Film d'animation expérimental écrit et réalisé par Masaaki Yuasa, qui fait pour l'occasion ses premiers pas derrière la caméra, Mind Game est une œuvre cinématographique déconcertante. L'histoire nous fait suivre Nishi, un jeune mangaka méconnu qui, un jour, retrouve son amie du collège Myon, une fille dont il a toujours été amoureux. Seulement, celle-ci lui annonce qu'elle est désormais fiancée et invite Nishi à la rejoindre dans le bar tenu par son père pour lui présenter l'élu de son cœur. Mais des yakuzas débarquent dans le lieu et un conflit éclate dans lequel Nishi se fait descendre. Accueilli par Dieu, il refuse de mourir et remporte un défi pour retourner sur Terre et réécrire le cours de son histoire. Ce scénario, adaptation du manga du même nom écrit et dessiné par Robin Nishi, s'avère particulièrement déroutant à visionner tout du long de sa durée d'un peu plus d'une heure et demie. L'intrigue nous fait vivre une aventure emballante et rythmée à la faveur de ses nombreuses confrontations et courses-poursuites, même si la dernière partie plus statique est un peu trop longue. Le récit explore la thématique de la détermination et du vécu sans regrets en offrant une seconde chance à ce jeune homme d'abord effacé qui va devoir s'affirmer afin de sauver celle qu'il aime. Tout cela donne lieu à des scènes toutes plus improbables les unes que les autres, qui font dans la surenchère en se moquant de toute forme de réalisme dans le dessein de produire des séquences toujours plus folles les unes que les autres. Le ton se veut lui mature, dramatique et violent, mais comporte également de l'humour et un côté pervers. L'ensemble est porté par des personnages appréciables qui évoluent bien au fil des minutes. Des échanges soutenus par des dialogues de bonne facture. Si le fond est spécial, le métrage se démarque avant tout par sa forme carrément étrange et perturbante. La réalisation du cinéaste japonais s'avère qualitative, même si sa mise en scène a parfois tendance à n'être qu'un empilement d'images frôlant l'overdose. Mais ce qui fait du film une œuvre résolument singulière, c'est son univers et sa direction artistique. Enfin plutôt ses directions artistiques, car le métrage opte pour divers styles d'animation jonglant entre 2D et 3D, incluant entre autres la rotoscopie digitale qui consiste à intégrer des photographies d'acteurs sur les visages des protagonistes. Et ce choix est très, très particulier et déstabilisant, pour ne pas dire de mauvais goût. C'est un véritable pot-pourri à l'esthétique psychédélique décomplexée, jouissant d'une liberté créative infinie. Cela a pour effet de constamment faire cohabiter le bon et le moins bon. Mais une chose est sûre, c'est créatif, rempli d'idées et fun et barré, au détriment d'être foncièrement beau. Même les couleurs employées partent dans tous les sens, créant un arc-en-ciel dans la rétine. Ce visuel sans équivalent est accompagné par une bande originale aux titres collant bien avec l'action et les images. Reste une fin appréciable venant mettre un terme à Mind Game qui, en conclusion, est un film d'animation méritant d'être découvert tant il prend des risques, même si c'est ce qui fait aussi sa faiblesse tant c'est une œuvre clivante.