“Le convoi sauvage “ réalisé par Richard C. Sarafian en 1971 s’inscrit dans la lignée de « Little big man » (Arthur Penn, 1970), « Un homme nommé cheval » (Elliot Silverstein, 1970) et de ses deux suites ou encore de « Jeremiah Johnson » (Sydney Pollack, 1972) autant de westerns émanant de cinéastes pouvant se revendiquer du "Nouvel Hollywood" , empreints d’une tonalité écologique revendiquée mais aussi d’une présence au premier plan du peuple indien. Un peuple indien primitif au sujet duquel il faut rappeler que contrairement à une idée reçue, les grands anciens tels John Ford, Raoul Walsh, Anthony Mann ou Henry Hathaway n’ont jamais manqué de rappeler en creux que présents avant les pionniers ils ont été brutalement dépossédés de leurs terres. Le producteur Sandy Howard à la suite de l’énorme et inattendu succès reçu par « Un homme nommé cheval » souhaite que le nouveau scénario écrit par Jack DeWitt (spécialiste du western) dont il a acquis les droits accueille l’anglais Richard Harris dans le rôle principal. Les relations conflictuelles sur le tournage entre Harris et Elliot Silverstein propulsent Richard C. Sarafian qui sort juste du tournage de « Point limite Zéro » au poste de réalisateur. L’intrigue s’inspire librement de l’histoire de Hugh Glass, trappeur qui spoiler: participant à une expédition liée au commerce de fourrures s’est vu abandonné par ses compagnons de route après avoir été attaqué par un grizzly. Ayant miraculeusement survécu à ses blessures, Glass s’est lancé à la poursuite de ceux qui l’ont laissé pour mort dans le but de se venger, parcourant plus de 300 kilomètres le long de la Grand River. C’est le parcours en pleine nature du trappeur luttant pour sa survie que filme un Richard Sarafian particulièrement inspiré montrant la transformation progressive d’un homme rendu à sa condition première et devant en sus lutter contre les infections qui le menacent. Les longs moments de repos forcé permettent à travers les songes de Zachary Bass (Richard Harris) de comprendre la structure mentale du trappeur qui depuis son enfance s’est rebellé avec rage contre l’embrigadement religieux qui lui a été imposé . Cette épopée rappelle d’évidence Bass à la modestie basique face à une nature tout-à-la-fois nourricière et meurtrière. Une humilité que le trappeur apprivoise en observant de loin le peuple indien présent de manière ancestrale sur ces vastes prairies dont il a appris à respecter l’ordonnancement. spoiler: Une relation bien différente du projet fou imaginé par l’ex-capitaine de vaisseau Henry (John Huston) en charge de l’expédition toujours en route qui s’est mis en tête de trainer tout au long du périple le dernier navire dont il a eu le commandement (les magnifiques plans du bateau tiré par 22 pauvres mulets se passent de commentaires). En voyant le grand John Huston vêtu de noir tel un Nosferatu échappé des Balkans on ne peut que se dire que Werner Herzog l’a entraperçu souvent dans ses pensées avant de se lancer dans la folle entreprise amazonienne de son « Fitzcarraldo » (1982) . Richard Sarafian quant à lui profite à plein de la présence à ses côtés de Richard Harris immense acteur anglais un peu trop oublié aujourd’hui pour montrer comment les épreuves surmontées dans la douleur peuvent transformer les hommes. On appréciera outre la présence de John Huston celle d'Henry Wilcoxon particulièrement convaincant en chef indien entrant en empathie avec un homme sans aucun doute selon sa foi, protégé par les divinités qui règnent au-dessus des plaines traversées et des montagnes franchies. Après la vision du « Convoi sauvage », « The revenant » d’Alejandro Gonzalez Inarritu peut en dépit des moyens énormes engagés et des récompenses récoltées paraître quelque peu désincarné, ne faisant évidemment pas vibrer les mêmes cordes.
La filmographie de Richard Sarafian ( du moins pour certains de ses opus ) fait aujourd'hui l'objet d'une certaine reconsideration de la part des spécialistes à l'origine de la création de ce courant baptisé " le nouvel Hollywood" ( années de la décennie 1970 )
" Le convoi sauvage " ( le titre français ne traduit pas le sujet de ce western) en anglais" man in the wilderness " ( " l'homme dans la nature sauvage ") est un regard sur la puissance de la force vitale, de la résilience, toutes deux deorrélees d'intervention divine à laquelle le personnage principal ne croit aucunement.
Il y a aussi une réflexion sur la vengeance et la façon de rompre le cycle de la violence. Ce sera l'expérience dramatique du personnage principal, qu'il lui permettra de tourner la page. La force pulsion de vie peut être plus forte que celle de la mort, selon ce que nous montre Sarafian ( le sujet est tiré d'un fait réel)
" Le convoi sauvage" connaîtra un remake célèbre, réalisé plus de trois décennies plus tard sous la direction du cinéaste mexicain Alejandro Innaritu " le revenant".
