« Partie de campagne » n’est sans doute pas un des plus grands films de l’histoire du cinéma, mais c’est un des plus beaux. Par la faute du mauvais temps qui provoqua des retards trop importants pour que le budget restreint du film puisse les absorber, le film resta inachevé, aucune des scènes parisiennes ne purent être réalisées. Dix ans plus tard, Marguerite Renoir et Marinette Cadix montèrent cette version de quarante minutes. Heureusement car c’est jusque magique. Les plans successifs sont de la même veine que la peinture paternelle et la merveilleuse Sylvie Bataille (imposée par le producteur) innocente et sensuelle, dégage un érotisme aussi subtil qu’élégant. Si la légendaire scène de la balançoire (superbe caméra de Claude Renoir) est déjà très évocatrice, le tout aussi légendaire baiser est un très grand moment du cinéma, tant par l’image, que par la construction de la scène. Avec la rivière, la pêche et les bateaux, Tonton Renoir et son neveu Claude s’en donnent à cœur joie, entre mouvement, bonheur et contemplation, au sein d’une nature resplendissante et apaisante. La nouvelle, noire et sans concession, attaquait comme toujours les petits bourgeois que Maupassant Haïssait, version vitriol. Renoir préfère la critique qui s’amuse des parigots à la cambrousse, enfermés dans leurs conventions, préférant l’ironie à la haine (ce n’est pas Duvivier). Toutefois, comme il s’agit d’une nouvelle de Maupassant, évidemment la fin est triste. Le réalisateur nous offre alors un moment mélancolique et sombre, sublime à en hurler, mais dont la simplicité est révélatrice de l’immense travail qui habille le génie de ce très grand cinéaste. Un chef d’œuvre.