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Un visiteur
4,0
Publiée le 8 août 2015
J'ai revu récemment à la télé cet excellent thriller de Claude Chabrol. C'est donc l'occasion de le commenter. Une sympathique et très cultivée famille bourgeoise recomposée accueille, pour son malheur, Sophie (Sandrine Bonnaire), employée au ménage et à la cuisine. Sophie est très secrète, c'est une taiseuse, elle est en fait un peu limitée car analphabète, ce qu'elle a soin de cacher à ses nouveaux patrons qui sont néanmoins très satisfaits, du moins au départ, de son service. spoiler: Elle use de toutes sortes de stratagèmes pour dissimuler ce handicap Sa réponse à toute demande de leur part est : "j'ai compris" ! Solitaire, elle se lie d'amitié avec la postière; incarnée par Isabelle Huppert, et tombe complètement sous son emprise. Cette postière est une femme indélicate, curieuse, perverse, vraisemblablement criminelle spoiler: (sa petite fille est morte dans des circonstances peu claires qui laissent à penser à des violences ayant entraîné la mort de la part de sa mère). . Elle exercera une influence désastreuse sur Sophie, la poussant à la révolte envers ses employeurs spoiler: (une révolte qui débouchera sur une sanglante cérémonie sur fond d'Opéra de Mozart). . L'interprétation d' Isabelle Huppert et de Sandrine Bonnaire est particulièrement remarquable. Elles sont tout à fait terrifiantes et convaincantes. Flippantes !
l'adaptation libre au cinéma d'un fait divers datant d'un siècle, au cours duquel les soeurs papin - deux servantes - ont assassiné leurs maîtres. on a parlé d'un film de classe à propos de ce film, et ce n'est pas exact. ce qui rend possible le meurtre des maîtres par les deux jeunes prolétaires - incarnées par isabelle huppert et sandrine bonnaire - ce n'est pas la lutte des classes. il y a une violence de classe permanente dans ce film, dans les rapports paternalistes de domesticité, dans les pratiques culturelles, dans la différence entre les habitats. mais ce qui rend le meurtre possible, c'est le fait que l'une et l'autre savent ce que c'est que de tuer, et de ne pas être punies pour cela. le film est excellent pour cela, il nous laisse voir quelque chose de très juste, à savoir que nous croisons au quotidien des gens emplis de violence, qui pourraient tuer... sans en avoir l'air.
Un des sommets de Claude Chabrol, dans la période la plus récente de sa filmographie. C'est un de ces films qui peut s'enorgueillir d'être vu des fois et des fois sans perdre de son intêret, tant le scénario et la mise en scène sont riches de trouvailles, de sous-textes à profusion. Tel un horlogier suisse, Chabrol est passé maître en la matière. Comme souvent chez Hitchcock, à qui on le compare souvent à juste titre, il n'y a pas les bons et les salauds, la vertu et le vice. Jeanne la postière, censée être la curieuse du village, la sans gêne, la mère indigne et insolente n'est elle pas aussi une jeune femme pleine de bonté et de vie ? Sa rencontre avec Sophie, le secours catholique, "le film avec Paul Newman", le repas aux girolles incarnent une charmante simplicité tandis que la famille Lelièvre est bien sous tous rapports mais froide, bienveillante en apparence mais minée par les non-dits. Jeanne, un alter ego pour Sophie et vice et versa. Trop seule, trop isolée, elle va trouver non seulement une amie, une "soeur", mais aussi une alliée.
Un très grand Chabrol que cette Cérémonie, qui fait véritablement froid dans le dos. Peinture exempte de manichéisme de la lutte des classes, car ici les bourgeois ne sont pas foncièrement mauvais ou antipathiques, même s'ils ont un comportement paternaliste inhérent à leur condition sociale et leur éducation. Les deux protagonistes principales, toutes deux impeccables, représentent une réponse extrême à la frustration de la classe populaire, car elles sont présentées comme des psychopathes, chacune dans son genre. C'est leur rencontre qui va déclencher le drame, tant leurs personnalités troubles se complètent. Je recommande ce film, qui secoue et fait réfléchir.
