Mother
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Matthias T.
Matthias T.

52 abonnés 612 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 1 janvier 2017
Connu pour son hybridation des genres (Memories of Murder s'apparentant à une enquête criminelle teinte de comique, The Host pouvant se définir tant bien que mal comme un film d'horreur drôle et écologique...), le cinéaste coréen Bong Joon-Ho ne déroge pas à la règle ici avec son nouveau opus, Mother: qui est à la fois un portrait de mère désespérée, une enquête criminelle menée au rythme effréné et une peinture des moeurs d'une société coréenne dégénérée.

Mais, loin d'être assujetti aux codes d'un genre (teneur lacrymale pour le drame, intervention d'un monstre pour l'horreur, apparition de suspens pour le thriller...) Bong Joon-Ho les dynamise, les renouvelle et les investit de sa sauce personnelle. Au vu d'une grande production filmique qui subit l'emprise tentaculaire du Genre dont les règles strictement immuables réduisent leur auteur à l'anonymat, les grands films semblent reconnaissables au fait que c'est au contraire le ou les genre(s) qui sont tenus en bride par un créateur qui jongle et joue avec à sa guise. Ici la première séquence voit la mère, protagoniste du film comme l'annonce le titre - Mother, esquisser les gestes d'une chorégraphie dansante dans un champ de blé, fixant la caméra avec un regard étonnamment fixe. Où est-on ici? Dans un thriller? Dans un drame? Dans un musical? Dès le premier plan le cinéaste met en place son univers, et marque la pellicule filmique de son empreinte bongjoonhoienne.

Alors, de quoi est-il donc question dans ce Mother? Une mère à l'emprise avec une société sclérosée, figée dans d'immuables conventions, et où règnent corruption (le personnage de l'avocat), trocs inéquitables (deux bouteilles d'alcool de riz contre un portable), prostitution (la jeune fille retrouvée assassinée qui se prostitue pour gagner de l'argent de poche). Comme déjà dans Memories of Murder Bong Joon-Ho insiste sur l'incompétence des dirigeants (les policiers se précipitant sur le premier suspect, un retardé mental impuissant et dépendant de sa mère - "il couche avec sa mère" se moque-t-on ainsi de lui), l'incompatibilité des mentalités et des habitudes (téléphones portables VS acupuncture = deux époques qui se confrontent), le manque de communication (le film repose sur de constants réseaux de malentendus, des langages qui ne se rencontrent pas; par exemple les onomatopées de Do-Joon - Paf! Boum! Vlan! - face à la violence physique des policiers) qui amènent à un grand sentiment de solitude (cette mère totalement rapetisée, littéralement avalée et ecrasée par des paysages et des montagnes titanesques, réduite à un petit trait dans l'horizon dans des plans d'ensemble impressionnants, à la Caspar David Friedrich).
Tout cela est capté avec justesse & puissance par une caméra hors-pair, à la fois épatante de fluidité (suivant l'altercation physique entre Do-Joon, Jin-Tae et les joueurs de golf en un large plan-séquence pour restituer le mouvement dans la continuité) et attentive au moindre détail .Notons ainsi la superbe scène lors de laquelle la mère se trouve chez l'ami de son fils, Jin-Tae, qu'elle soupçonne être à l'origine de la machination ayant conduit Do-Joon en prison, qu'elle fait tout pour ne pas le réveiller - marchant sur la pointe des pieds, s'efforçant du maximum de discrétion possible, minimisant tous ses mouvements - et que se renverse pourtant une bouteille d'eau par terre: le coeur de la mère semble alors s'être arrêté de battre, la caméra montre en un plan serré virtuose la goutte d'eau s'approcher de plus en plus de la main et de l'index tendu d'un Do-Joon encore endormi, mais qui grogne dans sa léthargie lorsque la goutte d'eau évoquée effleure légèrement sa peau...

