Même s'il est dur de ne pas évoquer la scène sublime et bouleversante du poison, le film est pour moi d'une grande émotion dont le point culminant est bien là. C'est une peinture de la pauvreté mais en même temps de la richesse humaine rayonnante. Un grand film qui nous montre des personnages attachants et plein d'espoir sur la condition humaine. Je ne savais pas que "dolls" de Kitano venait totalement de cette héritage
Le pitch de "Barberousse" a tout d'une série historico-médicale des années 80. On s'intéresse à un jeune médecin ambitieux et orgueilleux dans le Japon du 19ème siècle. A son grand dam, il se retrouve muté dans un hôpital dédié à la populace, dirigé d'une main de fer par un médecin peu commode, surnommé Barberousse. Le sujet du film sera tant la confrontation idéologique entre les deux hommes, que la multitude de cas qu'ils traiteront ensemble. S'il on pouvait redouter un aspect mélodramatique sirupeux à la lecture de ce résumé, c'était oublier que c'est Kurosawa qui est à la manœuvre. Très loin d'un simple drame, "Barberousse" est d'abord une peinture sans concession des inégalités sociales criantes, dans un Japon pas si ancien. Les riches se soucient de mariage arrangé et d'obésité, les pauvres de pouvoir manger et de ne pas se tuer à la tâche. Un portrait glaçant, souvent prenant et difficile, grâce à des sous-intrigues puissantes et des personnages forts. La mise en scène y est pour beaucoup. Souvent filmé en intérieur, "Barberousse" est un vrai régal graphique, proposant des scènes intimistes aux postures et éclairages particulièrement travaillés, évoquant un théâtre d'ombres. Des séquences qui fonctionneraient sans dialogues. Un soin apporté compréhensible quand on sait que le film a mis 2 ans à être tourné ! Durée qui contribuera sans doute à la rupture entre Kurosawa et son acteur fétiche Toshiro Mifune, lesquels ne tourneront plus jamais ensembles. Dommage car Mifune est une fois de plus excellent. Bien que plus sobre qu'à l'accoutumée, sa voix profonde, sa retenue, et ses postures maîtrisées lui font camper un directeur très charismatique. En apparence méprisant et obtus, il est en réalité focalisé sur ses patients, et ne reculera devant rien pour eux... allant même jusqu'à se battre physiquement. Ses confrontations plus bienveillantes qu'elles n'y paraissent avec le protagoniste donneront allègrement du sel à l'ensemble. Car même s'il est convenu, le revirement du héros reste intéressant, d'autant plus qu'il est accolé à une sous-intrigue de mariage qui se dévoile peu à peu. Devant tout ceci, on comprend pourquoi "Barberousse" est fréquemment considéré comme parmi les Kurosawa majeurs.
Un grand film humaniste. Une fresque sur la transmission du savoir par ce médecin sénior qui doit initier son jeune remplaçant. Beaucoup de profondeur dans les sentiments , une profession de foi en l’homme, malgré l’adversité, de l’empathie pour les plus défavorisés, et parfois de scènes assez dures. Une réalisation superbe de Kurosawa en noir et blanc austère, mais envoûtant.
Le dernier film que Kurosawa tournera avec la star Toshirô Mifune est un film éminemment politique. Prenant place dans un dispensaire, il confronte son jeune protagoniste, souhaitant davantage travailler pour la noblesse que pour les gueux, à la misère de manière frontale, parfois extrêmement brutale et violente : dès l’introduction, on est confronté à des corps décharnés, malmenés, maltraités. Par ses qualités formelles et un certain optimisme, le métrage finit par transcender son pathos et son misérabilisme.
C'est peut-être le plus grand film de Kurosawa. Mais, il faut faire super gaffe à la façon dont on l'aborde. Parce qu'autant dire les choses comme elles sont : que ce soit par son sujet (qui chope autant à Hugo qu'à Dostoïevski) et surtout par sa mise en scène très statique, "Barberousse" est une oeuvre extrêmement exigeante qui peut facilement et rapidement décourager, bien plus encore que "Les bas fonds" ou "Dodes'ka-den". Tout en devant composer avec une durée qui complique un peu plus la tâche. Et moi-même, je n'ai pas toujours été à la noce. Pourtant, rendre rapidement les armes serait se priver de scènes très fortes sur le strict plan émotionnel. Le récit de l'enfance de La Mante, l'histoire d'amour de Sahachi brisée dans l'oeuf ou cuisinières et Otoyo hurlant d'une seule femme dans le puits pour sauver Chobo de la mort par empoisonnement sont autant d'exemples ne pouvant laisser de glace. On pensait à l'époque que le maître nippon n'aurait plus rien à dire après cela et que la perte de Toshiro Mifune (ici exemplaire dans un rôle d'une très grande sobriété) lui serait fatale, la suite prouvera que non.
