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Ils rampent. Ils bavent. Ils saignent noir. Et pourtant… ils reviennent. Non pas d’entre les morts, mais d’un autre cinéma. Celui qui empeste l’huile de vidange, les bobines brûlées, le latex fondu, la musique synthé cheap et les blagues plus grasses qu’un tacos dégoulinant sous la lune. Planète Terreur, ce n’est pas un film. C’est une éruption. Un crachat de cellule cancéreuse. Une fièvre de pellicule contaminée. Un hommage rance et flamboyant aux films d’exploitation, ceux qu’on regardait en douce, la VHS rayée jusqu’à l’os. Robert Rodriguez ne raconte pas une histoire. Il déclenche un délire. Les morts-vivants ne sont plus des métaphores : ils sont littéralement gangrenés, purulents, défigurés… comme les États-Unis post-Bush, comme un pays qui pourrit de l’intérieur sous l’effet des mensonges, de la guerre, de la peur. Cherry Darling, strip-teaseuse amputée, devient l’emblème improbable d’un féminisme vengeur. Sa jambe-mitraillette, absurde, outrancière, irréelle, est aussi puissante qu’un cri de rage. Elle danse avec la mort, pulvérise les mâles alpha, éclabousse le machisme dans une giclée de poudre noire et de flammes stylisées. Autour d’elle, des personnages bigger than death : le bad boy taciturne, l’infirmière au scalpel triste, les cowboys en blouse blanche, les soldats toxiques, les ploucs armés jusqu’aux dents, les savants aussi fous que le monde qu’ils tentent de sauver. Mais tout est déjà foutu. La contamination est totale. L’écran lui-même dégouline. Il tremble, saute, se raye, disparaît, revient. La pellicule est malade. Et cette maladie… elle est belle. Rodriguez tord tous les codes du bon goût, du bon sens, de la bonne conduite. Et ce faisant, il libère quelque chose : une énergie primitive, burlesque, punk. Un cinéma à l’état brut. Un plaisir impur, incandescent, poisseux. Ce n’est pas du Tarantino. C’est plus sale. Plus frontal. Moins bavard, plus viscéral. On ne réfléchit pas. On réagit. On bondit. On ricane comme des hyènes devant un cadavre animé. Et c’est là toute la force du film : faire jaillir une sorte de joie étrange — une joie radio-active — du cœur même du chaos. Planète Terreur n’a pas d’autre prétention que celle d’exploser. Mais il explose avec grâce. Avec panache. Avec un amour fou pour le bis, le gore, la série Z, les liquides verts, les corps en lambeaux, les dialogues impossibles, les cascades débiles, les ralentis érotisés, les héros de pacotille. Et derrière l’absurde, il y a quelque chose de vrai. Quelque chose de brutalement humain. Une tendresse camouflée dans les boyaux. Un désespoir masqué par le rire. Parce qu’au fond… ce monde infecté, ce monde condamné… ce monde, c’est déjà le nôtre.