Un business plan a deux possibilités pour fonctionner sur la durée : se renouveler ou donner l'illusion d'essayer. La deuxième option consiste à vendre le même produit en changeant juste la vitrine. Et le tour est joué. Stratégie universellement appréciée et, chose d'autant plus fabuleuse, qui marche pour tout, dont les films et notamment les franchises. Marvel Studios en est l'un des principaux usagers. Attention, ne soyons pas vindicatifs. Parfois ça passe tout seul (Les Gardiens de la Galaxie ou Thor : Ragnarok). D'autres fois, ça casse et sévèrement. Black Panther appartient malheureusement à cette deuxième catégorie.
Sur le papier, le projet était sacrément prometteur. Un personnage qui n'a pas la popularité d'un Iron Man, un casting alléchant (Ryan Coogler derrière la caméra, Chadwick Boseman et Michael B Jordan devant), et une volonté de gratter (enfin) sous la surface pour quelque chose de plus profond. Hélas, en lieu et place du renouveau promis en long et en large, Black Panther est surtout un film qui fait tout de travers.
Proposant une mixture faisandée de James Bond et du Roi Lion, le script de Ryan Coogler réussit presque à diluer la gravité de ses thématiques (passionnantes) dans une bouillie caricaturale et indigeste. Rarement un produit Marvel Studios m'a paru si désolant sur la forme. La mise en scène est impersonnelle et aucune scène forte à retenir. De plus, les effets visuels sont soit bâclés soit carrément risibles (incrustations souvent ignobles). Un film à 200 millions de dollars de budget qui donne l'impression d'avoir coûté 10 fois moins, un nouveau concept peut-être, une performance assurément !
Les acteurs ne peuvent pas faire grand-chose, du coup que font-ils? Bah, soit pas grand-chose soit n'importe quoi. Chadwick Boseman est d'une fadeur embarrassante, Forest Whitaker et Andy Serkis cabotinent en pure perte. Seuls Michael B Jordan et Lupita Nyong'o tirent leur épingle du (mauvais) jeu, même s'il n'y a pas de quoi s'extasier. Ne comptez pas sur une composition musicale d'une rare insipidité. Et pour parachever le tout, le propos soit-disant mature du film s'englue dans des conjectures plus qu' hasardeuses. Imaginez donc Martin Luther King réduit à une figure dangereusement rétrograde et naïve, et Malcolm X à celle d'un névropathe révolutionnaire qui vire terroriste sanguinaire. Ne riez pas, c'est exactement ce que raconte le film.
Quelque part, le film réussit à s'inscrire dans la modernité. Si bien sûr on considère que la modernité, c'est ériger des symboles sans même prendre la peine d'observer ce qu'ils sont en réalité, alors Black Panther est symptomatique d'une époque où les grandes causes sont parfois réduites à bien peu de choses.