"Ça se réchauffe... Ça se réchauffe... Encore plus chaud... Froid. Froid, froid, froid..." Un couple et leur enfant (plus un gros clebs) partent en vacances dans leur maison de campagne près d'un lac. Un jeune homme vient poliment leur demander quelques oeufs. Il est a priori normal quoique très maladroit, mais son attitude semble cacher quelque chose et provoque un certain malaise chez Anna. Elle a vu juste : lui et son ami vont séquestrer la famille puis jouer avec elle à leur manière... Sous prétexte que "Funny Games" est encore plus d'actualité de nos jours et qu'il n'a pas eu à sa sortie l'impact escompté sur le public tout particulièrement visé, à savoir les américains, Michael Haneke réalise, dix ans plus tard, la copie conforme de son film, au plan par plan et à la réplique près. On imagine aisément que cette démarche est surtout commerciale, mais bon, why not ? Eh bien puisque c'est comme ça, je me lance moi aussi dans un exercice de copier-coller en recylant ma critique de "Funny Games". Ça commence comme un film classique, avec un banal plan aérien et la présentation d'une famille parfaitement ordinaire. Quand arrive le générique, la musique d'opéra cède la place à un assourdissant morceau de heavy-metal : on sent qu'on n'est pas là pour rigoler. Mais jusqu'à l'arrivée des deux compères, rien ne nous dit que ce film sort du lot des thrillers violents auquels nous sommes habitués. Puis on comprend, au fur et à mesure, la véritable visée du métrage, et qu'il serait stupide de classer "Funny Games U.S." dans la catégorie films d'horreur... Rares sont les films qui mettent aussi mal à l'aise, qui plus est avec une telle maestria. Le film de Haneke, à coup de plans-séquences oppressants, d'angles de vue judicieusement choisis et de répliques adressées directement au public par le personnage de Paul, prend le spectateur à témoin, qui devient ainsi complice des ravisseurs malgré lui. Si le film a provoqué une telle polémique à sa sortie, c'est parce que beaucoup n'ont pas perçu son objectif : bousculer le spectateur habitué à consommer une violence banalisée par le cinéma mais aussi par les médias. De ce fait, le titre est à double-sens : il évoque les jeux sadiques des criminels mais aussi le caractère manipulateur de la réalisation. Pour heurter davantage le spectateur, Haneke opte pour un total réalisme par une narration en quasi temps réel, et choisit de se démarquer des films de genre par un pessimisme extrême et en envoyant valser les tabous :
le meurtre du chien et celui de l'enfant, la géniale séquence du "retour-arrière", l'absence de happy-end
sont les meilleurs exemples de cette singularité. Tu vois, Michael, moi aussi je peux le faire ! Il ne me reste plus qu'à expliquer pourquoi je n'ai pas mis la même note aux deux films. Il n'y a qu'une seule raison pour laquelle "Funny Games U.S." ne vaut pas "Funny Games" : l'interprétation. Si Tim Roth, acteur de talent qui assure dans chacun de ses rôles, vaut largement Ulrich Mühe, le jeu de Naomi Watts n'a malheureusement pas l'intensité de celui de Susanne Lothar, horriblement ravagée dans la précédente version. Pour camper le terrible personnage de Paul, personne n'est mieux placé qu'Arno Frisch, pas même Michael Pitt, pourtant excellent. Peter, incarné par le superbe Frank Giering dans le film original, paraît moins innocent et donc moins troublant sous les traits de Brady Corbet. A part pour les fans de Tim Roth comme moi, autant se retaper le film de 1997 plutôt que cet exercice de style assez vain.