Mais, et c'est là qu'on mesure la complexité de cet opus: tout en présentant un aspect fini, maîtrisé; tout en étant une Oeuvre Achevée, Mother s'impose comme Esquisse au Crayon de Papier. Le bon livre est celui dont le lecteur fait lui-même la moitié a dit Voltaire, un précepte qu'on peut également appliquer au film, et que Bong Joon-Ho semble ici avoir fait sien.Tout en proposant au spectateur avec maestria des enjeux bien déterminés de scénario et des partis-pris bien décidés de mise en scène, il lui laisse des questions ouvertes, une part manquante qu'il lui échoit de remplir, de composer. Au spectateur de remplir les blancs et les trous de l'histoire, d'expliquer l'attachement obstiné qui lie la mère à son fils, ou encore à se casser le cerveau en six pour avoir une chance de trouver le coupable. La mère, dans son désir de prouver l'innoncence de son fils, finit par tuer. Do-Joon lui rend sa boîte d'acupuncture, qu'il a probablement trouvé dans le bûcher de la maison de l'assassiné, en la regardant d'un air malicieux. Sont-ce deux complices meurtriers qui se font face à ce moment-là? Deux paumés? Deux abandonnés du destin? Deux parias? Un mère et un fils? Un couple d'amants? La question reste ouverte.
A la fin, ce dédale de meurtres et de crimes rationnellement insolubles semblent trop déroutants pour l'héroïne elle-même, éblouissante Kim Hye-Ya (actrice populaire de Corée à laquelle Bong Joon-Ho dédie ici une belle déclaration d'amour, tout comme Fatih Akin sublimait magistralement Hanna Schygulla dans Auf der anderen Seite) qui décide de se livrer, tout comme toutes les autres passagères d'un bus dont les vitres sont dardées par d'aveuglants rayons de soleil, à une série de mouvements folle, mi-danse, mi-transe, comme exutoire et source de soulagement. La caméra, pourtant si méticuleuse pendant tout le déroulement de l'histoire, décide aussi, apparemment, de se laisser aller: le cadre devient moins rigoureux, l'éclairage de l'image plus flou... Et nous?

C'est l'intérêt majeur de ce Mother: une oeuvre à la fois totalement aboutie, achevée et qui appelle en même temps à un investissement éternellement renouvelable du spectateur... Donner et recevoir.
Doloresdu92
Doloresdu92

4 abonnés 29 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 12 novembre 2016
Film bien mieux que ce je pensais. fin étonnante. Bravo à l'actrice qui joue la maman et bravo au réalisateur. L'acteur qui joue le fils aussi, bravo à lui. On y croit à la relation mère-fils qu'ils entretiennent.
Chef-d'œuvre
anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 1 septembre 2016
Ce film est incroyable, probablement le meilleur film de Bong Joon-ho que j'ai vu, c'est un film très fort mais il a l'essence de Joon-ho. Comme d'habitude il mélange les genres: thriller, drame et comédie. Il fait une excellente critique sociale et l'interprétation des acteurs est exceptionnelle. C'est un film plein d'émotions du début à la fin.
Ewen Blake
Ewen Blake

191 abonnés 1 320 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 6 novembre 2015
Composition poignante de Kim Hye-Ja et amoralité assumée se dégage d'un film qui mélange les genres avec succès entre comédie, thriller et violence qui tâche. Mother reste en mémoire.
NewBoorn
NewBoorn

71 abonnés 576 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 22 septembre 2015
Sceptique devant ce film m'ayant laissé parfois de marbre, il faut bien le dire. Le scénario est attirant, le début du film énigmatique et on ignore vraiment complètement dans quoi on va être embarqué. C'est le cœur de l'oeuvre que je ne saisis pas. L'attachante et déchirante "mother" va se démener pour démontrer la vérité, mais au lieu de nous servir une enquête passionnante, Joon Ho Bong préfère nous faire bailler d'ennui à travers des ficelles et des péripéties peu passionnantes et parfois difficiles à saisir. C'est là que personnellement j'ai commencé à décrocher, puis, heureusement, viennent les vingt dernières minutes, qui élèvent enfin ce film baigné par la noirceur et le pessimisme. Personnages poignants, ambiance glauque à souhait, c'est avec regret malheureusement que cette production tombera dans l'oubli personnellement.
anonyme
Un visiteur
4,0
Publiée le 18 juillet 2015
Encore une claque coréenne dans la gueule !
Bon scénario bien qu'un peu moins travaillé que Memories of Murder tout de même mais très belle histoire.
Par contre, il est vrai qu'on peut vite décrocher au début mais on aurait tort car ensuite l'histoire bien entamée, le film est très prenant.
Non franchement très beau film, sincère qui n'en fait pas de trop et l'histoire pourrait être réelle tellement c'est réaliste je trouve. Et après tout jusqu'où une mère serait-elle capable d'aller pour son fils ?
maxime ...

