La Haine est un thriller où tout se déroule en seulement une journée. Cela nous est constamment rappelé par l’heure affichée en gros plan tout au long des 24 heures (
ce qui prend tout son sens à la fin, puisque l’on suit les dernières 24 heures de Vinz
).
Cette journée fait suite une bavure policière, inspirée d’un fait divers réel en 1993, qui a provoqué des émeutes. C’est notamment montré à travers des plans de reportages en introduction.
On suit trois protagonistes : Vinz, impulsif, qui a trouvé une arme et souhaite se venger ; Hubert, plus tempéré, avec un passé difficile mais désireux de quitter la cité et cette vie ; et enfin Saïd, qui joue un rôle d’intermédiaire, tentant de les raisonner, et qui est à l’origine de l’action du film.
Après un début dans la cité, ils décident d’aller à Paris, car Saïd doit y récupérer de l’argent. Le film aborde des thématiques fortes, à travers des scènes marquantes comme celles dans les commissariats à Paris, les affrontements en banlieue, la visite du musée où ils ne se sentent pas à leur place dans un Paris chic mais étrange,
la scène à l’entrée de la boîte de nuit, ainsi que la confrontation avec un skinhead. Ces moments montrent que, même si Vinz frime avec son arme, il n’est pas encore prêt à passer à l’acte malgré ses paroles. Le film contient aussi des scènes décalées, comme celle avec Astérix ou encore l’histoire racontée par le vieil homme sur Grunwalski, qui rate son train pour ne pas perdre son pantalon, une anecdote qui fait écho au message du film
. On retrouve également des références à de nombreux chefs-d’œuvre, comme Taxi Driver (la scène du miroir), Les Sept Mercenaires (la citation), Scarface (“The world is yours”), etc.
Le choix du noir et blanc est très intéressant et rend l’histoire intemporelle. Le film n’est pas manichéen et montre les torts comme les qualités des deux camps. La mise en scène est remarquable, notamment dans la différenciation entre la cité et Paris, avec un dolly zoom marquant servant de transition.
La fin est marquante : on assiste à un changement de mentalité chez Hubert et Vinz, rattrapés par la violence. Elle reste ouverte, avec du suspense, mais peu importe ce qui se passe, c’est un drame. Le film se conclut d’ailleurs sur la même citation qu’au début, qui prend ici tout son sens.