“Un film désespéré, miroir d’une société désespérante !�
À la croisée des chemins entre la saga “The purge� et le film “Battle Royale�, voici qu’arrive sur les écrans, l'inadaptable “The Long Walk� (“Marche ou crève"), de Stephen King. Le roman fut publié en 1979 sous le pseudonyme de Richard Bachman, tout comme “The Running-Man� dont le remake d’Edgar Wright devrait bientôt pointer le bout de son nez.
Pour l’heure, ce casse-gueule cinématographique longtemps espéré - qui aurait pu être adapté par Georges Romero (“La nuit des Morts-vivants�) en 1988 et Frank Darabont (“The Mist�) en 2007 - incombe au metteur en scène Francis Lawrence. Ce solide cinéaste est paré à l'exercice du récit dystopique puisqu’il est l'auteur de “Constantine“ (2005), “Je suis une légende� (2007) et de “Hunger Games� 2 et 3 (2014 à 2015).
Dans une Amérique post-conflit, en proie à une crise sociale et économique sans précédent - certains plans convoquent l'univers de John Steinbeck - dont le cinéma d’anticipation en a fait sa marque de fabrique, un tirage au sort national envoie 50 jeunes gens représentants leur état de naissance (uniquement des garçons), sur la route, pour une longue marche soi-disant retransmise en direct à la télévision. À la manière des marathons de danse (rappelons-nous du film “On achève bien les chevaux�), de Sydney Pollack - institués durant la grande dépression de 1929 - un seul concurrent en sortira vainqueur.
Ray Garraty (Cooper Hoffman) en prologue du long-métrage, vient de recevoir sa convocation accompagnée des félicitations et d’un petit speech étatique sur le bien-fondé de son engagement, etc. Un enfumage en règle comme les politicards en ont le secret. Et voici Ray et 49 autres concurrents sur la ligne de départ galvanisés ou pas par les propos martiaux du “Major� (Mark Hamill). Les affinités se forment au fil des minutes d’attente qui s’égrainent. Ray se rapproche de Peter “Pete� McVries (David Jonsson). D’emblée, le spectateur avisé connaît peu ou prou le groupe final. Après un rappel des règles, le coup de feu de départ est donné et ce ne sera malheureusement pas le seul.
En quelques secondes, les corps se réveillent, les foulées s’allongent, grisées par l’aventure d’une vie. Les premiers kilomètres s’effacent sous les semelles de ces jeunes gens, héros de toute une nation, encerclés par des véhicules blindés et des paramilitaires.
Mais bientôt, la peur de l’inconnu, maquillée en une douce insouciance (rappelant parfois “Stand By Me� de Rob Reiner) - d’une jeunesse maltraitée et abandonnée - laisse place à la douleur, à la faim, à la fatigue et aux premières exécutions…
Ce qui est un chemin de croix, un calvaire, une descente aux enfers, pour les cinquante, l’est aussi pour le spectateur acceptant au préalable d’être le témoin de ce jeu morbide.
Alors que le roman dénonçait les tirages au sort arbitraire durant la guerre du Vietnam, l’adaptation 2025 n’a nul besoin d’une pandémie ou d’une guerre nucléaire pour déployer son angoissant récit.
Mais une route sans fin ne suffit pas, pas plus qu’un paysage de désolation, ni quelques rumeurs d’une nation fasciste et encore moins une lancinante litanie d’exécutions (toutes aussi horribles et révoltantes qu'elles soient), sans l’empathie que l’on peut ressentir pour ces jeunes gens qui pourraient être nos enfants. Les enfants sacrifiés d’un monde qui ressemble à s'y méprendre au nôtre. C’est en cela, que le long-métrage est plutôt réussi…