Après Emily, c'est "Omarsy" in Paris. Au début, on croit voir une enquête policière sortie d'un feuilleton France Télévision (même réalisation, flics qui récitent leur texte), tandis les flics français commencent à parler français (normal, direz-vous) puis subitement anglais, alors qu'aucun personnage anglophone n'est arrivé dans la scène (pas normal, direz-vous), et ce, avec un effort surhumain pour certains acteurs (cela tient du charcutage linguistique). Tiens, on a zappé sur Emily in Paris ? Ah, non, c'est lunaire. Comme absolument tout ce qui peut constituer ce remake du très bon film hong-kongais The Killer, dont l'auteur John Woo a décidé de transposer l'histoire à Paris (pourquoi ? On s'est posé la question pendant les 2h05 que dure cette purge), a décidé de bafouer les valeurs de son œuvre qui étaient "dans une société pourrie, le bon comme le méchant ont soif de justice et d'honneur : on n'a plus que ça pour se raccrocher à un but". Ici, non seulement on ne croit pas à la "pourriture" de la société (on passe du Hong-Kong des années 80 au Paris des années 2020... "Ça va. Franchement, ça va."), ce qui ne donne pas vraiment de substance à ses personnages (de quoi sont-ils désespérés, ici ? Allez, rancunier contre un patron pénible, à la grande limite), et surtout on a une héroïne qui n'a aucune valeur ni profondeur. Là où l'ancien film nous faisait adorer son vilain héros en deux secondes, sauvant l'aveugle et l'enfant au péril de sa vie et de sa carrière, ici on a une héroïne qui veut d'abord
zigouiller l'aveugle puis se ravise puisqu'elle ressemble à sa sœur
(pour les valeurs, l'honneur, la justice, on repassera). Idem, l'ancien couple platonique fonctionnait bien car on ne savait pas trop si le bourreau et la victime finiraient ensemble (se fera-t-il tuer pour la sauver, acceptera-t-elle le secret de sa culpabilité ?), ici l'aveugle apprend très vite le secret, et on sent que John Woo n'est absolument pas à l'aise avec la relation femme-femme de son duo (mais...alors, pourquoi changer le meurtrier de sexe, si c'est pour ne rien en faire ? Ça n'a aucun sens !). On ne parlera pas plus de la scène finale où
Nathalie Emmanuel saute en avant pour faire un plat magnifique (même à la piscine, vous n'oseriez pas des sauts comme celui-ci, c'est le ventre rouge sang garanti), une colombe christique guérit tout en un battement d'ailes (on avait bien capté le délire "colombes" dans l'ancien, ici, on a passé un cap : la colombe est le deus rex machina, littéralement), et une balle tirée dans le dos semble juste trouer le petit marcel de Nathalie Emmanuel (même une balle de fête foraine fait plus mal : ce méchant est vraiment en carton)
. Vous l'aurez compris, rien ne tient debout, tout se casse la gueule comme un aveugle sans canne aux Buttes Montmartre. Et ça brise le cœur. Car l'on est persuadé qu'avec un autre lieu (Paris, ce n'est pas possible, on voit Interpol débarquer avec leurs bandeaux en plastoc et leur dialogues récités, on se demande où sont Joséphine et Loulou...), avec la même histoire que le premier (dépoussiéré de ses effets de mise en scène qui sont un peu datés par moments : les ralentis, les colombes christiques...), pourquoi pas avec une héroïne à la place du héros (on n'y trouve rien à redire, juste qu'il faut exploiter son idée, et ne pas tourner autour du pot comme ici) et avec des personnages qui n'ont pas l'air de sortir d'Emily in Paris, on aurait eu un super film d'action.