Lenteur et fluidité, que cela parait facile et naturel quand on s'appelle Kurosawa. Le temps passe, la séance ne parait jamais longue, quand les images sont cadrées et pensées à ce point. Un jeune médecin donc, en mal de trouver sa future femme, se trouve affecté dans un dispensaire pour pauvres au lieu de commencer sa carrière dans un lieu prestigieux. Nous sommes au XIXe, la médecine accompagne plus qu'elle ne soigne. spoiler: Affronter l'instant de l'ultime passage, les dernières révélations du mourant mais aussi accueillir la misère et la souffrance, avec la jeune Onoko, la Cosette japonaise, retirée de force du bordel où elle ponçait inlassablement les parquets. Tifune, le médecin se targue même de mener même une séance de kung-fu pour se débarrasser des hommes de main de la maquerelle!
On retrouve en personnages secondaires d'autres vedettes de l'époque comme Tanaka ou Shishu Ryu, souvent vu chez Ozu. La pluie s'invite et vient laver l'horizon, mais on a aussi droit à la neige spoiler: et un tremblement de terre, dans ce riche scénario, démarrant avec une confrontation avec une femme schizophrène, mais se poursuivant aussi par des suicides individuels ou familiaux. Esprit kamikaze es-tu là?
Les décors sont hyper réalistes, mais l'excellence réside dans cette galerie de personnages, juxtaposant la richesse et la misère, la beauté et la laideur, le cynisme et le dévouement aux autres. Un immense miroir social, avec des jugements qui s'inversent à l'instar des femmes de ménage du dispensaire, spoiler: venant défendre la jeune pensionnaire qu'elles avaient d'abord rejetée.
Le rituel très formel des fiançailles rappelle la rigidité d'une vieille nation pleine de traditions, paravent au volcan qui sommeille en chacun de nous. Seule bémol, le noir et blanc ne permet pas d'apprécier la barbe rousse de Tifune! dvd avril 24 puis revu Festival Lumière en version restaurée
"Derrière chaque maladie, il y a des tragédies humaines". Ou l'on suit l'arrivée et où l'on s'identifie à ce nouveau médecin Yasamuto, dans l'internant dirigé par le docteur Barberousse, homme tout acquis à sa cause. On va suivre son évolution de cet homme légerement imbu au début avant de trouver humilité auprès de ses patients. Car ce sont en fait les seconds rôles qui dictent la narration et qui ponctuent les changement chez Yasamuto. De la femme schizophrène à l'enfant-voleur en passant par l'homme agonisant, Kurosawa parvient à dresser un constat de la société japonaise, de ses inégalités. Il y parvient avec ce réalisme romantique, cet amour pour ces gens de peu qui fait de Kurosawa un des plus grand maîtres du cinéma
Entre le Ciel et l'Enfer vu dimanche dernier m'a sacrément secoué, plus que je ne l'imaginais d'ailleurs ... D’où le fait d'embrayer de suite sur Barberousse et autant dire que ce film-ci est de la même trempe ! Cette longue fresque ( 3 h ) prend son temps pour délivrer ces messages, elle permet à l'image de Yasumoto de vivre la misère et de constater la détresse des êtres qui l'habitent. Barberousse est d'ailleurs un film choral qui permet se s'épancher sur plusieurs destins, Yasumoto donc mais aussi Sahachi, Okuni, Otoyo ou encore Kyojo Niide dont son surnom baptise le film. Akira Kurosawa livre un long métrage humaniste, beau et attendrissant, une de ces œuvres les plus poignantes.
