une réflexion sur l'écart des classes et un scénario qui bascule de l'anecdotique à l'horreur absolue. Chabrol filme parfaitement la violence avec un rendu simple , détaché mais direct. quelles actrices!
Troublant mais surtout terriblement surprenant, La Cérémonie, marque le spectateur. Le drame de Chabrol commence "gentillement " puis bascule petit à petit dans quelque chose de beaucoup plus grave, jusqu'à atteindre le point de non retour.
Claude Chabrol, peintre caustique et malicieux de la bourgeoisie française, nous livre une chronique sociale, un suspense dans la pure tradition hitchcockienne, une mise en scène de la « fracture sociale » nouvelle version de la lutte des classes…
Voilà un film qui aurait pu être vachement bien. Car basé sur l'histoire des sœurs Papin qui, en 1933, auraient assassiné leurs employeurs. L'histoire du film de Chabrol, la voici : une gouvernante se fait engager par une famille de bourgeois. Mais cette dernière va être manipulée par la postière. Et un drame aura lieu. Comme on est chez Chabrol, on évite pas la petite pique envoyée à la bourgeoisie. C'était son truc ça au père Chabrol, lui qui en était pourtant issu. Même si dans le film en question, la pique est moins aiguisée qu'à l'accoutumée. Mais perso, je prends, j'apprécie toujours un tacle fait aux richards. Concentrons nous un peu sur cette gouvernante. Elle nous fait une première impression peu reluisante. On se doute qu'il y a quelque chose de pas net en elle. Quelque chose de plus grave que son spoiler: analphabétisme ou que son esprit simplet. Ça va bien plus loin que ça. Y a quelque chose de trouble dans son regard. Et moi, ce quelque chose de trouble, j'ai envie que ça me saute aux yeux, j'ai envie de le voir d'entrée de jeu tout en ne l'exposant pas ouvertement. Le problème est là, Chabrol a tant voulu faire de mystère autour de la nature cachée de son personnage que cette gouvernante finit par ne plus du tout intéresser. Trop de mystère tue le mystère. Quant au personnage de la postière, on a un problème aussi. Elle est bien trop extravertie. Dans l'absolu, ça ne me gène pas qu'un personnage soit complètement barré, mais faut-il encore trouver un juste milieu. Une façon de jouer qui ne te prenne pas la tête. Or, cette postière prend la tête mais genre vraiment. Et sa révélation sur spoiler: la mort de sa fille n'équilibre pas les choses, le mal est pour ainsi dire, déjà fait. Du coup, quand les deux éléments perturbateurs ne tiennent pas la route, ça devient vraiment ardu de te passionner pour le film. Alors que fait-on ? On attend. On attend que quelque chose se passe pour donner du souffle à cette histoire qui en manque quand même pas mal. Quid de la manipulation ? La manipulation, dans mon esprit ça ne peut pas être pris par dessus la jambe comme ça l'est ici. La manipulation ça ne peut pas être traité avec cette forme de légèreté. Non, pour moi, la manipulation, c'est de la violence psychologique. Ce qui entraîne quoi ? spoiler: Une tuerie finalement bien vite expédiée . Et le sort des personnages, en fin de compte, tu t'en fous un peu. Après la tuerie, peu importe ce qu'il peut arriver à Sandrine Bonnaire ou à Isabelle Huppert. Voilà ce qu'est « La cérémonie », un film franchement pas fameux, pas nul, mais qui s'oublie assez vite. Et c'est bien dommage.
La cérémonie, film français signé Chabrol, tient sa place de choix parmi les meilleurs thrillers des années 90. Film pourtant assez peu connu, il n'en est pas moins un des sommets du cinéma noir avec ce jeu des 2 actrices au sommet de leur art que sont Isabelle Huppert et Sandrine Bonnaire. Mention particulière à Sandrine Bonnaire qui démontre dans ce film son immense talent avec ce rôle énigmatique, qui sous un aspect un peu simplet, glacé et soumis s'avère être torturé, dépressif et inquiétant. On ressent chez cette Sophie un passé de victime bien chargé qui la rendue gravement malade. Elle est prête à se venger de cette société de puissants et de riches parvenus qui l'exploite sans scrupule, représentée dans le film par la famille Lelièvre, une famille de bourgeois qui est plongée dans son confort, dans sa bulle, incapable malgré elle de se pencher avec une réelle sincérité sur le sort de ces victimes dans le dénuement. Sa rencontre avec Jeanne, la postière, dont l'histoire est fort semblable à la sienne, déclenche en elle une folie insoupçonnée. Le film prend subitement une tournure inattendue avec des personnages qui révèlent sans retenue tout le noir de leur personnalité. Vraiment du grand spectacle. Qui sont réellement les méchants dans ce film: les parvenus qui profitent de la vie et des autres en se fichant pas mal de ceux qui crèvent sous leur fenêtre tout en feignant de faire des actions sociales pour soulager leur âme, ou bien les victimes dans le dénuement qui décident de passer à la violence? Les deux sans doute, mais dans ce monde, la justice a fait son choix.
