Auréolé de quatre prix dont l'Oscar de la meilleure actrice pour Kate Winslet, The Reader est l'adaptation du roman homonyme de Bernard Schlink. Réalisé par Stephen Daldry à qui l'on doit Billy Elliot et The Hours, ce long-métrage est le fruit d'un travail de longue haleine initié dans les 1990's par Anthony Minghella. Le réalisateur du Talentueux Monsieur Ripley et du Patient anglais s'était en effet très tôt emparé du projet mais avait du faire face à de nombreux faux-départs jusqu'à ce que Stephen Daldry propose de s'y atteler. Producteur du film, Minghella, tout comme son co-producteur Sydney Pollack, décèdera avant la fin du tournage. Aidé dans cette tâche par le dramaturge David Hare avec qui il avait collaboré sur The Hours, Stephen Daldry a également pu compter sur l'auteur lui-même afin de réaliser cette adaptation fidèle. Le roman de Bernard Schlink traite de que les allemands ont baptisé "vergangenheitsbewältigung", cette lutte de la génération née après guerre contre ce passé nazi dont elle n'est pas responsable mais duquel elle porte héréditairement la culpabilité. Centré autour du personnage de Michael Berg, l'histoire ne se déroule pas comme dans le roman de manière chronologique mais s'autorise plusieurs bonds dans le temps afin de mettre en lumière toute la complexité des relations entre le jeune homme et Hanna Schmitz. Recruté à l'âge de quinze ans, David Kross ne commencera à tourner qu'à dix-huit ans, un choix logique si on se base sur la première partie du film qui s'intéresse principalement à la sexualité de ce couple éphémère. Du fait de la différence d'âge et du comportement bourru et fuyant d'Hanna, l'amour qu'entretiennent les deux principaux protagonistes est à la fois passionné, fusionnel mais ausi terriblement instable. Le personnage joué par Kate Winslet est très difficile à cerner et suscite un malaise chez le spectateur qui devine sans mal que cette femme possède son lot de fêlures et de secrets inavouables. La rupture de cette relation fait basculer le film dans la froideur de la réalité en amenant Michael Berg au coeur de l'histoire. Celle-ci, symbolisée par le jugement d'Hanna, s'inspire des Procès d'Auschwitz qui eurent eu lieu entre 1963 et 1965 à Francfort. La relation épistolaire qui suivra l'incarcération d'Hanna Schmitz résume de la manière la plus juste tout le dilemme qui animait cette jeune génération, pris entre l'amour de ses proches et le devoir de mémoire, de condamner les crimes les plus atroces. Mis en parallèle, les cours auxquels assiste Michael renforce le débat autour de cette question, tiraillé entre l'indécision du héros et la véhémence de son camarade envers le passé peu glorieux de ses aînés. Toujours sur le fil, le film de Stephen Daldry se refuse de juger, rendant hommage aux victimes des camps tout en insistant sur la banalisation de la solution finale qui tenait autant de la stratégiqe tyrannique que de l'aveuglement volontaire des individus les plus simples. De par son sujet délicat qui appelait à une grande vigilance vis-à-vis des personnages et de ce qu'il représente, Stephen Daldry se devait de choisir avec précision le casting de son film. Le choix de Kate Winslet est à ce titre on ne peut plus justifié puisque l'auteur lui-même pensait à l'actrice pour incarner rôle et que celle-ci est connue pour l'implication qu'elle donne à chacun de ses rôles. Incarné par David Kross et Ralph Fiennes, le rôle de Michael Berg s'étoffe de ces deux prestations qui se répondent plus qu'elles ne s'opposent. Constitué en grande partie d'acteurs allemands prisés dans leur pays, le reste du casting séduit également et tout particulièrement la prestation de Bruno Ganz (La chute) qui joue ici le rôle de l'arbitre entre les positions douteuses de Michael et celles plus tranchées de son camarade. Déroutant, distant et très froid lorsqu'il s'attarde sur Hanna Schmitz, The Reader suscite l'interrogation chez le spectateur et provoque une empathie non pas pour les personnages mais pour une génération d'allemands pris entre un passé sur lequel ils n'ont aucune prise et une volonté d'aller vers un monde nouveau. A l'image des critiques que le bestseller de Bernard Schlink a suscité, certains trouveront certaines scènes trop sulfureuses et le sujet trop délicat pour être abordé. A ceux-là, une petite anecdote en faveur du film finira de les convaincre : The Reader est étudié dans les écoles allemandes et est considéré par beaucoup comme la meilleure définition du "vergangenheitsbewältigung". (www.louiselegy.com)