Benjamin (Bennie) n'a pas encore 18 ans, mais il est en rupture de ban avec sa famille, spécialement avec un père tyrannique. Serveur sur un paquebot il profite d'une escale forcée en Argentine pour renouer des relations interrompues depuis 10 ans avec son demi-frère. Angelo est devenu Tetro ; en amputant son patronyme ("Tetrocino") il s'est reconstruit une autre vie, loin du despote paternel. Mais ce dernier est né en Argentine avant d'en partir pour mener aux Etats-Unis une carrière brillante de chef d'orchestre... et c'est là que Tetro se réfugie ! Ses retrouvailles avec Bennie vont amener inéluctablement la révélation d'un douloureux secret de famille, lors même que le jeune homme découvre, décode et achève une pièce dont Tetro trainait le texte comme un boulet depuis l'asile d'où Miranda, sa douce compagne, l'avait sorti. L'histoire est des plus noires, et d'ailleurs elle se raconte au présent en noir et blanc expressionniste - les rares séquences en couleurs sont pour indiquer du passé juste ce qu'il est nécessaire, des couleurs très travaillées façon technicolor, façon "Chaussons rouges".... La mise en scène est remarquable de précision, les personnages, principaux et secondaires, sont fouillés pour les premiers (le duo fraternel, Miranda aux aguets, le pater familias loin géographiquement, mais tellement douloureusement présent), picaresques et attachants pour les seconds (voir ainsi le premier cercle des amis et connaissances de Tetro : Abelardo, Alone etc.). Coppola sait par ailleurs tirer le meilleur parti cinématographique des décors naturels argentins, en jouant particulièrement avec la lumière, élément essentiel de sa dramaturgie (de la "Boca" populaire de Buenos Aires aux paysages perdus de la Patagonie). Vincent Gallo en écorché vif magnifique, cumulant les culpabilités, domine la distribution, parfaite et cosmopolite, où l'on retrouve avec plaisir par exemple l'Espagnole Carmen Maura (Alone) et l'Autrichien Klaus Maria Brandauer (le père).
Coppola trouve sa limite dans un scénario empesé au décorum baroque ; noir et blanc à l’appui d’un propos intellectualisant. Coppola fait son Bergman. Lourd Francis. Grandes qualités néanmoins, images léchées, dialogues easy-going au service de comédiens impeccables. Mais que reste-t-il au fond ? Coppola pêche par son manque de puissance que ne cache plus ici sous la débauche de moyens habituelle. Le roi est nu et surfe sur sa réputation j'en ai bien peur.
Si ce film n'a que très peu fait parler de lui, il est pour moi l'un des meilleurs produits depuis très longtemps! Scénario excellent, très bon jeu d'acteurs, mise en scène originale. Tetro est l'histoire d'un secret de famille horrifiant et bien gardé, découverte petit à petit telle une ficelle que Coppola déroule sous nos yeux ébahis. On y palpe l'ambiance argentine un peu comme l'Espagne dans les films d'Almodovar. Un chef d'oeuvre marquant qui mériterait de faire bien plus de bruit!
Un film splendide, où Coppola retrouve la veine familiale de Rusty James. des plans grandioses dans lesquels on aurait envie de plonger, un Vincent Gallo électrique, et une réalisation toujours aussi inspirée. Le grand retour de Coppola!
La complexité de la relationnelle familiale, filmée avec génie et sous une forme nouvelle par Francis Ford Coppola. Une réussite à voire sans hésitation.
Francis Ford Coppola est sans doute le cinéaste le plus brillant et le plus libre des mastodontes hollywoodiens de sa génération. Son précédent film, "L'homme sans âge", explorait le fantasme de la jeunesse éternelle et de la connaissance absolue. Ce "Tetro" est plutôt une chronique familiale intimiste et baroque, ce baroque qui est la marque de ce cinéaste jamais avare de démesure esthétique. Intimiste mais toujours ambitieux. Malgré un sujet lourd - un homme en fuite tentant d'échapper à une figure paternelle au génie écrasant - Coppola sait toujours intégrer une fantaisie salutaire (le festival de Patagonie, cette fille et sa tante totalement dévergondées, etc.). Ses idées de mise en scène sont sophistiquées et les images absolument magnifiques. Il y a toujours quelque chose à découvrir dans un plan de Coppola. Chaque image regorge d'idées esthétiques ou symboliques et même quand l'action est un peu lente, le spectateur est toujours suspendu à la caméra, furetant dans tous les coins de l'écran pour y découvrir de nouvelles surprises. On sent également que le réalisateur a su capter l'atmosphère du lieu de tournage. Sans jamais tomber dans le travers "touristique", Coppola filme Buenos Aires (et un petit peu la Patagonie) avec beaucoup d'intelligence : des bruits, des personnages, une ambiance unique et envoûtante. Comme dans "Manhattan", le noir et blanc ajoute à l'envoûtement et contribue à la personnification de la ville... Si l'on ajoute la présence hypnotique de Vincent Gallo, on aboutit à un film puissant, l'oeuvre fascinante et personnelle d'un véritable artiste du cinéma.
Film à la réalisation superbe! Le noir et blanc est maitrisé à la perfection. Les acteurs sont tous très bons et le sujet, quoique convenu, reste bon. Cependant, le film perd un peu de sa majesté avec une fin moyenne. Du très grand Coppola.