"Dans Paris" et "Les chansons d'amour" font partie des meilleurs films français des ces trois dernières années. "La belle personne", initialement tourné pour la télévision et justement adapté de "La princesse de Clèves", s'inscrit avec cohérence dans le langage post-nouvelle vague qu'a établi si nostalgiquement Christophe Honoré. Son cinéma est une douce poésie hivernale, froide comme des blocs de glaces qui fondent et coulent sur les corps. Son sens tout naturel de la mise en scène pour mettre en avant les sentiments des personnages, sa manière de les mettre au coeur d'un récit entièrement axé sur un centre commun (une histoire d'amour), de dramatiser des petits drames que l'on vit tous, de rendre exceptionnelle la parade amoureuse comme si la vie de chacun finissait par en dépendre (ce qui est encore le cas dans ce nouveau film), sont des choix de cinéma magnifiques et magnifiés dans une aube gelée et désespérément la même le lendemain. Pourtant, à caresser les personnages par les mouvements innés de caméra, à intensifier l'histoire dans un scénario étrange et parfois un peu inégal il faut le reconnaître, Honoré enflamme son film, le réchauffe avec des acteurs brûlés, qui se font le bois, donc la base, de ce feu sentimental qui, cette fois, se joue dans le style des Chansons d'amour (dont on retrouve Garrel, Leprince-Ringuet, Hesme et Mastroianni). La beauté à la fois nuptiale et libérée des acteurs (Louis Garrel d'une extrême justesse, Léa Seydoux superbe révélation), leur reflet empli de faiblesse (Leprince-Ringuet, idéal et immanquable dans le cinéma français de demain), donnent une âme et une plénitude savoureuse à chaque personnage. Ils prennent devant nous comme si l'on connaissait leur passé. Honoré emprunte quelquesfois au Péril jeune de Klapisch dans la manière de saisir la quotidienneté d'un lycée, mais il s'en sépare aussitôt en baignant ce dernier dans une ambiance qui devient plus lourde, plus tragique, comme si l'adolescence était le dernier lieu des