Second long métrage de fiction de la réalisatrice Ursula Meier, HOME est une œuvre qui tient toute ses promesses. Evènement à la Semaine de la Critique du dernier Festival de Cannes, où il avait été présenté en dernière minute en séance spéciale, HOME est une étonnante fable tragi-comique, drôle, poétique, réaliste, très particulièrement subtile ; car à travers la construction, c’est une fable de la déconstruction que nous conte en fait Ursula Meier, la construction de l’autoroute, l’auto-déconstruction de la famille. Le paradoxe d’un huis clos d’abord ouvert, très aéré, qui progresse vers un huis clos fermé, moite et suffocant. La ligne qui maintient l’équilibre entre la folie douce et la crise de nerfs est fragile, et il y a un moment où la légèreté fait place au profond malaise. Un moment où le silence devient plus pesant et plus insupportable que le bruit lui-même. HOME est sur toute sa durée un film très drôle ; mais il y a un moment où l’on ne rit plus. Ce dont l’on riait au début, à un certain moment, apparaît brutalement comme tragique, nous mettant face aux névroses de la condition humaine, et amenant la question si les liens familiaux ne lâcheront-ils pas eux-aussi face à ce que l’humanité a de pire. Et il suffit de voir la majestueuse Isabelle Huppert en action pour se rendre compte que l’on peut vite lâcher prise. Ursula Meier fait preuve d’une exceptionnelle rigueur pour une œuvre si singulière et délicate et pourtant pleine d’adresse, éclairée par quelques touches de surréalisme. Jonglant avec les genres et les ambiances, menant son suspense d’une main de maître jusqu’à la fin, elle inaugure une carrière au cinéma définitivement prometteuse avec ce road-movie subtilement inversé ; par-dessus tout : audacieux, original, décalé.