"Le Loup de Wall Street" me fait réellement me poser des questions sur la forme d'un réalisateur comme Martin Scorsese. À son âge, réussir à encore proposer des projets aussi énergiques et démonstratifs dans leur folie, c'est presque un miracle. Clairement, malgré ces trois heures, j'ai passé un très bon moment devant ce film. La raison est d'ailleurs très simple : la réalisation permet à n'importe qui de ressentir le monde que souhaite décrire Scorsese. Nous plongeant dans cet univers très particulier qu'est la bourse, nous sommes directement aspirées par la folie qui le caractérise. Dès le début, le contrat est passé : le montage sera dynamique, la musique très rythmée, les dialogues s'entrechoqueront et chaque acteur ira à fond. Et honnêtement, même si la toute première scène aurait mérité de poser un peu plus calmement le contexte, dès que nous entrons dans la trame principale par son commencement, nous sommes directement immergés. Le long-métrage est réellement emprunt d'une cacophonie organisée qui fonctionne parfaitement, on accepte ce parti-pris. Déjà, car on rit beaucoup devant ce déchaînement d'improbabilité, énormément de séquences étant particulièrement drôles. Mais aussi, car Leonardo DiCaprio met un point d'honneur à nous faire ressentir la montée progressive de son personnage vers la folie. On y sent beaucoup de maîtrise dans son interprétation, et j'ai adoré le retrouver ici. Dans l'ensemble, tout cela n'est là que pour exprimer la thématique du film, ou du moins son idée. Si le film montre une ascension, il ne va jamais oublier les excès, et donc la chute à venir. Le schéma est classique, mais il fonctionne particulièrement bien. Le meilleur moyen de nous le faire comprendre vient d'ailleurs de la vulgarisation très légère du monde de la finance. Si c'est un univers particulier, je n'ai jamais été perdu face à ce que racontait le film, il réussit à nous faire comprendre ce qu'il se passe et ce qui pose problème. Évidemment, le film est une énorme critique de ce monde capitaliste, mais il le fait bien plus subtilement qu'on aimerait le croire. Il est clair que ce déchaînement au montage paraît grossier, mais je trouve le scénario très intelligent sur la fin du film.
J'aime notamment beaucoup cette petite scène avec l'agent du FBI dans le métro, dans un monde "normal", calme et qui fait une différence énorme avec ce que nous avions vu pendant 2h30.
En vérité, le seul point que je regrette au sein de ce film, c'est son rythme. Si la première heure est un crescendo agréable, le milieu stagne un peu et laisse apparaître quelques longueurs. Ce n'est rien de bien méchant, mais c'est à signaler. En bref, le film est une vraie réussite. Martin Scorsese a encore du talent, et ça fait plaisir de le voir. Pour conclure, un moment vraiment marquant.