La lumière, la brune, l’aube dévoilant un jour maudit, les paysages à perte de vue, la noblesse de la beauté, celle à laquelle Stanley Kubrick écrit une ode. « Barry Lyndon », la fusion d’une histoire maudite et la perfection, le sommet d’un art, une fresque absolue.
Je suis envahi dès la première seconde, dès que la musique raisonne comme une obligation, celle de nous plonger dans ce contexte, dans la vie de Barry, un jeune homme ambitieux en décalage avec son milieu. Un jeune homme qui se révèlera un immonde fourbe, un vulgaire opportuniste, réduit à néant par son destin. Barry devient « Barry Lyndon », une œuvre complexe, qui transporte en état de grâce, qui prend et emmène au paradis, celui où la querelle n’existe pas.
« Barry Lyndon », le drame total de Stanley Kubrick, un bout de coton dans lequel réside un diamant, une traversée de l’Europe du XVIIIème siècle à travers son absurdité, sa mélancolie presque tragique, son recul. Un voyage entre les décors, entre les classes sociales, entre un homme comblé par les défauts, entre les tours de passe passe, les tricheries, la tension, celles de chaque instant à travers lesquelles tout peut se perdre. « Barry Lyndon », c’est l’art de constater que l’on s’est pris d’affection pour une ordure, un homme sans état d’âme, qui a passé la majeure partie de sa vie à mentir, à voler les autres, à battre son beau fils, à tromper sa femme dépourvue de parole.
Un film qui semble avoir été réalisé à son époque, avec les lents plans étirés, le réalisme pur, car la caméra de Stanley Kubrick est un pinceau qui forme les traits de la Joconde, car elle dépeint une Europe tourmentée dans une atmosphère quasi volcanique, où le magma hurle de toutes ses forces. Et sous le coup de l’évidence, le film met en scène les hautes classes cupides et corrompues avec un perfectionnisme à faire pâlir. Les plans sont magnifiques. Ils durent, sont aussi travaillés que merveilleusement constitués, notamment au niveau des couleurs, de l’éclairage qui réveille les contrastes, les dégradés qui semblent sortis d’un merveilleux tableau.
Dans « Barry Lyndon », il n’y a rien pour arrêter la beauté, la magie, le panache qui sort de chacun des plans, l’éternelle grâce qui se dégage des corps, la poésie des vents qui se frottent au drame, à l’écriture qui offre littéralement l’idée de se mettre sur orbite, de par sa richesse, sa complexité, celle du personnage de Barry. Il suffit de voir la séquence du ruban, qui résume à elle seule la puissance du personnage, ne voulant même pas chercher, ni trouver.
Une œuvre d’art d’une richesse folle, tant émotionnelle qu’intellectuelle, « Barry Lyndon » se contemple, se vit, s’observe sous sa magnifique photographie et son écriture indomptable. Un chef d’œuvre de trois heures, un chef d’œuvre comme on en aimerait pour la vie.