Le film de la résurrection pour un réalisateur en pleine perdition après le navet "A la dérive" et l’incompréhensible "Revolver", à tel point qu’on le croyait perdu pour le cinéma. Pourtant, Guy Ritchie avait laissé entrevoir un vrai talent avec ses 2 excellents premiers films. Avec "Rocknrolla", le réalisateur revient à ses premières amours (le film de gangsters à l’anglaise) et retrouve par la même occasion son mojo. On ne s’étonnera donc pas de retrouver les intrigues à tiroirs, la galerie de bras cassés, le montage hyper nerveux, l’humour omniprésent et la BO monstrueusement rock qui ont fait sa gloire passée. Mais "Rocknrolla" fait mieux que recycler les vieux succès du réalisateur, il les adapte au 21e siècle. Alors que "Arnaques, crimes et botanique" et "Snatch" transpiraient les années 90, "Rocknrolla" a parfaitement su saisir l’air du temps avec ses gangsters de la vieille école voyant leur place menacé par les mafieux russes et son homosexualité traité sous un angle positif et non pas comme une tare, le tout dans un Londres plus riche en buildings et autres stades de foot dernier cri qu’en pubs obscurs. Cette modernité en toile de fond se voit magnifier par des acteurs bénéficiant, il faut dire, de personnages savoureux et toujours aussi originaux. Le charismatique Gerard Butler s’empare du costard du héros atypique autrefois dévolu à Jason Statham, Tom Wilkinson campe un parrain à l’ancienne de toute beauté, l’envoûtante Thandie Newton transcende son personnage de comptable voulant pimenter sa vie, Karl Roden plagie à peine Roman Abramovich (voir la scène dans le Wembley Stadium). Mais surtout, Guy Ritchie reprend sa bonne vieille habitude de dénicheurs de talents avec Mark Strong en homme de main dévoué, Ildris Erba en complice, Tom Hardy en gangster faisant son coming-out, Toby Kebell en junkie déjanté ou encore Gemma Arterton en assistante. "Rocknrolla" confirme d’ailleurs que le talent principal du réalisateur réside très certainement dans sa capacité à ne jamais faire ressortir un personnage (et donc un acteur) par rapport aux autres et de créer une véritable alchimie entre ses différents héros, offrant ainsi une énergie inimitable à ses films. Enfin, Guy Ritchie a su soigner tout particulièrement sa mise en scène, s’autorisant même une véritable inventivité à laquelle on n’osait plus croire de sa part (l’utilisation pertinente et magnifiée des ralentis, les récits sous formes de flash-back permettant d’attiser la curiosité du spectateur plutôt que de lui balancer les scènes dans un ordre chronologique, la scène de danse…). Bref, "Rocknrolla" est indiscutablement le film de la rédemption pour un réalisateur qui confirmera avec son futur "Sherlock Holmes" qu’il est de nouveau au top !