Darren Aronofsky est sans doute l'un de mes réalisateurs préférés malgré sa courte filmographie. Comme une sorte de Requiem for a dream soft et moins générationnel, Black Swan s'impose comme un chef d'oeuvre pur, une merveille du cinéma, une ode cynique à la passion dans son ensemble et un mélange étrange entre maîtrise totale et gros délire psychédélique.
Cette oeuvre fait parti de celles qui ne sont pas d'une intelligence scénaristique exceptionnelle mais plus d'une expérience sensorielle. Le personnage fait à lui seul le film et tout l'intérêt repose sur sa quête d'identité. Certains pourront trouver la chose inintéressante et terriblement lente, mais pour les autres, plus sensibles peut-être, plus humanistes sûrement, ne pourront qu'être passionnés par cette dérive effrayante. L'auteur frise le ridicule avec des scènes presque gothiques, en mode ado mal dans sa peau, comme un Tim Burton immature, mais ne sombre jamais dedans. C'est en cela que son audace fait de lui un génie. Il prend des risques, ose l'incompréhension, l'absurde mais ne vire pas dans le glauque comme on a pu le lui reprocher dans Requiem for a dream. Le fond est d'une subtilité rare et une poésie constante, comme une sorte de conte noire. Et la forme n'est pas en reste avec une réalisation nerveuse, des décors d'une froideur déconcertante, et un jeu sonore et visuel sadique : craquements d'os, mouvement d'omoplate, arrachage de peau morte accrocher à l'ongle, contraction des orteils, gonflement d'artère,... c'est d'une torture morale insupportable.
En bref, un film délicat, intense, déroutant et classique à la fois, une merveille absolue. Nathalie Portman confirme une fois de plus son talent, après l'excellent V for Vendetta.