On peut trouver pathétique qu'un John Woo en fin de carrière tourne l'auto-remake sans ambition du film qui l'a fait connaître à l'international au début des années 90. Qui plus est pour une sous-plateforme de streaming.
En réalité, il semble que ce projet de remake américain était dans les tuyaux depuis près de 30 ans (!). Par sincérité ou opportunisme, c'est finalement John Woo lui-même qui le dirige. Sans le scénariser, contrairement à l'original.
Je ne doute pas que le réalisateur, fan auto-proclamé de cinéma français, s'est éclaté à pouvoir tourner un long-métrage à Paris. Ni que nombre de têtes connues y ont vu l'occasion de jouer pour un ancien maître de l'action. Mais sans surprise, rien de tout ça ne soulève le moindre enthousiasme.
"The Killer" cuvée 2024 reprend la trame du film original, en changeant le sexe du protagoniste. Chow Yun-fat cède la place à Nathalie Emmanuel, qui incarne une tueuse professionnelle effectuant un contrat dans une boîte de nuit. Elle est ensuite prise de remords (enfin vite fait) en rendant aveugle une chanteuse en apparence innocente. Elle tentera de réparer son acte, sur fond de vol d'une cargaison d'héroïne et d'un gentil flic qui enquête sur le tout.
Si le scénario n'est pas vraiment le même, on y retrouve l'introduction et la conclusion dans une église, une fusillade dans un hôpital, des mexican stand-off... et évidemment des colombes et des pigeons, à un point devenant ridicule. S'il s'agissaient autrefois de traits de style caractérisant John Woo, ils apparaissent ici comme de fades réminiscence d'un passé révolu. A l'image des ralentis moyens, des motos qui s'enflamment, ou des fusillades : on a l'impression de voir un réalisateur qui tente de singer John Woo, de manière très plate.
Car l'ensemble ne décolle jamais. La caméra virevolte souvent sans raison. La photographie est aseptisée... tout comme l'intrigue d'ailleurs.
Le final tragique du film original est remplacé par un happy end très conformiste.
Les thématiques de loyauté, amitié, remords, trahison, qui faisaient le sel de la cuvée 1989, sont ici totalement absentes... et remplacée par rien du tout. Tout ceci tourne à vide, sur la forme, le fond, ou les personnages. Qui jouent les durs pendant deux heures pour retrouver une cargaison d'héroïne, mais personne n'enquêtera vraiment. Quand certains aspects sont risibles (sérieusement, la tueuse qui demande à son patron si ses futures victimes ont mérité leur sort ?). Allez, il y a quelques flashbacks qui tentent de dynamiser le récit, mais c'est souvent surfait.
Et puis quelle idée de mélanger les langues ? Qu'il y ait des anglophones et des francophones qui se mélangent, je veux bien. Mais pourquoi diable des flics français commencent une conversation en français et la termine sans raison en anglais ? En même temps, il faut dire que les scènes ne français sonnent très faux (mal dirigées, John Woo ne parlant pas français ?).
Question acteurs, j'ai du mal à voir Nathalie Emmanuel porter le film, tant elle apparait sans relief. Les acteurs français tentent de s'amuser mais n'ont pas grand chose à défendre : Omar Sy en flic au grand sourire, Saïd Taghmaoui en prince saoudien, Eric Cantona en gros gangster, ou Tchéky Karyo dans un petit rôle, l'un de ses derniers.
Sam Worthington n'est pas très crédible en gangster irlandais (!). Lors de sa calamiteuse audition pour Casino Royale il y a 20 ans, l'acteur australien n'avait même pas essayé d'adopter l'accent anglais. Ici, il est bien obligé de tenter de prendre l'irlandais, mais ce n'est guère convaincant. Pour preuve, il se sont sentis obligés de placer la Guinness dans ses premières répliques...
Ah oui, la propre fille de John Woo, Angeles, tient également un petit rôle transparent.
Bon, vous l'aurez compris, il s'agit ici du bien triste auto-remake d'un réalisateur qui n'est plus que l'ombre de lui-même.