Si " le convoi sauvage" mérite d'être connu ( il sortira malheureusement pour Sarafian en même temps que " Jeremiah Johnson" de Sydney Pollack ) il n' est pas sans défauts.
Les décors naturels du nord de l'Espagne ne sont pas formidables et le manque de moyens se fait sentir à l'image.
La prestation de Richard Harris ( excellent acteur anglais pénalisé dans le développement de sa carrière par son concurrent et compatriote Peter O Toole ) n' est pas en cause, ni celle de John Huston acteur.
Mais il y a une certaine difficulté éprouvée par le cinéaste à transmettre la palette d'émotions dont le scénario est porteur
Patrick Brion a dit beaucoup de bien de ce film qui s'inscrit dans la tradition des westerns pro indiens.
Le titre est à connaître incontestablement, même s'il n'atteint pas ( selon moi ) un niveau de maitrise aussi exceptionnelle que ce que j'ai pu lire.
Comme dit le proverbe, c'est dans les vieux pots que l'on fait les meilleures soupes. C'est vrai, sauf si le cuisinier d'aujourd'hui n'est pas très bon. Tout cela pour dire que "Le convoi sauvage" réussit tout ce que "The revenant" n'a pas réussi : être un bon film. Sarafian n'est peut-être pas grand technicien, mais lui a le mérite de ne pas faire de promesses qu'il ne tiendra pas. Tout comme il n'encombre pas, sous prétexte d'immersion, sa mise en scène d'effets de frimes. Il se contente du basique et de l'efficace. Résultat, elle cadre avec ce qu'elle veut nous montrer. Le film d'Inarritu a eu droit à tous les honneurs, (vous comprenez, fallait bien directement et indirectement récompenser DiCaprio), celui de Sarafian n'en a eu aucun et exit Richard Harris. L'histoire est écrite et on ne pourra rien y changer, mais on a encore le droit de la contester.
Issu de la meilleure période du cinéma américain, ce « Man in the Wilderness » est assez étonnant. Presque aussi surréaliste que « The Revenant » était réaliste, doté d’une imagerie très marquante, tantôt naturaliste, tantôt onirique, mais toujours très libre (comme en atteste une certaine naïveté), il s’agit d’une oeuvre vaillante et très belle qui mérite clairement que l’on s’y attarde encore 50 ans après sa réalisation!
Ambiance glaciale pour ce film d'aventures de Richard Sarafian racontant la survie d'un trappeur attaqué par un ours et laissé pour mort par ses compagnons. Richard Harris, dans un processus de "renaissance" (avec notamment de nombreux flashbacks), porte en grande partie le film à lui tout seul (en cela le titre original "man in the wilderness" est quand même beaucoup plus approprié) et doit faire face à la rudesse du climat et de la faune environnante, ainsi qu'aux indiens du coin. Le bateau du convoi donne à ce dernier un aspect fantomatique, évoluant dans la neige et le brouillard, avec à son bord un John Huston hanté par ce trappeur abandonné. S'il y a peu d'action et que le rythme est plutôt lent, la bataille finale vaut quand même le détour. Près d'un demi siècle plus tard, le scénario de départ sera exploité à nouveau par Innaritu (avec une toute autre issue), mettant en scène un Leonardo DiCaprio qui sera oscarisé pour le rôle...
« Un homme mort peut-il survivre » C’est la lecture que fait l’homme à la fin du film. C’est comme un deuxième naissance en vérité. C’est comme s’il voulait dire: renaître. Il caresse le petit lapin, il est totalement un être de la nature. Il appartient aux êtres vivants. Il en est un maillon. À côté il y a cette sorte de Fitzcarraldo étrange. Des hommes qui lui sont devenus étrangers. Un beau film ample et généreux. Il y a du Malick quelque part.
« Le convoi sauvage » est film extrêmement déconcertant qui m’a laissé, en quelque sorte, dubitatif ; une sorte d’hybride entre « Fitzcarraldo » (1982) et « The Revenant » (2015) qui s’inspire également de la (vraie) vie du trappeur Hugh Glass. Le film parle à la fois de survivance et de motivation à s’en sortir par désir de vengeance en milieu hostile. La notion de survie et de vie est développée en lien avec la destinée du héros, mais également en lien avec la nature (lapin qu’on chasse ou lapin qu’on soigne ; lutte pour un morceau de viande) ou la naissance (l’accouchement) ou la renaissance. « Le convoi sauvage » est un film très riche d’un point de vue symbolique et je pense y revenir dans les mois prochains pour creuser le sujet. Richard Harris est excellent dans son rôle ; sans parler de John Huston, monolithique mais pas inébranlable. J’ai été surpris de lire que le film a été tournée en Espagne. Un beau film quasi muet et contemplatif, avec un beau sujet qui prête à la réflexion. Seul bémol, la bande originale qui surligne un peu trop l’histoire. Retrouvez mon amour du Far West dans le roman WHITE FINGERS : LA PISTE SYSKIYOU - Eds VERONE - TOME 1.
