Au croisement de Breaking Bad et du Secret de Brokeback Mountain, Dallas Buyers Club narre l’histoire vraie de Ron Woodroof, un séropositif texan qui, dans les années 1980, fonde le premier des douze clubs américains ayant fourni aux malades médicaments antirétroviraux étrangers efficaces et ayant ainsi permis de faire avancer la recherche dans la lutte contre le VIH.
Electricien dans la ville de Dallas et à ses heures perdues, cow-boy viril adepte d’alcool et de cocaïne entre deux séances de rodéo, Ron Woodroof apprend son infection par le VIH à l’occasion d’un test sanguin. Niant d’abord cette dure réalité avec l’insolente désinvolture qui le caractérise, le cow-boy des temps modernes se documente et prend conscience des causes et des conséquences de sa maladie. Après avoir suivi le seul traitement autorisé par l’agence américaine du médicament, l’AZT, sa dangerosité et son inefficacité le poussent à se lancer dans la contrebande de médicaments de remplacements en provenance de l’étranger, en fondant le Dallas Buyers Club. Mais le gouvernement américain, principal antagoniste de l’histoire influencé par les laboratoires pharmaceutiques officiels, ne voit pas d’un bon œil les activités de Ron Woodroof et tente de les arrêter.
En dépit de son accueil très favorable reçu par le public et les critiques, ce biopic dramatique, lancé dès les années 1990, a failli ne pas voir le jour pour des raisons financières. Plusieurs binômes d’acteurs sont envisagés, parmi lesquels figurent Brad Pitt et Ryan Gosling, mais le projet reste au point mort, jusqu’à ce que Matthew McConaughey participe au financement, permettant ainsi de boucler le budget. C’est aussi lui qui a suggéré Jean-Marc Vallée à la réalisation, cinéaste canadien révélé en 1995 avec son premier long-métrage, Liste noire, après la candidature envisagée de Dennis Hopper, réalisateur reconnu grâce à Easy Rider.
Initialement, le rôle de Ron Woodroof avait été prévu pour Woody Harrelson, une suggestion finalement abandonnée à la suite des problèmes de financement. De même, Hilary Swank avait été envisagée pour le rôle du docteur humaniste Eve Saks, mais son emploi du temps chargé l’a contrainte à renoncer, laissant la place à Jennifer Garner. Pour compléter le trio formé par l’actrice et Matthew McConaughey, le controversé Jared Leto est choisi pour interpréter le rôle d’une séropositive transgenre, Rayon, qui forme un duo atypique et complémentaire avec Woodroof. Pour s’immerger dans leur personnage de la manière la plus crédible qui soit, McConaughey et Leto perdent chacun une vingtaine de kilos pour démontrer les conséquences physiques de la maladie, un exercice qu’a déjà réalisé Jared Leto pour son rôle dans Requiem For A Dream.
Principalement tourné en Louisiane à la fin de l’année 2012 (près de vingt ans après le lancement du projet), en seulement 25 jours grâce à l’absence de décors montés, Dallas Buyers Club bénéficie en conséquence d’une lumière naturelle qui apporte l’authenticité nécessaire au propos. Sa réception en salle est très honorable, cumulant plus de 60 millions de dollars de recettes internationales pour un budget de production limité à 5,5 millions de dollars. Cet accueil positif est confirmé en France, avec environ 370 000 entrées. Mais le triomphe du film est amplifié et consacré par les nombreuses récompenses décrochées aux cérémonies officielles : six nominations aux Oscars aboutissant à trois trophées (meilleur acteur pour McConaughey, meilleur acteur dans un second rôle pour Leto et meilleurs maquillages et coiffures) et trois nominations aux Golden Globes pour deux récompenses obtenues (encore une fois pour le duo d’acteurs principaux).
Au cœur de ce biopic intime, l’homosexualité occupe une place centrale dans un milieu où on ne l’attendait pas : le Texas et ses cow-boys solitaires et virils. De fait, Dallas Buyers Club est le reflet d’un regard hostile sur des pratiques sexuelles considérées comme abjectes par une population attachée à des valeurs traditionnelles. Un mépris auquel participe d’ailleurs Ron Woodroof, qui vit son homosexualité dans le secret et insulte ouvertement les hommes qui partagent son attirance sexuelle, avant d’être rattrapé par la réalité en étant frappé par le sida. En découle une prise de conscience qui transforme ce cow-boy brut et viril en une bienfaiteur humaniste et empathique. Mais à travers l’inefficacité et la dangerosité de l’unique médicament officiel, ainsi que les opérations gouvernementales menées contre les activités de Ron Woodroof, Jean-Marc Vallée n’oublie pas de présenter l’incompétence et l’irresponsabilité avérées du pouvoir officiel dans le traitement de la maladie, qui n’hésite pas à se servir des infectés du VIH comme de vulgaires cobayes.
Toutefois, en dépit de raconter l’histoire remarquable du combat d’un homme contre la mort, d’une prestation brute et convaincante d’un Matthew McConaughey famélique, et d’une lumière naturelle correctement utilisée, l’épilogue nous laisse sur notre faim et les ellipses répétées sont bancales, inégales et peu mises en valeur dans le fil du récit. L’intrigue tourne essentiellement autour du binôme principal, le reste de la distribution demeurant dans une transparence navrante. Enfin, le rythme souffre d’une certaine monotonie qui suscite trop souvent l’ennui, heureusement rompu par les personnalités originales et attendrissantes des deux chefs de file du Dallas Buyers Club.