Viridiana
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ronny1
ronny1

57 abonnés 913 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 15 mai 2021
Pour son retour en Espagne après vingt-quatre ans d’exil aux USA puis au Mexique, Luis Buñuel réalise un brulot violemment anti chrétienté : « Viridiana », qui sera interdit en Espagne jusqu’en 1977 et au Portugal (1976). En premier, l’institution catholique avec le couvent, froid et convenu, plus intéressé par la reconnaissance matérielle que par l’humanité, avec une dernière scène entre la mère supérieure et Viridiana (Silvia Pinal) qui est une synthèse de rapports congelés, sous un vernis de relationnel bienveillant circonstancié. Puis la destruction du mariage religieux avec la robe immaculée, mélange obsessionnel de relation incestueuse habillée de nécrophilie (le couple sexe – mort est récurent chez le cinéaste). Enfin, la charité chrétienne avec les clodos, qui débouche sur orgie, saccage, tentative de viol et meurtre après la Cène reconstituée (coupée en Italie jusqu’à la fin des années quatre vingts). Comme dans « Nazarin » les actes que Viridiana, qui se veulent dans la lignée de ceux du Christ, débouchent constamment sur des situations contre productives. L’aspiration à l’élévation se muant dans le réel en une descente vers la bestialité primitive. A l’opposé de Vincente Minnelli où elle finit par transcender la réalité, chez Buñuel la sordide réalité la détruit. Mais contrairement à l’opinion établie, le scénario est très en retrait sur l’aspect social. Les pauvres servent essentiellement l’attaque contre la charité chrétienne et la critique de la bourgeoisie s’en remet uniquement à la névrose d’un homme (Fernando Rey excellent). Sur ces deux plans, « Los Olivados » pour le social et « El » sur la maladie mentale, semblent autrement plus puissants que « Viridiana. Toutefois, au crédit, un érotisme dont la censure en voulant sauver l’aspect moral de Viridiana, a interdit la fin voulue par Buñuel, où elle rejoignait son cousin dans la chambre à coucher. Le cinéaste en créa une autre, bien plus libertine, avec la bonne (Margarita Lozano) dont la sensualité, cachée comme l’eau qui dort, se révèle progressivement. Magnifiquement interprété et souvent brillant quant à la mise en scène, « Viridiana » fut récompensé par la palme d’or au Festival de Cannes en 1961.
Hervé L
Hervé L

92 abonnés 717 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 3 octobre 2024
Une critique acerbe de la bon dieu série et de la charité chrétienne qui montre la dureté et l'hypocrisie de la société ou l'on se moque toujours d'un plus mal loti. Et la charité ne mène à rien les plus pauvres ayant le moins de valeurs à respecter sont montrés comme les plus méprisables et les plus abjects.
inspecteur morvandieu
inspecteur morvandieu

96 abonnés 4 424 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 14 décembre 2024
Sur fond de musique sacrée -symbole hypocrite d'une existence morale et pieuse- Don Jaime, l'oncle bourgeois de Viridiana, n'en est pas moins un homme indigne, prêt à tout pour séduire sa nièce qui se destine pourtant au couvent, jusqu'à souiller sa vertu pour la contraindre à ne pa prononcer ses voeux.
Après avoir raillé le comportement de Don Jaime, Bunuel dénonce les fondements-mêmes de la société bourgeoise. Avec une semblable ironie, le cinéaste démasque la fausse respectabilité du bourgeois et ses turpitudes sexuelles enfouies sous des codes moraux affectés. Puis, exposant le rapport social entres riches et pauvres, Bunuel montre ce que cette relation de classes, entretenue par la bourgeoisie, peut avoir de vicieux, de complaisant et d'illusoire.
Les signes sont nombreux et éloquents, qui témoignent du mensonge social. L'innocente Viridiana pourrait être en définitive la première victime de cette farce sinistre, de cette comédie humaine. Malgré sa religion et sa charité, elle est la proie du bourgeois et la victime expiatoire du pauvre.
Iconoclaste subtil, Luis Bunuel n'en est pas pour autant un cynique ou un nihiliste. C'est au nom d'un certain humanisme qu'il invoque pour les humains un total affranchissement des règles morales et sociales qui briment leur nature et leur liberté.
Cadreum
Cadreum

67 abonnés 817 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 22 mai 2025
Viridiana est un film qui ne croient plus, qui ne pardonnent plus, qui ne désirent plus l’illusion d’un monde sauvé par la pureté. Tout est là, pourtant : une jeune femme au visage lavé, vêtue comme une religieuse, et en face, le monde, sale, tremblant, profanateur.

Cependant, Luis Buñuel n’oppose pas la foi à l’athéisme, la vertu à la dépravation, le sacré au profane : il regarde comment les formes se gangrènent, comment les gestes se pervertissent à force d’être purs, comment l’icône se fissure sous la persistance du réel.

