J’ai mis du temps avant de me plonger dans Barry Lyndon, pensant à tort qu’il s’agirait d’un film lent, froid, réservé aux amateurs d’histoire ou de technique cinématographique. Quelle erreur ! Ce que j’ai découvert, c’est une œuvre d’une beauté inouïe, une fresque humaine aussi cruelle que mélancolique, portée par une mise en scène absolument magistrale. Kubrick signe ici, à mes yeux, son chef-d'œuvre le plus abouti, et probablement l’un des plus beaux films jamais réalisés.
Visuellement, c’est un choc. Chaque plan semble sortir d’une toile de maître. L’utilisation de la lumière naturelle, notamment dans les scènes éclairées à la bougie, donne une authenticité et une poésie rares. Il n’y a pas un seul cadre qui ne semble pas avoir été minutieusement composé (on est devant un film qui respire la perfection formelle, sans jamais être froid ou vide). Au contraire, cette esthétique sublime sert constamment le propos : elle nous enveloppe, nous transporte dans ce XVIIIe siècle où les apparences dictent les destins.
Mais ce qui m’a le plus touché, c’est la manière dont Kubrick dépeint l’ascension et la chute de Redmond Barry. Ce personnage, tour à tour arrogant, pathétique, touchant et exécrable, est brillamment interprété par Ryan O'Neal. Je me suis surpris à ressentir de l’empathie pour lui, même lorsqu’il commettait l’irréparable. Le film adopte une distance narrative (avec cette voix-off implacable) qui renforce le sentiment de fatalité et de solitude. On observe un homme tenter désespérément de forcer le destin, pour finalement n’en être qu’un jouet de plus.
Barry Lyndon n’est pas un film qui se livre facilement. Il demande de la patience, de l’attention, une certaine ouverture à un rythme très éloigné des standards actuels. Mais pour ceux qui acceptent de s’y abandonner, c’est une expérience cinématographique bouleversante, hypnotique, et profondément humaine. À la fin, j’avais le cœur lourd, les yeux pleins d’images somptueuses, et cette certitude d’avoir vu quelque chose de rare. Un film que je ne suis pas près d’oublier.