Au cours de ma jeune existence, ma vie de cinéphile m'a fait traverser un grand nombre d'émotions différentes. Même si j'ai encore beaucoup à découvrir en ce qui concerne ce domaine qu'est le cinéma, je commence cependant déjà à avoir un certain bagage. Cela m'amène donc naturellement à être de moins en moins surpris par ce que je regarde, commençant à connaître beaucoup des ficelles de ce milieu. Pourtant, il m'arrive encore d'être surpris par certaines propositions, et aussi parfois de ressentir des émotions totalement nouvelles pour moi à ce niveau. Et pour ne rien vous cacher, c'est exactement ce qu'il s'est passé lors de mon visionnage de "Martyrs". Réalisé par Pascal Laugier, ce qui en fait un film français (pour mon plus grand bonheur), ce long-métrage est probablement le projet le plus éprouvant que j'ai vu (au moins jusqu'ici). Considéré comme une œuvre malsaine, dangereuse et même sale par un bon nombre de personnes l'ayant vue à sa sortie, une autre partie du public est toutefois tombée en admiration devant celle-ci. Alors, face à ces réactions franchement hétérogènes, ma curiosité a tout de suite été piquée. La découverte du film est rapidement devenue une évidence pour moi, et elle a confirmée absolument tout ce que j'en avais entendu. Clairement, ce long-métrage est une œuvre à part, et je comprends totalement les réactions qu'elle a suscitées. D'un côté, je partage l'engouement qu'ont eu les spectateurs de l'époque à ce sujet, car j'ai beaucoup de points très positifs à attribuer à ce film. Mais de l'autre, je comprends totalement qu'un bon nombre de personnes ait pu être choqué par le visionnage. Pourtant, à l'inverse de ceux-ci et même si j'ai été grandement éprouvé par ce que j'ai vu, j'ai totalement compris pourquoi cette violence a été mise en place. À mon sens, Pascal Laugier a simplement compris comment utiliser cette dernière pour raconter quelque chose de fort. Dans ce film, la violence se montre déjà sous différents aspects et différentes formes. Séparé en deux parties bien distinctes, la première offre plutôt un mélange entre une violence frontale et de l'horreur spirituelle. Tout d'abord, l'aspect frontal fonctionne tout de suite, car le réalisateur nous surprend dans sa façon de l'utiliser. Et par le terme "surprise", j'entends par là qui la fait venir de manière inattendue, créant un sentiment de lecture impossible face au film. Cela se ressent surtout dans la séquence du repas de famille, qui commence en nous faisant croire à de l'horreur, qui n'en est en fait pas, et qui finit en trombe après un long moment tout ce qu'il a de plus banal. Grâce à cette approche, l'horreur en devient imperceptible, nous rendant juste constamment accrochés à notre siège, car on sait que le film n'a pas envie de nous prévenir de sa violence. Mais comme je l'ai précisé, cette dernière arrive également au moyen d'une approche plus spirituelle, voire fantomatique. On se sert ainsi des troubles de notre héroïne pour créer le doute chez nous, en nous faisant cogiter sur la nature réelle ou fictive de ses apparitions. Puis, une fois que cette première heure déjà très éprouvante se termine, la seconde laisse place aux moments les plus choquants : la violence pure et dure. À partir de là, il n'y a plus rien de graphique ou de subtil, celle-ci se traduisant simplement par tout ce qu'elle peut renvoyer de plus brutal, que ce soit psychologiquement ou physiquement. Pendant plus de 20 minutes, nous sommes enfermés, au même titre que notre personnage, et Pascal Laugier ne se prive pas de nous le rappeler dans sa mise en scène. Optant pour de longs fondus au noir au niveau des choix de transition de chaque séquence, nous sommes au plus proche de ce qu'il veut nous faire ressentir : des moments de violence durs et brefs, avant un long retour dans le noir le plus total. Allant même dans du body horror très difficile à regarder au moment de sa conclusion, il est clair que ce film cherche donc vraiment à choquer. Et globalement, il est très efficace de ce point de vue-ci, car on ne peut ressortir indemne face à tout cela. Si le long-métrage est puissant, c'est aussi parce qu'il parvient à nous immerger au cœur de son action grâce à des personnages particulièrement crédibles et attachants. Personnellement, j'ai vraiment adoré le traitement de Lucie et Anna, notre duo d'héroïne. Parfaitement interprétée par Mylène Jampanoï et Morjana Alaoui, la force du film est vraiment de nous faire ressentir leur lien. Cela se fait surtout de manière scénaristique, en nous présentant leur relation depuis le commencement et en exposant le fait que seule Anna comprend Lucie. Mais aussi au niveau de leur interprétation, amenant facilement une ambiguïté dans leurs échanges et contacts. En bref, nous sommes d'autant plus impliqués, car nous avons peur pour des personnages auxquels nous sommes attachés. La violence n'est donc pas gratuite, elle repose sur un sentiment d'attachement, mais pas seulement. Pour le coup, ce que je reproche à la critique des personnes ayant détesté cette expérience, c'est que ce film n'est pas qu'un simple défouloir sans queue ni tête. À l'inverse, le long-métrage est un prétexte pour développer une métaphore, cette dernière étant particulièrement bien exploitée.
Ici, la violence est l'œuvre de riches et puissants bourgeois, se servant des personnes du dessous pour arriver à leur fin. Possédant tout, ceux-ci les exploitent afin de combler la seule peur qui leur reste encore : la mort. Le film pose alors un constat très amer, mais encore bien réel à notre époque, sur les différences de préoccupations entre les individus de classes différentes. Le final est donc extrêmement puissant en ce sens, ayant également l'intelligence de ne pas tout nous révéler, afin de garder une fin ouverte et sujette aux interrogations. Et en plus de cela, ces révélations de fin nous offrent également un nouveau regard sur l'entièreté de l'œuvre. Ma pensée pour illustrer mon propos est d'ailleurs la suivante : la séquence la plus choquante du film n'étant pour moi pas une scène de violence, mais bien celle du repas de famille. Assis à table, cette petite famille qui parle de choses banales en sachant pertinemment l'horreur qui se cache sous leur pied me glace le sang avec du recul.
En résumé, ce projet est un petit bijou. Si je suis déçu de l'accueil qui l'avait reçu à sa sortie, je suis heureux qu'il ait quand même réussi à trouver écho chez différentes personnes. Chez moi, en tout cas, il a parfaitement fonctionné, et il est même déjà rentré dans mon classement personnel de mes films préférés. Pour conclure, un choc.