Grand par le budget et par les ambitions, l'"Agora" d'Amenabar entend mêler réflexion philosophique, historique et politique sous l'emballage du gros péplum spectaculaire, et, point de vue scénario, il y parvient plutôt habilement. Le film fait coexister concepts abstraits (voire abscons) et récit purement romanesque (les deux soupirants d'Hypathie : l'esclave-traître et le préfet lâche, qui la mènent tous les deux à sa perte) sans se soucier une seconde de masquer ses ficelles grossières. Car le cinéaste espagnol, qu'on a connu plus subtil ("Ouvre les yeux", "Mar Adentro"), ne fait pas dans la dentelle : lâchant ici ou là une empoignade chaotique pleine de sang et de fureur, ouvrant grand les vannes des larmes ou de la musique (tonitruantes toutes les deux : les chœurs antiques qui s'égosillent parce que, oui, c'est tragique), nous présentant des théories physico-astronomiques comme le ferait un conférencier, tournant en langue anglaise comme un blockbuster hollywoodien (oui oui, tout le monde parlait anglais à Alexandrie au IVe siècle)... Efficacité et ampleur, tels semblent être ses maîtres mots ; et si l'édifice "Agora", un peu boursouflé, semble parfois s'écrouler sur lui-même, il offre pourtant un tableau assez convaincant du fanatisme religieux à l'œuvre. Les personnages-types, croqués avec le regard perçant du caricaturiste, se déclinent en une série de figures qui renferme à elle seule toutes les excroissances les plus monstrueuses de la théocratie : faux prophète fourbe et manipulateur, évêque sanguinaire avide de lapidation, intercesseurs corrompus, populasse barbare et imbécile, pauvres types frustrés perdus dans la tourmente et ne sachant plus à quel saint se vouer...
(la suite de la critique sur mon blog : http://mon-humble-avis.blogs.allocine.fr/)