316 abonnés 2 069 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 1 avril 2022
Il me semble que Mother est encore plus Fou que touts les autres films de Bong Joon-ho !

Il y'a en tout cas touts ce qui si apparente, déjà la première fois la secousse s'étais fait sentir, ce second visionnage l'accentue encore et encore. Le choc est difficile, écrire quelques mots là-dessus aussi.

마더, titre V.O, nous fais plongé dans le quotidien de ce recoin de Corée ou tout semble si ordinaire et pourtant ... C'est bien là que toute l'horreur se situe. Bong Joon-ho comme à son habitude nous fais passé par différents stades, joue avec nos émotions et nos notions aux rythme des circonstances, du parcours de ses personnages, ici tout bien et mal sont diffus et confondus pour ne laisser traces qu'à la décision et au vécu de l'action. Il porte les choix et cas de consciences et nous les refilent, d'où cette sensation incroyable de trouble qui surine le bide et nous mets dans touts ses états ...

J'ajoute que ce long métrage, encore plus que 살인의 추억 ( Memories of Murder ) m'a fait intimement froid dans le dos. Par plus d'une fois le déboussolèrent m'a fait vivre cette expérience de cinéma avec fascination et rebut, pire encore lors de ce simulacre de reconstitution et de la visite de cette mère à la famille de la défunte ... Je n'arrive pas écrire, non, c'est trop !

Le quatrième films de Bong Joon-ho est à nouveau servit par des acteurs et actrices au combien talentueux et fantastiques. Kim Hye-ja est la première à être mentionné, à juste titre. Sa danse inaugurale, ou encore finale semble n'être que des ancrages du manifeste global. Ses cris, la clope qu'elle fume, son gant en plastique qu'elle retire, sa manière de faire boire son café à son fils ... Tout est malaise, et pourtant, on la comprend. Le geste est incommensurable. Won Bin est l'autre versant de l'édifice. Il est grandiose, notamment lorsque la lumière sur l'histoire ne détourne plus le regard. Il continue de me couper le sifflet encore au moment de pianoter ses quelques lignes. Jin Goo, Mun-hee Na, Chun Woo-hee et les autres ont eux aussi leurs lots d'exubérances à faire valoir, de douleur avec.

Le temps confère à ce film encore plus de poids, d'importance, donne à ses détails, à son sous texte et ses ornements une analyse à faire de nos rapports intrinsèques. Mother est un Chef D'Œuvre de plus parmi la filmographie de ce réalisateur qui n'a que toute la gloire qu'il mérite, et encore, elle est tardive ...
Val_Cancun
Val_Cancun

71 abonnés 764 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 25 février 2015
Cinéaste habitué au mélange des genres, Bong Hoon-Jo récidive avec "Mother" (2009), son 4ème long-métrage qui mêle habilement le drame, le polar et la comédie noire.
"Mother" comprend des similitudes avec "Memories of a murder", précédent film du réalisateur coréen : le héros est à chaque fois un simple d'esprit, accusé de meurtre à tort semble-t-il, et la police locale constituée d'incapables se contente de ce suspect idéal.
Bong Hoon-Jo en profite pour ridiculiser les différentes institutions coréennes, par des séquences absurdes dans lesquelles le film prend des airs de comédie burlesque, dans une confusion des genres très inhabituel pour nous autres occidentaux, mais rendu possible par une mise en scène au cordeau, permettant de jongler habilement entre ces registres.
Bong n'est pas tendre non plus avec ses personnages, qui se débattent comme ils peuvent, et non sans bassesses, dans cette société inégalitaire et viciée.
Ainsi, la figure maternelle emblématique (incarnée par la non moins emblématique actrice Kim Hye-Ja) est elle-même égratignée : les valeurs d'amour inconditionnel et de protection, habituellement célébrées, sont ici questionnées avec pertinence, voire dénoncées.
Le scénario est une mécanique de précision qui permet à Bong d'effectuer une démonstration implacable illustrant la remise en question évoquée ci-dessus. A noter que Won Bin est impressionnant de justesse dans le rôle du fils attardé et surprotégé.
Toutefois, ces louanges sont hélas à relativiser, en raison d'un défaut majeur de "Mother" : la mise en scène contemplative est certes élégante, mais entraîne également des longueurs récurrentes, et un certain ennui pointe parfois au cours de ces 2 heures. Dommage...
cocolapinfr
cocolapinfr

