Film à sketchs suivant toutefois une logique narrative, « Péchés de jeunesse » peut parfois paraître un peu pesant, d'autant que comme souvent, l'intérêt des différentes histoires est inégal. Pour autant, je ne me suis presque jamais ennuyé devant un spectacle certes un peu daté, mais pas trop morale et faisant la part belle aux personnages, un doux vent de mélancolie loin d'être désagréable venant parfois souffler sur le récit. Ainsi, sans proposer réellement de grands moments ou même de vraies surprises, l'œuvre reste cohérente, évitant l'émotion facile ou des retrouvailles un peu trop gaies qui eussent nui à sa crédibilité. Enfin, comment ne pas citer Harry Baur, savant mélange de cabotinage et d'émotion contenue, à l'image d'une fin édifiante, mais touchante. Bref, du bon mélo à la française, pas toujours léger-léger, mais se regardant avec plaisir, notamment grâce à son acteur principal.
Monsieur Lacalade, riche et vieux garçon, entreprend de visiter ses "péchés de jeunesse", ses enfants qu'il n'a pas reconnus et les mères qu'il a abandonnées. Le sujet est traité sur le mode de la comédie dramatique et sous la forme de quatre histoires indépendantes, introduites par un prologue trop léger et aussi peu intéressantes les unes que les autres. Car Maurice Tourneur réalise un film paresseux, tant pour ce qui est de l'écriture que de la mise en scène, élémentaire et sans idée. Cela se ressent dans la composition indolente d'Harry Baur, dont le personnage arrogant et égoïste, confronté aux désillusions de ses rencontres, se trouve bien puni dans sa solitude, mais sans l'amertume ni l'humilité qui devrait l'habiter a minima. C'est en tout cas trop peu caractérisé. Si le côté comédie est faible, parce que les seconds rôles le sont, ni pittoresques ni cocasses, la lacune rédhibitoire du film est la totale absence d'émotion. Lacalade ne semble rien éprouver d'intense, pas plus en apercevant sa progéniture et en revoyant ses maitresses abandonnées qu'en mesurant le temps et la jeunesse perdus. De fait, le spectateur ne se sent pas plus concerné. C'est un film sans âme ni sincérité. Son anecdotisme n'est pas à la hauteur du sujet.