"Marche ou crève" est probablement l'une des adaptations de Stephen King les plus compliquées à mettre en scène. Comment réussir à rendre intéressant des gens qui marchent en ligne droite et au même rythme pendant presque 2 heures ? Clairement, la tâche n'était pas facile, mais il faut dire que cette production a mis toutes les chances de son côté pour réussir son coup. Pour cela, on va chercher un réalisateur qui a déjà mis en scène du "Battle Royale", on s'entoure d'un casting intéressant et on n'hésite pas à laisser Stephen King lui-même mettre son nez dans le script. Le résultat est donc enfin arrivé sur nos écrans, et je peux dire que celui-ci m'a clairement retourné. Pourtant, je pourrais totalement comprendre des personnes ne réussissant pas à accrocher à ce film et qui ne se sentent pas prises par le tout. Comme je l'ai expliqué, l'idée était osée, et forcément, le résultat impose un style très particulier. Nous sommes confrontés à un schéma connu et prévisible, à savoir que nous allons voir des gens mourir au fur et à mesure. Je pourrais donc comprendre que l'on ne puisse pas rentrer dans cela, car il est vrai que le rythme répète ce schéma de manière cyclique, et qu'il est donc peu surprenant (en apparence). Sachant également que le dialogue sera l'une des armes principales du projet, il est possible que des spectateurs peu adeptes de ce type de productions très bavardes ne l'apprécient pas. Mais personnellement, même si je reconnais volontiers ces points faibles, je suis obligé d'avouer que j'ai rarement été aussi secoué durant cette année de cinéma. Pour le coup, il est clair que ce long-métrage repose énormément sur son écriture, mais il est loin d'être aussi prévisible que prévu. La première chose qui m'a fait plaisir vient des libertés prises par rapport à l'œuvre originale, tout en gardant une cohérence avec le propos initial. Dans le roman, la marche est une critique assez claire du traitement de la jeunesse par les États-Unis, surtout pendant la guerre du Vietnam. Elle dénonçait un système qui endoctrinait ces soldats, et c'est clairement l'un des éléments qui a imposé le livre d'origine comme un incontournable de son époque. Ici, les choses ont été actualisées, car si on garde le principe de la marche et d'une réflexion sur la jeunesse actuelle, le propos de fond est clairement différent. Déjà, l'histoire inclut très frontalement la banalisation de la violence au sein de notre société, surtout au travers des écrans. Toute la marche est retransmise en direct, comme une sorte de télé-réalité, et on est donc sur une vraie critique de cette recherche du sensationnalisme (un thème très actuel, que l'on retrouve à la télévision, mais aussi sur le net). Mais évidemment, le propos le plus mis en avant vient de son sous-texte politique, qui essaye de se vouloir fictif, mais qui se fait quand même beaucoup rattraper par l'actualité. Personnellement, j'ai aimé cette idée du futur très proche, mais fictif, où le pouvoir américain est désormais aux mains de l'armée, car il met en réflexion une certaine oppression de la pensée. Que ce soit par l'instauration de cette marche pour galvaniser le peuple, par l'interdiction d'art qui contredit le régime en place ou par l'impunité totale des militaires, le film aborde des questions clairement d'actualité. Et donc, dans le contenu de la marche, clairement influencé par cela, il essaye d'y amener une multitude de petites thématiques pour répondre à cela. Et honnêtement, c'est dans cette partie que le film m'a pris, car, si c'est déjà bien d'amener un propos aussi actuel et fort, ce n'est pas révolutionnaire pour autant. Par contre, il y a vraiment une volonté de surprendre dans la manière de répondre à ce contexte.
Naïvement, je m'attendais à ce que le film emprunte la voie que plusieurs scènes semblaient amener, à savoir le fait de montrer l'unité du peuple face à une oppression forte et un refus de tomber dans le piège tendu par ces derniers, via une vengeance toute tracée. Mais en fait, le long-métrage effectue un coup de maître avec cette base, en modifiant la fin par rapport à celle du livre. Si celle du roman racontait quelque chose de fort à son époque, alors il fallait obligatoirement changer celle-ci également, même s'il ne fallait pas faire n'importe quoi non plus. Et à mon sens, tuer Raymond au lieu de Peter amène déjà beaucoup de surprises. Mais le fait de voir Peter abattre le Major offre une conclusion extrêmement amère et particulièrement cruelle. Le film nous montre clairement que, face à cette volonté de résister à la violence du pouvoir, nous ne pouvons pas lutter, nous finirons tôt ou tard par devenir le produit de cela. Et je sais que certains auront du mal avec cette idée, mais je la trouve vraiment géniale ! Certes, elle est très cruelle et ne laisse aucune place à l'espoir, mais cela ne me gêne pas. Au contraire, cela raconte bien plus de choses de cette manière, et je pense que cette fin fera bien plus réfléchir que si la vengeance avait été évitée. Surtout que cela fait plaisir de voir un film pour le grand public prendre ce genre de décisions très osées, j'ai vraiment apprécié l'initiative !
Et cette idée fonctionne, principalement parce que l'on comprend le combat de nos héros. Pendant les 2 heures, j'ai été très proche de tous ces personnages, chacun ayant sa particularité. Ce sont peut-être des caricatures pour certains, n'empêche que cela les rend très vite identifiables et crédibles. On a une multitude de personnages, ayant des réactions très différentes aux événements, et c'est ce qui créait l'imprévisibilité du récit, malgré son apparence banale.
Certains vont devenir fous, d'autres vont abandonner, tenter de se rebeller, etc...
Ce qui permet de toujours créer de la nouveauté dans les situations, même si on les attend. Pour le coup, certains reprocheront le manque de violence physique et de gore, mais je pense que c'est ne pas comprendre le film que dire quelque chose de ce genre. Au contraire, c'est même un peu ironique de demander du gore dans un projet qui dénonce la violence de notre monde. Ici, la violence est bien plus psychologique que physique, et c'est ce qui la rend aussi forte à regarder. Je n'ai pas eu besoin de litres de sang pour comprendre la violence de cet univers, un simple personnage blessé et épuisé tentant de continuer à avancer malgré tout m'a clairement suffi. Dotant que cette impression s'amène clairement grâce à la bonne gestion des relations entre nos personnages. Sur ce point, je ne peux que féliciter le casting, Cooper Hoffman et David Jonsson en tête. Ils sont impressionnants, et je n'ai jamais douté de leur lien. Et si certains iront déplorer la présence énorme de dialogues en tout genre, moi, j'irais les applaudir. J'ai trouvé que les conversations étaient sincères, bien écrites et surtout très bien jouées. On parle de beaucoup de choses dans ce film, et les dialogues réussissent à transmettre tout cela. Tout simplement, parce que les échanges sont vivants, ils racontent quelque chose et se répondent, comme on en attend de vraies personnes. Et en ce qui concerne Francis Lawrence, même s'il ne révolutionne pas sa mise en scène sur ce film, j'ai le sentiment qu'il a compris ce qu'il fallait faire pour donner de la vie à tout cela. En étant constamment sur des rails pour sa caméra, et en refusant les plans fixes (chaque scène du film étant en mouvement), il nous inscrit dans la même marche que nos héros. On se sent proche d'eux, à leur contact et cela renforce nos émotions quand le malheur s'abat sur eux. Par conséquent, j'ai adoré ma séance. Je ne sais pas forcément quoi rajouter de plus, alors je serai bref. Je peux comprendre que l'on n'aime pas ce film, mais personnellement, je l'ai vraiment apprécié. Fâchez-vous comme vous le voulez, je m'en fiche ! Pour conclure, une excellente adaptation.