87 abonnés 634 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 30 janvier 2015
Un travail remarquable, un thriller original et horriblement prenant. Des acteurs de qualité notamment "Won bin" méconnaissable que vous aurez peut etre deja vu dans "Freres de sang" et "The man from nowhere".
MC4815162342

455 abonnés 1 489 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 25 novembre 2014
En 2009, après le Policier, le Fantastique et avant la Science-fiction le talentueux Joon-ho Bong nous proposait un autre genre avec "Mother", le Drame.

Comme le titre nous le prouve nous allons suivre une mère, une mère dont le fils un peu retardé est accusé de meurtre, elle forcement convaincue de son innocence va tout faire pour la prouver. Bong livre ici un drame réaliste, prenant et royalement maîtrisé, il dénonce également les facilités d'enquêtes policières, n'importe quel indice stupide peut servir de preuve et envoyer un innocent droit en prison, ou encore une chose bien connue, les personnes un peu attardées sont celles sur qui on tape le plus facilement, c'est le suspect parfait, on peut lui faire croire qu'il à tuer alors que c'est faux, enfin ces personnes sont facilement manipulables donc sont forcement faibles face à des gens mal intentionnés et incompétents.

Enfin comme dans la plupart de ses films Bong dénonce plusieurs choses intolérables de la société dans laquelle on vit, mais il n'oubli cependant pas sa touche d'humour qu'il aime tant, bien moins prononcée ici que dans ses autres films mais toujours présente et très plaisante.
Niveau mise en scène il nous offre comme à chaque fois une grande maîtrise et un soin particulier tinté de choses très intelligentes ainsi qu'une réalisation impeccable.

Pour ce qui est du scénario, même si j'en ai déjà parlé, il est prenant, intelligent, beau et tout simplement brillant, à chacun de ses films il propose des sujets très différents, celui ci est surement le plus beau et le plus étonnant. En même temps l'amour d'une mère c'est difficile de faire plus beau comme sujet, d'ailleurs l'actrice portant ce rôle Kim Hye-Ja est plus qu'excellente, on a l’impression d'être face à une mère et non une actrice, Won Bin quant à lui incarne le fils retardé, un rôle qu'il exploite à merveille, physiquement il arrive à transmettre une sympathie et une simplicité épatante, il a totalement su posséder le personnage.
En revanche pour ce film Bong ne retrouve pas son acteur fétiche Kang-ho Song, une petite apparition aurait été la bienvenue mais bon ce n'est rien de bien dramatique.

En bref, Bong signe une histoire forte avec un final inattendu et au delà de l’injustice de la société il nous offre l'amour d'une mère prête à tout pour son enfant, un grand bravo à ce réalisateur toujours aussi brillant.
Djo D
Djo D

81 abonnés 693 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 18 novembre 2014
J'avais envie de le voir depuis longtemps, peut-être trop même. Car je dois l'admettre, même si j'ai été conquis par ce film, j'ai un soupçon de déception, un petit truc qui me gêne et m'empêche de mettre plus que 3 étoiles qui pourtant semblait tout vu. Peut-être est-ce l'intrigue trop longue, la fin, où le scénario titube un peu. Je ne sais pas. Reste en tout cas un super film, bien ficellé, bien foutu, bien filmé, bien joué, avec une gestion du suspens admirable.
Rodolphe B
Rodolphe B

