La critique qui suit ressemble à beaucoup d'autres. Mademoiselle Chambon mérite amplement ce succès. Le film s'ouvre brillament sur une scène surprenante, et j'entendais un journaliste dire dans Le Masque et la Plume qu'elle était stupide car pas besoin d'être érudit pour savoir ce qu'est un complément d'objet direct! Et bien désolé, mais je ne saurais pas (et je ne pense pas être le seul) vous expliquer cette notion, et donc cette scène est brillante et nous met directement dans l'ambiance tendue et à fleur de peau du film. On se mettra tous d'accord également sur la pudeur d'une passion, ce qui manquait cruellement à deux films récents qui prétendaient représenter la passion: Partir et Les regrets. Puis également sur la simplicité d'une réalisation épurée, d'une caméra au plus proche des acteurs, d'une immersion totale dans un univers parfaitement intimiste et qui montre quelque chose de très fort, d'intensément prenant. Mais encore, on parlera tous d'un scénario très bien écrit, dans un style infiniment délicat, ou de l'état de grâce de deux acteurs bouleversants, on a nommé Vincent Lindon et Sandrine Kiberlain. Je rajouterais à ces qualités la grande finesse dans la présentation des personnages, notamment pour celui de Jean, le maçon, qui est ici montré dans toutes les situations auxquelles il est confronté avant la rencontre avec Mademoiselle, puis dans ces mêmes situations après la rencontre. L'évolution du personnage n'en est que mieux captée, et mieux compréhensible. En revanche on notera une lenteur et des longueurs dans certaines scènes interminables, dont la délicatesse est tellement poussée qu'elle en devient énervante. Et puis, pour les plus tatillons, on aura noté une image terne tout au long du film, et donc peu agréable. Mais l'atmosphère du film reste dans nos têtes, c'est donc un film mémorable, ou la définition de passion, d'amour à la fois possible et impossible, est cconstamment remise en cause, dans un film qui parle plus qu'il n'y paraît.