Le génie du film, c’est qu’il avance masqué. Ici, la mise en scène est classique : cadres nets, profondeur de champ contrôlée, lumière diurne, gestes cadrés et raccords invisibles. Mais c'est cette netteté qui deviendra plus tard une arme.

Buñuel filme la foi comme on filme un leurre. Viridiana veut bien faire, veut sauver, veut incarner quelque chose de supérieur au monde. Mais le monde ne l’attend pas. Le monde la regarde, la contourne, l’absorbe. Elle devient son propre paradoxe : en cherchant à répandre la grâce, elle devient outil de pouvoir, de mépris et de violence.

On a beaucoup écrit sur la scène du repas. Les mendiants rejouant la Cène, mais avec les rires gras, les postures inversées, les regards hagards. Ce moment est plus qu’une satire : c’est une apocalypse domestique.

Ici, tout ce qui tenait ensemble l’ordre des choses (la table, le pain, l’image pieuse) est soudain retourné. Le vin devient glaviot, l’hostie devient injure. Buñuel ne ridiculise pas la religion : il montre ce qu’elle produit quand elle refuse de voir. Les apôtres sont ivres, lubriques, grotesques. Ils n'ont pas trahi le Christ : ils n’ont jamais été invités. Ils s’invitent, ils s’installent, ils pillent, parce que l’illusion de charité les a rendus objets, puis monstres.

Et puis il y a le crucifix-couteau. C’est une icône parfaite : dans l’objet même qui promet la paix, une lame. Dans l’amour, une violence prête à jaillir. Il n’y a rien à interpréter ici : tout est dit. Le sacré contient sa propre perversion. Buñuel n’a pas besoin d’y insister.

Mais Viridiana n’est pas un pamphlet. Ce qui fascine, c’est sa retenue, sa précision. Chaque scène prépare la suivante par érosion. L’idée n’est pas de convaincre, mais d’user. User la croyance, l’espoir, la bonté jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un sol nu, presque sec, où plus rien ne pousse.

Le final est à ce titre une image d’une puissance obscure : Viridiana, autrefois consacrée à Dieu, assise à la table d’un homme, prête à jouer aux cartes. Pas de chute. Pas d’élévation. Juste l’acceptation d’un monde sans miracle. Elle ne devient pas mauvaise, elle devient présente. Là, dans la pièce, sans voile.

On sort de ce film comme d’un rêve vidé de ses promesses. On croyait entrer dans une parabole, on en sort avec une corde, un couteau, des corps usés, des regards qui ne savent plus prier. Ce que Buñuel filme, c'est le point de rupture, la fatigue de la foi. C’est là que se tient le cinéma de Viridiana.
ferdinand
ferdinand

17 abonnés 453 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 3 juillet 2013
revu 50 ans après (!) ce film laisse une drôle d'impression... Les pauvres sont affreux, sales et méchants, les bourgeois sont pleins d'obsessions plus ou moins tordues... Quant à l'auteur qui semblait avoir de sérieux problèmes avec la religion, le sexe, le fétichisme, il manie la provocation lourdement. Tout cela semble bien loin maintenant, et aussi éventé que, par exemple, La dolce Vita de Fellini. L'interprète principale est très fade, voire inexistante. Il y a cependant de belles séquences de cinéma.
anonyme
Un visiteur
3,5
Publiée le 14 juillet 2011
Une première partie plutôt retenue qui trouve son intérêt dans la qualité de la réalisation, Bunuel plante ses banderilles vers la fin là où on ne les attendait pas, recréant notamment la cène à sa manière :-)
Jo D
Jo D

33 abonnés 134 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 11 août 2012
Pour un film palmé à Cannes en 1961 je dois avouer que je m'attendais à mieux. La première partie du film est intéressante, son rythme soutenu nous fais entrer d'emblée dedans. Pour la seconde partie, servie sur un plateau sans quasiment aucune transition, nous assistons là à une sorte de règlement de compte entre Bunuel et le reste du monde, à savoir l'Eglise, les bourgeois et le monde "populaire" dans sa bestialité la plus profonde. Tout le monde en prend bien pour son grade. Mais voilà, des scènes choquantes et provocantes pour l'époque franquiste, telles l'orgie finale entre les mendiants rappelant la Cène, et la nonne du début qui cède (du moins c'est très suggéré) finalement aux avances de son cousin (voire à un plan à 3 avec la servante) ne font plus mouches à ce jour. Luis Bunuel a été au bout de ses convictions les plus profondes mais malheureusement pour lui son film a mal vieilli.
willyzacc
willyzacc

