Évincé de son propre projet pour cause de "différends artistiques", Zack Snyder, qui avait chapeauté tout l'univers du DCEU jusqu'ici, n'est finalement pas à l'origine de ce "Justice League". Même si son nom reste à l'affiche, son importance a malheureusement été minime dans la réalisation de ce film. En effet, le metteur en scène, déjà en conflit avec la Warner depuis les premiers mois de tournage, a quitté le navire à la suite d'un drame personnel. Pour le terminer et afin d'offrir un montage final, c'est donc Joss Whedon qui fut appelé en renfort, celui-ci ayant déjà fait les beaux jours du concurrent Marvel avec les deux projets "Avengers". Sur le papier, l'idée pouvait être intéressante, l'homme possédant de l'expérience dans le genre super-héroïque, mais elle transmettait surtout bien plus l'envie principale de la Warner depuis peu : abandonner l'aspect sombre développé par Snyder. Whedon a toujours eu une approche plus légère et optimiste du cinéma, ce qui a sûrement facilité son arrivée ici, le ton froid et torturé des précédents films de l'univers ayant été tenu responsable de leurs "échecs" au box-office. Alors, à cause d'une production chaotique, d'un remontage forcé et d'un nouveau réalisateur à l'opposé du style du précédent, le visionnage de ce long-métrage ne nous promettait rien de bon. Et globalement, sa sortie en 2017 a confirmé cette impression, le film étant un véritable échec, notamment quand on le compare aux débuts plus que prometteurs qu'avait eus cet univers. Bien sûr, tout n'est pas forcément à jeter en son sein. Par exemple, je tiens à toucher un mot sur la musique. En soi, les compositions sont très banales, mais certains passages arrivent quand même à dégager une certaine énergie. Je pense surtout à la sublime chanson "Everybody Knows", qui réussit à transmettre le sentiment nostalgique de la disparition de Superman. De même, certaines scènes d'action restent très plaisantes à voir, que ce soit la séquence de combat au ralenti avec Flash ou celle de la banque avec Wonder Woman. Mais dans l'ensemble, même en ce qui concerne ces points positifs, un constat ressort énormément : nous sommes bien loin de retrouver le travail méticuleux qu'avait eu Zack Snyder au sein des précédents longs-métrages. Le gros problème du film réside d'ailleurs là-dedans, le style de Joss Whedon se mariant très mal à ce qui avait déjà été tourné avant son arrivée. Certes, ces plans sont efficaces, ce n'est pas le problème, ce dernier n'étant clairement pas un mauvais réalisateur pour autant. Mais quand on compare son travail à celui de Snyder, nous voyons vite que leurs approches n'ont rien à voir. Déjà, le film souffre donc d'un décalage énorme en matière de compositions par rapport à ses prédécesseurs. Là où ceux-ci possédaient des plans composés tels des tableaux, un travail sur la brutalité dans les scènes d'action et une envie de démesure à chaque scène, Whedon applique une approche plus conventionnelle. On se retrouve alors avec une colorimétrie bien moins travaillée, un peu plus passe-partout via des tons lumineux et très clairs, mais aussi avec une mise en scène plus lisible et jouant moins sur la puissance de nos héros. Et si ce problème est évidemment choquant en matière de continuité entre les œuvres, il l'est encore plus au sein du même film. Bien que l'ensemble soit monté de la même manière, on distingue rapidement les scènes gardées du tournage avec Snyder, et les nouvelles séquences. Au global, le tout est donc totalement impersonnel, passant d'un style à un autre sans aucune cohérence visuelle. Et pour ne rien arranger, toujours à cause de cette production chaotique, il faut aussi noter que la plupart des effets spéciaux n'ont pas eu le temps d'être finalisés. Ainsi, on ressent surtout ce problème au niveau des fonds verts, ces derniers se sentant beaucoup trop (la lumière plus claire n'aidant clairement pas à les rendre naturelles, car elle fait logiquement ressortir les imperfections). Et à côté de ça, en ce qui concerne l'écriture, on retrouve également les mêmes soucis. Si Snyder avait une idée en tête pour offrir une trilogie autour de Superman et conclure ce premier chapitre avec l'arrivée de cette Justice League, toutes ces intentions ont été abandonnées. Au sein de ce récit, nous ne retrouvons alors aucune grande thématique ou réflexion sur son rôle. L'idée est simplement de se montrer plus positif, et c'est tout. À ce niveau, on peut donc regretter la réécriture très plate du scénario, et cela se confirme également dans le développement de nos personnages. Pour faire simple : aucun n'aura d'importance. On se retrouve avec un Batman qui perd le charisme développé précédemment, avec un Flash qui ne sert que de déclencheur d'humour et avec un Cyborg qui paraît totalement invisible. À ce propos, même le grand méchant Steppenwolf nous déçoit, son design étant trop éloigné de l'original voulu par Snyder et se contentant simplement d'être le digne héritier des ennemis de la série "Power Rangers". À la limite, seul le personnage d'Aquaman m'a un peu parlé, campé par un Jason Momoa assez bien taillé pour le rôle. Mais pour le reste, il n'y a rien à en tirer. Autrement dit, il est assez évident de se rendre compte que la Warner a saboté ce film à tous les niveaux. Sachez que je n'en veux ni à Zack Snyder, ni à Joss Whedon, pour ce résultat désastreux. L'un a subi la pression du studio et a vécu un événement difficile durant le tournage, et l'autre a été appelé au milieu d'un projet qui n'était définitivement pas le sien (bien que je condamne fermement son attitude apparemment déplorable sur le plateau). Ce long-métrage n'aurait donc jamais dû sortir dans cet état, le résultat de cet échec ayant déjà fait couler le potentiel du DCEU. Le destin du DCEU semblait alors déjà scellé à la sortie de ce film, et on ne remercie pas la Warner pour ça. Pour conclure, la plus grosse déception super-héroïque de ces 10 dernières années.