17 abonnés 10 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 11 septembre 2014
Poétique, Thriller, envoutant attention voici un chef d'oeuvre à la réalisation hyper soigné, j'adore chaque plan ,c'est vraiment de l'art, on découvre une corée que je ne connaissais pas. le rôle de la mère est saisissant, le film bascule en deuxième parti dans un autre registre, le combat d'une mère, pour son fils, magnifique ... ce film est une perle
anonyme
Un visiteur
2,0
Publiée le 9 septembre 2014
L'idée du film est pour le moins originale. La détermination d'une mère qui fera tout pour son propre fils, quelques soit les circonstances. La mise en scène Coréénne est fidèle à elle-même et nous propose un film sombre avec violence et interrogatoires policiers musclés. Cependant, le film en lui-même ne dépasse pas le synopsis et m'a laissé sur ma faim...
Kloden
Kloden

149 abonnés 997 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 25 juin 2014
A mes yeux, ce Mother est un Memories of Murder mieux dosé. Tout d'abord, facile de constater que les deux long-métrages sont proches : meurtre obscur, erreur judiciaire entraînée par le choix du suspect facile, environnement urbain et pauvre où le trivial et le glauque côtoient le lyrisme et la beauté pure (...). Mais cette fois, le mélange des genres est moins abrupt, et les ruptures de ton moins franches, passent mieux. Cela est je pense dû au fait que si le grotesque des personnages ou des situations censées amener l'humour n'est pas forcément atténué, la caméra ne l'appuie cette fois en rien, signant un passage vers le drame pur qui m'a beaucoup plu. L'aspect thriller, segment dans lequel Mother n'a rien à envier à Memories of Murder, est lui aussi foutrement bien développé dans ce que j’appellerai un labyrinthe-escalier. Labyrinthe car Bong Joon-Ho et son intrigue ne cessent de nous perdre, ou plutôt de nous le faire croire, pour sans en donner l'air nous mener avec assurance vers un dénouement puissant. Escalier parce que ce chemin psychologique et réflexif se fait étape par étape, prenant à chaque pas une signification plus forte, dévoilant avec toujours plus d'insistance la force de cet amour maternel paroxystique, inconditionnel, qui finira quasiment par aliéner son sujet. Une idée qui rappelle à nouveau la propension du cinéma de Bong Joon-Ho à faire pénétrer la monstruosité dans le quotidien. L'obsession du cinéaste à marier trivialité et beauté, dont j'ai déjà parlé plus haut, n'a jamais été déclinée avec tant d'à-propos. Le schéma narratif est donc proprement brillant, structurant une écriture non moins brillante. Puis le visuel n'est pas en reste, marquant pour moi la plus maîtrisée des partitions de Bong Joon-Ho, ici quasiment virtuose. La mise en scène est souvent subjective, sans être participative, et on suit les épreuves endurées par le personnage comme un chien suivrait son maître, à la trace, mais sans pouvoir intervenir. On subit donc de près la spirale dramatique, qui impacte avec violence et conviction. Pour tout cela, Mother est une vraie pépite, surtout à saluer pour le génie de son écriture et tout juste ternie par quelques longueurs. La plus grosse réussite de Bong Joon-Ho à ce jour.
Sid Nitrik
Sid Nitrik

74 abonnés 416 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 20 juin 2014
Sur le papier « Mother » ne payait vraiment pas de mine mais c'était sans compter la maestria du talentueux Joon-Ho Bong pour nous immerger dans une histoire. Le coréen nous livre un thriller tragi-comique noir autour d'une étrange relation entre une mère sur-protectrice et son fils handicapé mental accusé du meurtre d'une jeune fille. Avec beaucoup de sensibilité et d'humour noire, Bong n'oublie pas de construire une intrigue efficace même si l'on peut reprocher au final d'être fondamentalement convenu. Mais cette façon de mettre en scène, pleine d'originalité et de sérénité, transporte le spectateur d'un bout à l'autre du film sans le moindre relent de suffisance ou d'élitisme cinématographique. Le réalisateur filme la misère, la joie, la mort, l'abnégation et mélange le tout pour créer un cinéma très spécial mais particulièrement envoûtant. L'actrice Kim Hye-Ja livre une prestation sublime et l'on notera qu'il est toujours compliqué de jouer le rôle d'un déficient mental sans en rajouter des caisses, l'acteur Won Bin réussit l'exercice haut la main. Joon-Ho Bong s'impose décidément comme une valeur sûre montante du cinéma.
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