Dernier film en noir et blanc de Kurosawa et dernière collaboration avec Mifune, c’est une incroyable immersion de près de 3h dans un dispensaire qui se révèle encore et toujours une prodigieuse démonstration de son extraordinaire cinéma moraliste et humaniste. J’adore ses films de sabres mais encore plus ses drames, ses odes à la vie, d’une puissance, d’une intelligence renversante. C’est le jeune présomptueux qui va se confronter à l’ancien sage qui fait sortir Mifune de ses rôles habituels de gros dur bien qu’on ait une séquence de baston particulièrement violente. Kurosawa nous brosse le manque de moyens, l’indifférence du pouvoir et la responsabilité des politiques sur la santé de ses concitoyens. Et c’est en prenant exemple de quelques cas de patients, un cancer, un accident du travail, la maltraitance qu’il argumente sur la mission du personnel de santé. Il n’y a que le mourant qui souhaite raconter son idylle avec une jeune femme avant de rendre l’âme que j’aie trouvé un peu longuette mais les séquences de mélodrames sont extrêmement touchantes. Une œuvre sublime, parfaitement réalisée avec de nombreux phénomènes extérieurs (séisme, glissement de terrain, orage, neige) pour casser les longues séquences de dialogues, le tout agrémenté de la superbe musique de Sato…
Un beau portrait de caractères à travers divers tableaux de relations entre le jeune médecin et des patients. Celui-ci perd son innocence en découvrant les troubles de l'âme humaine tout en essayant de soigner les problème physique. Un film d'une grande humanité et rythmé par les différentes histoires.
A mon sens, le chef-d'oeuvre absolu de Kurosawa. Sans doute l'un des dix ou vingt plus grands films jamais réalisé. Un film, qui, à bien des égards, frôle la perfection, d'une justesse inouïe, d'un équilibre sidérant et d'une humanité profonde, épaisse, qui pioche dans les profondeurs de l'âme, dans ce qui la rend belle et laide, dans toute sa complexité mais également dans sa grâce, sa candeur. Un film fort, émouvant, sensible et grave, parfois drôle, parfois tragique, qui épouse à merveille les contours de la vie. La mise en scène de Kurosawa atteint ici la perfection, toute faite de nuance et d'équilibre, les acteurs sont bouleversants et les décors sublimes. Un film universel.
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3,0
Publiée le 23 octobre 2011
Chez ce grand auteur de films qu'ètait Akira Kurosawa, la violence intervenait souvent, mais comme manifestation de colère et de rèvolte contre les injustices sociales d'hier et d'aujourd'hui; cet humaniste mettait au service d'un idèal sens plastique, sa direction d'acteurs (Toshiro Mifune en tête), sa mise en scène accomplie, son montage rigoureux...Dans "Barberousse", il est question ici d'un personnage imaginaire! En le crèant, Kurosawa a illustrè l'idèal d'un être de bonne volontè! Film de près de 3h, son utilisation de longues focales donne à l'oeuvre un visuel ètonnant et certaines sèquences comme celui du docteur confrontè à la folie ou ce groupe de femmes qui hurlent dans un puits pour implorer des profondeurs de la terre l'âme d'un enfant agonisant sont d'une belle profondeur d'èmotion! Le film prèfèrè du maître japonais...
Encore un très beau film de Akira Kurosawa ! Un film qui est surprenant par son histoire ! On va suivre un jeune homme qui va rentrer dans un hostice, dirige par Barberousse (avec des règles assez strictes) qui va donc essayer de gravir les échelons au fur et à mesure du film. En réalité le film + que ça. Déjà, nous avons deux histoires dans ce film : la première partie est consacré à ce jeune homme qui va donc essayer de s'imposer avec l aide de Barberousse, le "chef" de cette hostice ; ( Incroyable personnage d ailleurs : Charismatique de fou ! ) et l autre partie du film, va se consacré au premier patient du personnage principal. Dans ces deux histoires, le scénario est très bien écrit, les personnages ont un super développement ce qui fait une oeuvre bien construite et linéaire ! La réalisation de Kurosawa est toujours aussi "unique" avec ses scènes et ses plans magnifiques ! Un film à voir où durant 3 heures, on ne s ennuie pas ! Le film dure quasiment entièrement dans cette hostice ; à la fin du film, on se sent comme chez soi ! Très bon et très beau film !
Un film charnière dans la carrière de Kurosawa, dernière collaboration entre le cinéaste et l'excellent Toshirô Mifune pour cause de divergences artistiques mettant ainsi fin à une des plus fructueuses collaborations entre un cinéaste et un acteur de l'histoire du cinéma. C'est pourquoi "Barberousse" se voit avec une certaine tristesse. Le rythme est lent mais jamais ennuyeux et l'histoire résonne encore aujourd'hui avec force. Le regard humaniste de Kurosawa est d'une incroyable justesse et le film ne laisse pas indifférent.