Si on ne doit retenir qu’un seul film de la prolifique carrière de Claude Chabrol c’est sans doute celui-là. Une œuvre surprenante, d’une beauté froide et d’une violence inouïe. Au-delà de l’incroyable prestation des acteurs, la vraie force de ce film c’est aussi de montrer, avec une grande finesse et sans manichéisme, tous les processus aboutissants à l’éloignement puis à la lutte des classes.
Un sommet chabrolien que je ne découvre que très tardivement. Si j'étais de mauvaise foi, je dirais que c'est parce que la majorité de ses derniers films sont tellement sans intérêt que j'ai voulu me mettre en réserve pour plus tard son seul film qui hors sa brillante période pompidolienne soit considéré comme une de ses très grandes œuvres ; mais en fait ce sont juste le hasard et les circonstances... Bon bref toujours est-il que sa thématique récurrente de la bourgeoisie provinciale est plus que présente ici et il l'oppose ici au prolétariat. Mais on n'a pas affaire à un quelconque film manichéen Chabrol complexifiant les pistes, les bourgeois sont plein de bonnes intentions mais ne peuvent pas s'empêcher de montrer une certaine condescendance à travers quelques petits gestes ou paroles, le prolétariat est ici représenté par deux cas sociaux pour lesquels on peut parfois ressentir de l'empathie (en particulier en ce qui concerne la souffrance du personnage de Sandrine Bonnaire par rapport à son analphabétisme !!!) mais franchement pas de la sympathie allant beaucoup trop loin pour ça. Autant le dire, l'atmosphère devient très vite anxiogène et ce n'est pas le talent des deux remarquables actrices principales, ici véritablement au meilleur de leur forme, ainsi que celui des comédiens en général qui viennent arranger les choses. "La Cérémonie" mérite sans conteste sa réputation de sommet chabrolien.
J'ai décidément du mal à accrocher en général au style de Chabrol. Si le début qui montre la difficulté pour une anaphabête à vivre dans notre société m'a intéressé, la finalité du film m'a laissé froid. D'autant que la fin est à mon sens plutôt mal jouée et bâclée. On a l'impression d'avoir perdu notre temps.
C'est toujours un réel plaisir de voir jouer Isabelle Huppert, mais c'est sans doute le seul intérêt de ce film. Le concept est peu crédible mais après tout pourquoi pas ? L'histoire se suit assez bien (bien que certaines pistes resterons toujours inexplorées) jusqu’à ce qu'apparaissent les premières absurdités (ce repas aux girolles trop vite bâclé, cette scène de collecte de vêtement se voulant délirante mais qui n'est que lourde, le curé trop ridicule) Quant à la fin c'est du grand n'importe quoi (la crise de folie est ratée, quant au massacre, il réussit l'exploit de transformer des carabines à deux coup en fusils à répétition. Sinon on en a dit des conneries sur ce film, certains y ont même vu une critique de la bourgeoisie (je ne vois pas trop ce qu'on aurait à leur reprocher aux bourgeois du film, sinon d'être des bourgeois). Quant à l'affirmation que ce film aurait été inspiré par le crime des sœurs Papin en 1933, il semble qu'il ne s'agisse là que d'un argument publicitaire.
Ce film est troublant. Tant par sa perfection que par la dureté de son histoire ( spoiler: le terme plus approprié est le mot "horreur" mais il dévoilerait une partie du scénario ).La toute fin est diabolique. Le film interroge son spectateur : qui est le bien, qui est le mal ? Les deux simplettes ( Bonnaire \ Huppert ) méchantes et folles ou les bourgeois pour qui la vraie faute est leur propre nature de " gâtés " ? Car oui, si les principes d'éducation de cette famille de la "haute" sont douteux, que leur générosité semble dérisoire, que leur " noblesse " ne soit due qu'à quelques conserves...Ces gens ne sont pas mauvais, ni pourris de l'intérieur. Ils sont comme quiconque mais bénéficient d'un peu de vernis si je puis dire. Et leurs mécontentements sont les même que ceux des autres, et ils font avec. Le vrai mal semble justifié par la folie alors pourquoi pas justifié ce " mal " par l'argent. Les deux peuvent rendre idiot, non ? Au fond, tout le monde est mauvais dans une plus ou moins grande partie...Et cette Sophie ( de malheur ), d'où tient-elle sa bêtise ? De la télé ? Télévision où - comble de l'ironie - l'on parle de cet autre mal qui la ronge qu'est l'analphabétisme ! Mais ce susdit mal, n'est-ce pas las faute des autres, qui ne l'on pas éduquée ? Bref, un film passionnant et doté d'un scénario véritablement méphistophélique ainsi que d'acteurs remarquables ! Un bijou du cinéma français.
