Malgré le bide retentissant du pourtant fendard Battleship, Peter Berg ne se décourage pas et livre un an plus tard un nouveau film de guerre, lui qui avait déjà livré un très sympathique Royaume en 2008. Metteur en scène talentueux pouvant passer du coq à l'âne sans sourciller, petit génie du visuel et conteur d'histoires rocambolesques, Berg s'inspire encore une fois ici d'un récit authentique et filme la véritable péripétie de Marcus Luttrell, soldat américain parti lui et sa troupe au fin fond de l'Afghanistan pour éliminer un puissant taliban. Mais la fine équipe est prise au piège et s'efforce de rester en vie du mieux qu'elle peut... N'évitant bien entendu pas les clichés de tous les films de guerre avec ses frères d'armes inséparables, ses répliques cinglantes et cette attitude badass et trompe-la-mort, Du sang et des larmes arrive pourtant à ne pas raconter une simple histoire de baroudeurs invincibles. Bien au contraire. Le long-métrage raconte comment quatre soldats unis à la vie à la mort vont se retrouver assiégés en plein air par un ennemi invisible, sortant de chaque recoin du décor, tirant à vue d'oeil sans aucune pitié. L'interminable séquence est à couper le souffle et, plongé avec nos quatre héros dans la tourmente des balles qui fusent et des roquettes qui explosent, on morfle autant qu'eux. Réaliste, violent, prenant, immersif, le film est une réussite dans le genre. Même l'interprétation, comprenant les musclés Mark Wahlberg (l'un de ses plus beaux rôles, et de loin), Taylor Kitsch, le toujours aussi méchant Ben Foster et Emile Hirsch, parvient à rendre crédible l'action. Certes très romancée afin d'offrir au spectateur son lot d'adrénaline, l'intrigue nous plonge dans le massacre en ne livrant avec surprise aucun message pro-américain ou anti-taliban, elle se resserre sur ce fait déchirant où des hommes ont lutté jusqu'au bout pour survivre. Se rapprochant donc autant du survival que du film d'action explosif, Du sang et des larmes est une œuvre surprenante, jusqu’au-boutiste et maitrisée, loin de ce qu'on avait en tête.