3e pari gagné pour Ryan Coogler !
Après un très bon Fruitvale Station et un excellent Creed, le jeune réalisateur originaire d'Oakland revient en s'attaquant ni plus ni moins qu'à un personnage important de la culture geek super-héroïque, et nouveau pilier du Marvel Cinematic Universe.
Black Panther aka T'Challa, le souverain guerrier du Wakanda, avait déjà été présenté de manière succinte mais extrêmement efficace dans Civil War.
Ryan Coogler avait donc pour mission (aidé par son co-scénariste Joe Robert Cole, qui avait officié sur l'excellente série primée aux Emmys "The People vs O.J.Simpson"
de non seulement réaliser un film solo sur ce héros emblématique de l'écurie Marvel, mais également de présenter le fameux pays fictif d'Afrique centrale qui sert de théâtre majoritaire aux évènements du film, tout en faisant honneur à tout un héritage "afro-furutiste" à mettre correctement en avant.
"Louper ce film n'était pas envisageable" selon les propres aveux du réalisateur, et en effet la tâche était lourde, et il faut quand même saluer le studio d'avoir permis d'obtenir uen adaptation d'un comic book se déroulant quasi exclusivement en Afrique avec un casting majoritairement afro-américain, le tout bénéficiant d'un budget de 200 Millions de Dollars.
Ce qui marque d'emblée, et dès l'ouverture du film : le look, le ton, l'ambiance et le visuel qui ont un aspect authentiques, maîtrisés et singuliers. C'est simple,il faut parfois se pincer car on ne semble pas être dans un film Marvel Studios.
Malgré une intrigue globalement classique, à base de grands axes inhérents au genre (l'apprentissage, l'acceptation de ses responsabilités, la révélation,la trahison,la chute ou encore le retour du héros),le spectateur ne perd jamais l'intérêt pour une histoire très bien narrée,avec un soin important apporté au parcours de notre héros, mais également aux personnages l'entourant.
En terme de présentation d'univers, le film fait très fort et ce dès les 1es scènes du film, vraiment grisantes et de toute beauté, alliée à une maîtrise totale de la scénographie et des plans àse décrocher la rétine, à mille lieues des fonds verts papiers peints d'Asgard et autre Xandar.
Le Wakanda parait vivant, tangible, majestueux et encore une fois immersif.
En dépit d'un cahier des charges, le film ne rushe en rien et propose une découverte approfondie des rites, des coutumes et de l'histoire wakandaise.
Puis survient un évènement,déclencheur de tout ce qui suivra, c'est-à-dire un rollercoaster permanent qui ne s'arrêtera pas avant la fin.
En dépit de l'étiquette "film de super-héros",Coogler a définitivement pu raconter son histoire, ancrant véritablement son film dans notre réalité, se permettant même des messages politiques pertinents, bien pensés, et surtout juste ce qu'il faut pour légitimer le rôle de T'Challa à la tête d'un pays, et pour éviter un côté pompeux.
Le casting du film est4étoiles, et tous les acteurs sont véritablement excellents.
Chadwick Boseman prouve qu'il est T'Challa, apportant une douceur,une sensibilité et une grandeur au personnage.
Michael B.Jordan campe ni plus ni moins que le meilleur "vilain" du MCU à ce jour (avec Fisk et Killgrave du côté TV), complètement habité par le rôle de Killmonger, personnage magnétique au possible et impressionnant physiquement.
Dôté de motivations claires, le personnage provoque même l'empathie à divers moments poignants,à l'image du personnage joué par l'excellent Sterling K.Brown, conférant au film un caractère émotionnel dont je ne soupçonnais même pas l'existence, et qui m'a complètement surpris.
Les femmes ne sont pas en reste :Lupita Nyong'o en Nakia, espionne attachante, Danai Gurira en Okoye, guerrière absolument badass et chef des Dora Milaje, et enfin Laetitia Wright en Shuri, la jeune soeur scientifique de T'Challa, qui vole la vedette dans chacune de ses scènes.
Le reste du casting n'est pas en reste : Winston Duke, MartinFreeman, Angela Bassett, JohnKani, Forest Whitaker, Daniel Kaluuya et Andy Serkis (revenant pour campé un Ulysse Klaw déjanté),bref on sent une vraie osmose au sein du casting.
Chaque personnage est très bien caractérisé, dôté d'un vrai rôle et d'une évolution, et c'est d'autant plus à saluer tant l'histoire est sans temps mort.
Le visuel magnifique du film (dont les honneurs reviennent à Rachel Morrison, la cinematographer nommée aux Ocars cette année et ayant déjà collaboré avec Coogler) ainsi que la direction artistique, les costumes, etc permettent une immersion qu'en symbiose avec la superbe OST de Ludwig Goransson, ayant fait un très bon boulot à base de sonorités africaines, tribales, futuristes et parfois épiques et oniriques.
Sans doute une des meilleurs BO dans un film du genre depuis des lustres.
Le tondu film est sérieux, sans oublier quelques touches d'humour très bien pensées,liées au caractère des personnages dans une situation donnée plutôt que le gag facile et gratuitqu'on a pu avoir par le passé.
En terme de réalisation, Coogler se permet même des petites jouissances à base de plans séquences, de dutch angles et de séquences d'action renvoyant presque aux Spider-Man de Sam Raimi.
Ce qui m'amène aux défauts du film (peu nombreux) : à savoir certains combats manquant d'intensité et de punch (là où Coogler privilégie une caméra virevoltante et fluide) excepté un passage à Busan excellent, des duels wakandais intenses et un final plutôt jouissif.
Quelques fonds verts voyants à de très rares reprises également (qui durent peu longtemps heureusement
Pour conclure, excepté le sentiment d'avoir parfois affaire à un film au parcours classique et quelques améliorations possibles en terme de séquences d'action et 2-3 fonds verts, Black Panther est une excellente pioche au sein du paysage super-héroïque d'aujourd'hui, avec un vrai fond, une belle forme, une histoire prenante, dôté d'un univers unique, immersif, dépaysant, de personnages attachants et d'un casting impérial.
Bref un film qui a la patte de son réalisateur avec une âme et une sincérité tout simplement.
Wakanda Forever