Les années 70 semblent être une époque bénite en France où l’utopie de la rupture des classes est rendue possible. «Stella» (France, 2008) de Sandra Verheyde a pour protagoniste Stella, jeune fille de classe populaire, qui fait sa rentrée scolaire dans un collège prestigieux et qui se confronte avec la réalité de la bourgeoisie, la côtoyant et s’en méfiant à la fois. Fille d’un couple de gérants de bar, Stella vadrouille entre les soirées arrosées qui closent le bar, les couloirs du lycée et les appartements cossus des amies bourgeoises. Dans la période de trouble qui ouvre l’adolescence, et Stella y est dedans puisqu’elle a ses premières menstruations au cours du film, l’incertitude des frontières, la brume qui relie les classes et qui floute leurs frontières permettent de jongler entre les milieux, de sauter d’un type de personnes à une autre. Des connaisseurs de Balzac aux experts de la vie, Stella fait l’apprentissage du monde et l’expérience des drames, à la mesure de son inconscience. En «consultant» les différentes cultures qui composent son entourage, Stella s’enrichit, se confronte à l’étranger sans omettre ses racines. L’utopie à laquelle Verheyde croit, et qui pourrait être de son enfance, dresse un pont entre les milieux. Cette idéologie, cette théorie de la jeunesse qui veut que le jeune âge permet la pleine découverte de l’inconnu aboutissent sur une idée quelque peu naïve du monde, d’autant plus naïve que ne sont pas abordées les raisons de son utopie. Verheyde, semble-t-il, préfère aux raisons qui agissent l’outre-passement de la lutte des classes la condition de Stella sans s’alourdir des afféteries psychologiques. Un certain nombre de films français («Je vais bien, ne t’en fais pas», «Les grandes personnes»…), d’une qualité moyenne mais recourant à de subtils moyens cinématographiques se situe dans l’interstice de la production actuelle, dans un cinéma du milieu, non pas par ses moyens économiques mais par ses dispositifs narratifs.