Une banlieue sinistre et pauvre pour décor, l'alcool et la violence pour mode de vie: le regard que porte le metteur en scène sur l'existence de la communauté maorie de Nouvelle-Zélande est brutal et sombre. On s'attend alors à un pamphlet contre la société néozélandaise, peut-être coupable de discrimination.
Mais, si le film s'adresse à tous, Lee Tamahori s'adresse, lui aux Maoris. Il n'évoque ni la société néozélandaise dans son ensemble ni la responsabilité des Blancs, mises de côté. Son film est un cri destiné aux siens pour qu'ils retrouvent la dignité que, selon le cinéaste, ils ont perdue au contact de la civilisation venue d'occident, au contact d'une société gangrenée par le chômage, l'alcoolisme et la violence, dont les Maoris sont les victimes inconscientes ou résignées. A ses frères maoris, qui chantent le temps jadis, Tamahori dit que leur espoir de survie passe par le sursaut, le retour aux valeurs et à l'instinct de leur peuple. La famille Heke témoigne sans le savoir du drame de leur condition.
A partir de quelques scènes extrêmement brutales, sans complaisance, le réalisateur donne le ton de ce film tendu, parfois maladroit dans son propos humaniste mais sincère. Les interprètes sont formidables: Rena Owen, en mère de famille accablée, et surtout le très charismatique Temuera Morrison, l'époux incapable de réaction, faible malgré sa musculature qu'il croit être un gage de liberté.