La réputation de Pixar n’était plus à faire en ce qui concerne les prouesses techniques, mais jamais, à mes yeux, ils n’avaient été aussi « haut » et aussi loin dans le condensé d’émotions suscitées. On savait leur capacité à créer des personnages contrastés, des bouilles rondes ou anguleuses, mais avec une telle expressivité qu’elles en devenaient inexplicablement humaines (Ex. Boo dans Monsters & Cie., Agnès dans Moi, moche et méchant ou encore Jack-Jack dans Les Indestructibles), mais on méconnaissait bien leur propension à la monstration des choses de la vie, dans ce qu’elle a de plus simple et de plus beau (la passion, le rêve, les rencontres, les relations filiales, etc.). En effet, Up, réalisé par Bob Peterson et Pete Docter (à qui l’on doit le très bon Monsters & Cie.), s’offre comme une épopée magique qui, même si elle peut plaire aux enfants, s’adresse à un public plus adulte avec des thématiques fortes qui surpassent ce qui a été fait jusque-là dans le monde de l’animation. Le film porte en son sein toutes les marques de cette révolution du film d’animation en représentant des personnages humains (Carl, vieux grincheux qui m’a fait directement penser au personnage de ce bon vieux Eastwood dans Gran Torino et Russel, petit garçon jovial, un brin collant, drôle et très attachant) et par la force des thèmes abordés : l’idéal, le rêve, l’amour, la famille, l’absence, la vieillesse, l’aventure, le dialogue entre les hommes et la nature (une fois n’est pas coutume, ici les animaux ont toujours un sacré bagou, mais ils rencontrent le discours humain) et la solitude. Cette panoplie thématique fait donc d’Up le plus « adulte » des Pixar et, à mon goût, le plus profond et le plus abouti. Si le film regorge de beaux moments d’émotion, la séquence muette – seulement accompagnée de musique – qui retrace la vie de Carl et Ellie, de leur rencontre jusqu’à la mort d’Ellie, leur passion, leurs rêves et leurs désillusions, reste un parangon du genre. De même, il est presque inimaginable qu’un zoom sur un album photos fasse émerger un tel flot d’émotions (et de larmes). Mais, Up n’est pas seulement un film émouvant, voire triste, il procure également de grands moments d’humour et de magie. On retiendra la scène de la maison qui s’envole dans le ciel, soulevée par des milliers de ballons, comme l’une des scènes les plus époustouflantes de l’histoire de l’animation. Et c’est sûrement là que réside le génie de Pixar : faire s’embrasser la magie et l’humour au service d’un récit riche et intelligent qui peut être interprété à différents niveaux. En rendant hommage à ceux qui les ont précédés, les studios Pixar/ Disney offrent une cure de Jouvence au cinéma d’animation et sortent des sillons tracés depuis des décennies. Le résultat est sans conteste brillant et cette tranche de vie ne devrait laisser personne de marbre.