Formidable adaptation du roman de Pierre Boulle paru en 1963, La Planète des singes est une oeuvre à la fois ancienne et fondamentalement contemporaine qui débute comme une production de science-fiction classique, voire caricaturale dans son message introductif, et s'achève sur un questionnement métaphysique, quoique moins libre et abstrait que le 2001 de Kubrick, sur la nature et le devenir de l'Homme. Tout commence par l'écrasement d'un vaisseau spatial, dont le départ daterait de 1972, dans un monde qui nous est totalement étranger ; l'aspect primitif est d'une importante capitale. Par la suite, l'unique survivant du crash découvre un univers d'hommes-singes qui lui est hostile. Cette première ambiguïté ouvre la philosophie du long-métrage. En effet, la situation est équivoque dans le sens où ces singes sont d'une part très évolués, même si le terme ne correspond pas tellement au propos et nous tacherons de l'expliquer pourquoi, et d'autre part très arriérés. En fait, cette espèce imaginaire est une allégorie tragique de notre devenir. Nous découvrons à la fin, à travers le plus banal des objets qu'incarne une poupée douée de parole, que le héros, victime symbolique de la race des singes, puisse démontrer que ce jouet se trouve bel et bien sur notre planète Terre ; c'est une invention de notre temps. Comment comprendre l'état de notre monde ? Sommes-nous dans le passé ou le futur ? Mais la découverte la plus significative, porteuse d'un symbole extraordinaire, est la découverte de la Statut de la Liberté ensablée dans une baie. Nous comprenons, évidemment, que les singes les plus savants de tous connaissaient notre Histoire mais la cachaient aux autres pour les protéger de reproduire l'exemple de la race précédente, c'est-à-dire de la nôtre ; l'aboutissement final de ce triste désastre, lié à la recherche technique et scientifique, fut la destruction de l'homme par l'homme. La cause ? La bombe. Pessimiste mais d'un grand humanisme, le film est un chef d'oeuvre.