Ce film passe haut la main l'épreuve du temps . Pour moi l'un des meilleurs films français , un coup de Maître . Le sujet est risqué puisque c'est un mélange de triller et de drame social. Chabrol nous enferme doucement dans un huis clos malin qui met en scène la rencontre de deux classes sociales très opposées, le développement d'un mauvais germe . Pas de manichéisme mais au contraire de la nuance, qui mène tour à tour le spectateur à prendre partie pour l'un ou l'autre. En effet les bourgeois ici sont assez paternalistes, à priori on ne peut pas leur reprocher grand chose. Ils sont parfois condescendants malgré eux. La domestique, qui est logée chez eux, ne peut échapper à la vitrine de leur mode de vie luxueux et raffiné (cet art de vie si cher au réalisateur). Leur fille qui a à peu près son âge vit dans le confort et la culture alors qu'elle est une bonne à tout faire analphabète et sans avenir. Chaque journée est un combat qu'elle subit en autiste en cherchant constamment des combines pour cacher son handicap, sa seule échappatoire étant son poste de TV. Elle aurait pu trouver une protection dans cette famille, mais c'était sans compter sur sa rencontre avec la postière du bourg, manipulatrice et envieuse, vrai personnage antipathique du film. Une œuvre noire mais fascinante.
Claude Chabrol traite du mépris de classe. Il le fait sans opposition manichéenne (mais avec une légère condescendance quand même), cependant il est impossible de s’attacher au personnage d’Isabelle Huppert tant il est écrit et interprété sans la moindre retenue.
Un immense et intense Chabrol ! . Bien sûr il y a l'interprétation d'Isabelle Huppert et Sandrine Bonnaire toutes les deux en vraie osmose mais aussi le contexte de l'histoire qu'il vaut mieux découvrir par soit même ( c'est la raison pour laquelle je ne vais pas m'étendre dessus ) ...alors comment faire envie ? d'abord c'est un vrai bijoux d'écriture pour les amateurs de polar à la française ( même si c'est l'adaptation d'un roman anglais ) il y a tout le savoir faire de Claude Chabrol . Tout le reste de la distribution qui est exemplaire avec Jean Pierre Cassel qui manque cruellement au cinéma comme au théâtre d'ailleurs . Un must du ciné à la française !
La Cérémonie est un film très particulier que j'ai bien aimé. L'histoire est très intéressante et pleine de rebondissements pour le moins surprenants et on accroche très rapidement au personnage central à la fois attachant et mystérieux. Le final est très fort spoiler: même si je n'ai pas trop aimé le changement abrupte de ton (de la folie amusante du personnage d'Isabelle Huppert à la tuerie tragique de toute la maisonnée), qui m'a refroidi et un peu dérangé.
Les actrices sont impeccables, le duo Sandrine Bonnaire – Isabelle Huppert fonctionne à merveille. Un ovni.