Bon film. LA photo du film est splendide avec un ryhtme lent mais envoutant....la fin manque d'explosion....je pensai qu'il y allait avoir une vengeance mais non....
Étonnant de voir ce film aujourd'hui quelques années après la sortie de The Revenant qui repose sur les mêmes bases, et de constater qu'il fait mieux que tenir la route ou ressembler à une pâle version sans moyens. Entre un Richard Harris quasi mutique mais impressionnant et un John Huston à la figure tutélaire et cabossée, avec des décors magnifiquement filmés et une progression narrative habilement gérée, ce Convoi Sauvage confronte instinct de survie et cupidité des hommes dans le Grand Ouest, exaltant la nature et les forces vitales, à point nommé dans une période où Peckinpah et quelques autres tâchaient de faire survivre le western US au choc Leone. Remarquable.
J’aime énormément The Revenant alors ça va être difficile de faire une critique autrement qu’en comparant.
Autant commencer par ça : ça vaut The Revenant sur aucun point mais ça veut pas dire que c’est mauvais pour autant.
Déjà il a l’immense qualité d’enlever tout le superflu possible. Le film est pas très long (1h45) et il ne mérite pas de l’être plus que ça.
La scène de l’ours a vieilli mais reste convaincante et ingénieuse pour l’époque.
On s’ennuie un peu, et gros point noir : on ressent pas du tout la douleur du personnage (autant dans la mise en scène que dans l’interprétation). Elle est simplement explicitée.
C’est particulièrement bien réalisé, avec pas mal de cadres originaux comme on peut en voir dans des films beaucoup plus contemporains. L’utilisation de la vue subjective est très intéressante.
Une grosse surprise pour moi, je ne savais pas du tout de quoi ça allait parler et je découvre une ancienne version de The Revenant. Alors forcément les histoires sont tellement similaires qu il est difficile en le voyant de ne pas les comparer. Le récent film d’Inaritu il faut le reconnaître est plus fort, plus grandiose, plus étoffé. Mais ce convoi sauvage était déjà un très bon film. Ici la nature est dépeinte moins comme une force divine hostile, mais plus protectrice, plus douce pour celui qui la respecte. Le personnage de Richard Harris va démarrer sa convalescence à partir du moment où il épouse la nature qu’il se fond avec elle, plutôt que ses congénères qui luttent contre elle et vont s’y perdre. La photo, les paysages sont magnifiques. On est à la fois dans le grand film d’aventure et le film naturaliste qui gagnerait à être plus connu.
Un trappeur laissé pour mort tente de survivre en territoire hostile. Un film d'aventures et de survie inégal, avec des scènes impressionnantes mais également des longueurs. Après, c'est difficile de juger ce film après avoir vu le remake et chef d'œuvre d'Iñarritu "The Revenant".
Un Western à la fois beau, sauvage et violent signé en 1971 par le cinéaste Richard C. Sarafian !! Je pense qu'il faut remettre à jour les longs métrages de ce metteur en scène méconnu, c'est le deuxième film que je vois de lui, après le chef d'oeuvre "Point Limite Zéro", celui-ci mérite le mème statut. "Le convoi sauvage" raconte l'histoire d'un convoi de chars transportant un bateau livré avec des itinéraires de lieux dangereux avec des Indiens dans les alentours. L'un d'eux, un trappeur, se fait attaquer par un ours avec violence et ne pouvant bouger, se voit laisser à l'abandon par ses collègues . La route continu pour les autres tandis que le trappeur essaie de survivre dans des zones dangereuses et retrouver ses pas. Ce que je raconte fait surement penser à un film récent qui a beaucoup copié ici, "The Revenant" d'Inarrittu avec Léonardo DiCaprio. Pour parler de "Le convoi sauvage", je mets un maximum d'étoiles car j'ai adoré ce long métrage du début à la fin avec des plans naturelles en décors superbement mis en images, une histoire qui nous captive et nous émeut (la scène de l'Indienne en train d'accoucher m'a fait couler une larme), il y a des flashbacks aussi pour connaitre les passés des personnages. Richard Harris est une nouvelle fois prodigieux dans le role principal avec, à ses cotés, de très bons comédiens comme John Huston. Un long métrage qui mérite reconnaissance.
Avant "The Revenant", il y a donc eu ce film, de R. Sarafian, qui part de la même base. IL en résulte un film un peu moins démonstratif, mais tout de même plastiquement magnifique, avec là encore une attaque de l'ours saisissante, avec un R. Harris excellent. Du point de vue du scénario, on est face à une histoire avec toujours la vengeance en fond, mais plus axé sur la survie de son personnage. Un film puissant, beau et d'une belle tenue, qui mériterait de sortir un peu de l'oubli, tant il tient la comparaison avec la version 2015.