L' idée de traiter la folie dans un coin perdu de la Bretagne nous paraît fort intéressante. De Même trouver quelques arguments pour critiquer la vieille bourgeoisie européenne nous paraît un élément positif puisque ce conservatisme qui émane de ce thème peut donner une autre vision puisque ce film est tourné dans un endroit peu connu. Malheureusement le réalisateur n' a pas su développer dans ce film ces idées . Il s'agit d'une œuvre obscure et incohérente qui présente certes la la folie, mais sans aucune perspective. Il s'agit d'un argument qui est fondé sur des personnages maladifs mais qui n'aboutissent à rien. Le film en général oscille entre la médiocrité et la et mauvais goût. A la fin il n'y a presque rien à retenir sauf les acteurs qui n'ont pas su bien jouer leur rôle, l' analyse des personnages qui n' a aucune finesse et les coups de feu qui n'ont aucun sens. Pourquoi donc cette tuerie? Pour quel objectif? Quant aux images, il y a peu d'images qui montrent des paysages. Le spectateur est obligé de subir des scènes ennuyeuses dans les quels l' esthétique ne peut pas nous convaincre. Ce film a été choisi pour le programme d'un concours national. Je pense que le jury aurait trouvé un autre film plus intéressant
Un film très noir qui dresse un portrait très acide de différents personnages pour lesquels on a pas beaucoup de sympathie, que ce soit du côté des bourgeois ou des employés de classe modeste. Personne n'est épargné. C'est un parti pris que j'ai trouvé réaliste et très intéressant. La mise en scène, les dialogues, le jeu des acteurs, tout cela concorde de manière subtile sans incohérences ni longueurs. Un film que vous recommande de voir, sauf si vous n'aimez que les films positifs.
ce film frole la perfection.....Chabrol nous réalise une oeuvre simple et prenante comme ses deux protagnosites principales.....le cadre est parfait (la bretagne profonde) et l'ambiance tantot froide, tantot ambigue est géniale.......vu plusieurs fois, je m'en lasse pas.......assurément son film le plus réussi devant RIEN NE VA PLUS et MADAME BOVARY..............
Bien que j'apprécie moyennement CHABROL (Betty, Une affaire de femmes, rien ne va plus...) La cérémonie se révèle être son meilleur film et de loin selon moi..Une interprétation juste, une ambiance froide et un déroulement mécaniquement bien agencé...La palme revient à re, froide (comme d'habitude) et moins "simplette" que l'on pourrait le croire.....Le rôle du pere joué par Cassel est bien rendu....les presque deux heures de film passent bien vite.....La scène finale est assez inattendue et brute de pomme.....Un film a avoir par tout bon cinéphile qui se respecte....Un must dans le genre et assurément l'un des meilleurs films français......donc rare (je parle d'un bon film made in france)....
Chabrol nous livre avec "La Cérémonie" un chef d'oeuvre de précision en terme de mise en scène, un suspense psychologique impressionnant, voire même absolument terrifiant, disséquant les mécanismes du meurtre, mais surtout ceux de la frustration, de l'humiliation, du mépris, de la méchanceté... Tous les acteurs sont bien entendu impeccables (avec quand même une mention particulière pour Sandrine Bonnaire, glaciale), et le tout a une force - psychologique, mais pas seulement - redoutable. En ce sens, "La Cérémonie" est l'un des films les plus violents jamais réalisés : une remarquable descente aux enfers, froide mais parfois drôlatique (Huppert est ici irrésistible en folle furieuse), menée par un Chabrol en pleine maîtrise de ses moyens. Un Chabrol qui arrive - enfin - à transcender son habituel discours sur la province française et la haine et la violence qui fermentent derrière la bonne bouffe et la télé. Vu de 2013, alors que la décomposition du lien social s'accélère en France, notre sympathie ira sans doute plus franchement qu'en 1995 pour "les autres", dont la bourgeoisie - et les politiciens - considèrent que les malheurs sont sans conséquence aucune : faudra-t-il que s'organise une telle "cérémonie" hallucinée pour mettre fin - définitivement - à l'absence de dialogue ?