C'est le 50e film, à 65 ans, de Claude CHABROL et adapté du roman « L’analphabète » (« A judgement in stone ») de Ruth Rendell (1930-2015) et publié en 1977. Cela se passe près de Saint-Malo [tournage à Saint-Coulomb (35)] et raconte l’histoire d’une jeune femme (Sandrine Bonnaire) embauchée comme bonne par une famille bourgeoise recomposée (Jean-Pierre Cassel et Jacqueline Bisset) qui vivent dans un manoir isolé. On découvre qu’elle est analphabète et elle tombe sous l’emprise de la postière (Isabelle Huppert) au passé trouble. Les 2 actrices sont excellentes, Sandrine Bonnaire, toute en retenue et velléitaire, Isabelle Huppert, odieuse, sans gêne, vulgaire et sans surmoi (elle a eu, pour ce rôle, le César de la meilleure actrice en 1996).spoiler: L’histoire est aussi inspirée du fait divers des sœurs Papin qui ont tué sauvagement leurs patronnes au Mans en 1933 et qui a inspiré Jean Genet pour sa pièce « Les bonnes » (1947). Le film de Chabrol est lent et long (1h51) et manque de réalisme spoiler: (notamment la scène du crime où Virginie Ledoyen, fille du mari, respire encore après avoir été abattue au fusil !). La scène finale est un clin d’œil à Alfred Hitchcock (Chabrol a écrit en 1957, avec Éric Rohmer, le 1er livre sur le réalisateur), spoiler: révélant à la gendarmerie les circonstances des meurtres . Il y a, certes, une ambiance oppressante grâce à la musique de Matthieu Chabrol, 2e fils du réalisateur (avec sa 1ère épouse) mais cela ne suffit pas à donner de l’intérêt au film dont le sujet reste incertain : l’analphabétisme et l’illettrisme ? Les rapports maître – serviteur ? L’homosexualité féminine (suggérée mais non confirmée dans le film) ? Il reste l’intérêt historique avec la description d’un monde disparu : le minitel, des lunettes à 100 F, les émissions de Pascal Sevran… Le film reste familial (outre la musique) puisque le scénario est co-écrit par Chabrol et Caroline Eliacheff, fille de Françoise Giroud et épouse de Marin Karmitz qui a produit le film. Il y a même un auto-clin d’œil puisque Sandrine Bonnaire, fascinée par la télé, regarde un extrait des « Noces rouges » (1973) de… Claude Chabrol avec Michel Piccoli et Stéphane Audran (sa 2e femme). .
"La Cérémonie", un excellent Chabrol. Interprété par deux des plus grandes actrices françaises (Isabelle Huppert et Sandrine Bonnaire), le film s'avère prenant de bout en bout. Certains pourront trouver l'intrigue lente, donc ennuyeuse, au contraire je pense que cette "lenteur" est volontaire car participe au suspens et au caractère inéluctable des choses. Tout, dans le film, amène à cette fin. La tension (ressentie par Sophie et donc par le spectateur) va crescendo. Comme je l'ai écrit plus haut, les deux interprètes principales sont formidables (Huppert, comme à son habitude, quelque peu délurée, et Bonnaire qui parvient souvent à se montrer effrayante), mais les autres comédiens ne sont pas en reste (mention spéciale à une toute jeune Virginie Ledoyen qui faisait déjà montre de ses talents d'actrice). "La Cérémonie" est donc un film à voir. Un drame, avec quelques touches d'humour (de la part du personnage interprété par Huppert). Comme le disait si bien son réalisateur lors d'une interview à propos de ce film, il ne s'agit plus de "lutte des classes" mais bien de "guerre des classes" dont il est question dans "La Cérémonie".
Isabelle Huppert (Jeanne) et Sandrine Bonnaire (Sophie) ont une réelle complicité dans leurs rôles respectifs. Le cynisme, la folie, la peur ne sont jamais très loin. Ce film est intéressant, même si le dernier 1/4 d'heure reste décevant.
Longue, très longue mise en place. C'est d'avantage un ennui profond qu'une "attente insoutenable" comme lu sur une certaine critique.... Évidemment la fin est connue, et Chabrol filme cela comme un préparatif. L'étau se resserre dans la deuxième partie du film, beaucoup plus intense.
"La Cérémonie" est un drame de Claude Chabrol à l'ambiance assez froide, avec un petit côté lutte des classes entre une famille bourgeoise, la nouvelle bonne qu'ils viennent d'embaucher et la factrice... La famille accueille la bonne incarnée par Sandrine Bonnaire un peu tel un objet (à part la fille) à priver de liberté mais, petit à petit, sous l'influence de la factrice - avec qui elle se découvrira un point commun non des moindres -, celle-ci s'émancipera, et de quelle manière ! L'étude sociologique des personnages est intéressante, notamment à travers le prisme de la télévision et de la culture. Les acteurs sont très bons, le scénario aussi, sauf que je n'ai pas trouvé la fin très crédible... C'est un peu too much d'après moi, même si cela fait son petit effet. Mais quoi qu'il en soit, c'est un bon film, non manichéen, qui donne à réfléchir, comme Claude Chabrol savait si bien les faire.