Avec Hitchcock on est rarement déçu et Skin Game confirme cela. Bien entendu, si on replace ce métrage de ses débuts dans le contexte. On est au début des années 1930, ça sent la bascule du muet au parlant car il y a certaines séquences sans prise de son ce qui les rend limite compréhensibles. De même, côté photographie, on est vraiment dans le noir et blanc d’époque, vous savez avec cette photo très lumineuse puis qui fonce d’un coup avant de revenir lumineuse, le tout avec un grain d’enfer ! Puis la réalisation est assez théâtrale car on avait pas trente-six caméras à l’époque et pas de dolly pour faire de jolis traveling ! En somme vous l’aurez compris, on est vraiment en 1931, dans ce cinéma qui fleure bon l’époque des pionniers et moi j’aime ça, mais faut être prévenu, car c’est vrai qu’on a également parfois l’impression qu’il manque certains plans dans le montage (ce qui du reste est fort possible).
Mais comme la plupart des films de cette époque, les limites techniques sont largement compensées par l’écriture, en particulier ici où le film est une adaptation d’un prix Nobel, et ça se comprend. Le film est très solidement écrit. D’abord assez court, 77 mn, il est rondement mené avec cette efficacité implacable, cette dramaturgie prenante, ces dialogues affutés comme des rasoirs. Mon petit bémol viendra peut-être de la fin, car même si je comprends ce choix, c’était aussi le plus prévisible et peut-être le plus mélo dans l’esprit de son époque. Aujourd’hui ça paraît un poil forcé, je pense qu’il y avait mieux à faire, prendre un parti plus conciliateur qui aurait sûrement été plus surprenant et fort dans son message.
Le casting est très convaincant également. Des acteurs venus du théâtre pour la plupart, en particulier l’excellent C. V. France, tout à fait charismatique et idéalement choisi dans le rôle du vieil aristocrate. Helen Faye, Jill Esmond, Edmund Gwenn, tous sont vraiment au top. Quant à Phyllis Konstam, une habituée du réalisateur, elle est très convaincante et charmante, et son personnage est touchant, l’actrice néanmoins joue un peu plus théâtral que ses comparses et en fait parfois légèrement trop.
Néanmoins, c’est là un détail, et comme la fin, loin d’être rédhibitoire quant à l’intérêt du métrage. Ca reste du très solide, avec un film prenant à l’intrigue simple mais diablement efficace, qui explore un sujet d’actualité entre les écolos (ici les aristos) et les industriels (ici les bourgeois). C’est sensible, ça parle aussi de la condition féminine, c’est parfois drôle mais souvent grinçant, bref, à découvrir car ça le mérite. 4