaux, de poussière et d'indiens, tout cela n'a rien d'un western. "Appaloosa", avec des airs d'Eastwood mal digéré, incarne parfaitement l'envie très à la mode de retourner les mythes américains pour les redorer une fois pour toutes. Autant la lenteur de "Jesse James" faisait parler le hors-temps et l'extrême beauté du travail pictural, autant ici la lenteur n'est que la conséquence fatale d'un flagrant manque d'idées. Le scénario, anorexique, enfile de longues scènes de blablas sur l'honneur et l'amour, peu aidées par des dialogues d'une lourdeur éléphantesque et bien sages dans l'envie de faire 'comme à l'époque' , avec quelques bons mots qui fusent. La mise en scène complète l'inanité du script par de gros plans d'une laideur absolue ; aucune atmosphère ne se dégage de cette petite ville qui sent bon la peinture fraîche des reconstitutions, le décor, pourtant sublimement aride et désespéré, n'est là qu'en tant que fond visuel - alors qu'il aurait pu se faire témoin de l'action, mais vu qu'action il n'y a pas... - , et jamais les lumières ne viennent sublimer ce vieux mythe splendide d'une Amérique pleine de gueules et de virilité. Ed Harris, en fin observateur, a remarqué qu'une femme pouvait tromper un homme. C'est la seule péripétie du film, soit cinq secondes d'intensité dans un désert d'ennui total. Seuls les acteurs (Ed Harris et son regard métallique et fragile, Viggo Mortensen et sa présence charismatique, Jeremy Irons et sa hargne) représentent un interêt à voir cette pâle