Divertissement royal, il faut bien peu de temps à ce "Babe Noire" pour nous plonger dans son intrigue et son rythme assez trépidant. Si le scénario n'a rien de transcendant en lui-même, on ne peut en revanche qu'être impressionné par la mise en scène de Raoul Walsh, qui nous offre une splendide harmonie de couleurs, et surtout une aventure flamboyante, brillant de mille feux à plus d'une reprise. De plus, Walsh nous offre un personnage jubuilatoire en la personne de Barbe Noire, pirate truculent, aussi violent qu'irrésistible. Linda Darnell a quant à elle rarement aussi belle. Vous l'aurez compris : c'est du très beau cinéma d'aventures : ne nous en privons donc pas.
Raoul Walsh, un des pionniers de Hollywood qui tourne encore 2-3 films par an, un des Borgnes mythiques de la cité du cinéma signe là un film de pirates comme on les aime. Walsh offrit le rôle titre à Robert Newton qui de faire sensation en Long John Silver dans "L'Ile au trésor" (1950). 95 minutes qui filent à toute vitesse. Robert Newton incarne un Barbe-Noire succulent, entre farce et cuauté on fera évidemment le parallèle avec Long John Silver. Un grand et beau film d'aventure à voir et à revoir.
Alors qu'on ne cesse de féliciter les films à grand spectacle récents (dont la grandeur artificielle est souvent d'origine numérique), on a tendance à oublier certains vieux films, parfois de qualité bien meilleure. Car le cinéma hollywoodien des années 1950 va d'épopées en épopées, plus ou moins réussies, du moins divertissantes. Le Barbe-noire de Raoul Walsh est un bon exemple. Malgré l'âge de l'image, la réalisation impressionnante et les moyens mis en oeuvre confèrent au film une dimension épique et fantastique, Robert Newton (littéralement habité par Barbe-noire) évoluant dans des décors aux allures parfois presque wagnériennes. Le final est tout aussi magistral et rend à merveille compte de la cruauté toute banalisée d'une époque (le trépas réservé à Barbe-Noire étant à l'image du personnage finalement) . Superbe film.