99 abonnés 1 544 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 6 janvier 2013
Très bonne première partie, malheureusement trop courte, ensuite on comprend tout à fait la critique de Buñuel dans la deuxième partie mais elle est un peu trop exagérée et le spectateur se perd.. Pas son film le plus intéressant, mais son univers décalé fait toujours plaisir à voir.
GéDéon
GéDéon

140 abonnés 735 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 10 avril 2023
Palme d’or du festival de Cannes en 1961, il s’agit d’une fable totalement immorale de Luis Buñuel. Ce film, qui n’a pas échappé à la censure franquiste de l’époque, contient une vive critique de l’institution religieuse mais surtout de la laideur de l’âme humaine. Pour justifier son propos, le réalisateur espagnol montre le cheminement spirituel d’une jeune religieuse (Silvia Pinal) qui après avoir été abusée physiquement par son oncle (Fernando Rey) va se réfugier dans la charité pour les plus démunis. On retiendra tout particulièrement la séquence d’orgie avec les mendiants dans la maison du maître qui est à la fois abjecte et festive, véritable blasphème de la Cène. Bref, une œuvre transgressive.
Alasky

459 abonnés 4 658 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 7 juin 2009
A fond dans la provocation, au coeur de la folie et à la limite de la perversion, Luis Buñuel nous entraîne dans son univers.. avec ce film scandale.
ClemYti
ClemYti

34 abonnés 16 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 24 juillet 2021
Parasite avant l'heure! Luis Buñuel film la lutte des classes comme personne. Film passionnant et très intelligent!
LucienLaurent
LucienLaurent

9 abonnés 392 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 17 juillet 2013
Viridiana, incarnée par la sublime Catherine Deneuve, est une jeune fille qui va entrer au couvent. Avant de renoncer définitivement à la vie de ce monde, elle accepte de rendre visite à un vieil oncle. Celui-ci revoit sous ses traits sa défunte épouse. Il tente alors de l'épouser et devant le refus de la jeune fille, se suicide. Viridiana hérite de sa propriété et décide de faire le bien en invitant les pauvres du coin. Elle ne tarde pas également à succomber aux charmes de son cousin.
Palme d'or à Cannes en 1961, ce film a été condamné par Franco et le Vatican. Cela fait donc beaucoup de raisons de le voir !
anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 12 juin 2008
Quel film ! La réalisation est excellente et le scénario vraiment incroyable. On en ressort troublé mais avec un sentiment très agréable. La scène de la prière est magnifique ! Le destin de Viridiana nous charme et nous déroute, bravo Buñuel !
anonyme
Un visiteur
4,0
Publiée le 19 août 2013
La jeune Viridiana souhaite entrer au couvent mais elle doit d'abord rendre visite à son oncle. Celui-ci est troublé par sa ressemblance avec sa femme décédée... Dans ce Buñuel qui s'inscrit dans la continuité du cycle mexicain même si le film est réalisé en Espagne, on retrouve les thèmes qui ont toujours fasciné le réalisateur : Le fétichisme sexuel (les pieds, toujours les pieds chez Buñuel ) l'inceste, hypocrisie et la bestialité populaire sont les thèmes traités dans ce film noir et profondément pessimiste. Il met en scène une femme qui en essayant de faire le Bien devient rapidement victime des événements et des hommes.

Buñuel n'épargne personne aussi bien les bourgeois que les pauvres. L'utopie de la charité chrétienne rend la bestialité des pauvres encore plus animale. L'homme lettré (les bourgeois) est incapable de résister à ses pulsions sexuelles et n'hésite pas à transgresser des tabous.

Le film est connu pour sa représentation de la Cène de Lénonard de Vinci. La Cène se transforme en orgie où les apôtres sont remplacés par des pauvres pouilleux et Jésus par un aveugle laid. Summum de la provocation cette scène fut jugée impie et blasphématoire par le Vatican et le film fut interdit jusqu'à la fin de la dictature en Espagne.

Si la première partie est la plus captivante, la deuxième avec les pauvres perd en intensité. J'ai trouvé la fin un peu décevante, même si l'on sent que héroïne se résigne à mener une vie dont elle ne veut pas dans un univers qui lui échappe.
Andrew Person
Andrew Person

4 abonnés 107 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 26 juin 2025
Buñuel, par son expérience surréaliste, fait surgir une vérité brute, violente, qui vient balayer les utopies les plus pures et les morales les plus sacrées. Viridiana est un grand oublié de notre époque, sans doute parce qu’il montre ce qu’on préfère taire, ce qu’il y a de plus dérangeant dans la nature humaine : le péché originel. Un film au message éternel, qui traverse les siècles.

spoiler: La morale victimaire de Viridiana s’effondre face à la rudesse du réel. D’un côté, les faibles usent du vice et de la manipulation pour nourrir une puissance malade. De l’autre, un homme jeune, fort, impur, mais seul à pouvoir agir et trancher. Le film ne cherche pas à réconforter, il expose.
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