Avis sur Les Expériences érotiques de Frankenstein
Les Expériences érotiques de Frankenstein
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konika0
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3,0
Publiée le 5 mars 2023
Mais bon Dieu, faites taire cette chouette !
Lancer un film de Jesus Franco, c’est toujours une expérience surprenante. D’abord parce qu’il y a vraiment à boire et à manger dans son cinéma et ensuite parce qu’on est toujours à la limite. Quelle limite ? C’est bien ce qu’on va voir. Regardons donc ce qu’a à nous offrir cette production espagnole, française et portugaise aux titres multiples et aux montages alternatifs.
Comme chacun sait, le docteur Frankenstein a donné vie à une créature. Il est assassiné par le comte Cagliostro, sorcier légendaire et le monstre est volé par celui-ci. Cagliostro va tenter de trouver la compagne parfaite au monstre pour créer une nouvelle humanité. Pendant ce temps-là, la fille du docteur va vouloir venger son père.
A poil et à plumes, une espèce de femme oiseau dévêtue va nous accompagner pendant tout le film. On ne sait pas bien quel est son rôle mais elle est là. Contrairement au docteur Frankenstein qui ne mène d’ailleurs aucune expérience érotique. Non, les rites évoqués dans un titre alternatif sont surtout les actes de torture de Cagliostro, pas nécessairement érotiques du reste. Mine de rien, on vient là de cocher un certain nombre de cases du cinéma bis de l’époque. C’est le propre du cinéma d’exploitation que de flatter le spectateur dans ses bas instincts pour le pousser à franchir la porte du petit ciné crapoteux du coin pour in fine rentabiliser un investissement modeste. L’autre case qu’on cochera avec plaisir est celle des plans baroques. Franco use et abuse des filtres et se permet des compositions osées qui tapent vraiment à l’œil. C’est surprenant et plutôt chouette. A l’interprétation, rien a déclarer, la plupart des acteurs est en mort cérébrale et pour ce qui est des actrices, ce n’est pas leur talent qu’elles ont vocation à montrer (qu’elles ont peut-être au demeurant). L’intrigue n’a pas vraiment de sens et on peut imaginer que c’est pire encore dans la version espagnole charcutée pour plaire aux censeurs franquistes. On se félicitera aussi que le film n’ait pas été caviardé comme c’était la coutume alors.
Au final, un film court pendant lequel on ne s’ennuie pas, émerveillé par tant de délicieuses bisseries. A l’échelle du ciné de Franco, c’est assurément une réussite même s’il paraîtrait que de véritables pépites autrement plus qualitatives se cachent dans son interminable filmographie. On fouillera, à l’occasion. Par contre, je veux bien qu’on fasse subir les rites de Cagliostro au responsable de l’habillage sonore qui a foutu des hululements pendant TOUT le film.
Bien représentatif du cinéma de Franco : fauché et totalement ludique, sans quelque soucis de vraisemblance et de bon goût. La musique mime à certains moments la musique de foire, ce qui est bien trouvé. Un regret quand même : Howard Vernon est pratiquement réduit au rôle de porteur de défroque et barbiche orientales et à écarquiller et rouler des yeux. Il a en général autrement plus de présence...
Le titre du film au générique est « La malédiction de Frankenstein ». Le titre lors de la sortie en salle, assez mensonger, a été rajouté en dernière minute par le producteur qui l'a probablement trouvé plus vendeur. On sait que Jess Franco, frustré d'avoir été contraint à du sérieux et à être fidèle au roman de Bram Stoker sur le tournage des Nuits de Dracula avec Christopher Lee, a déclaré avoir voulu délirer comme il l'entendait dans les films suivants, et notamment celui-ci. Sur ce point, le spectateur ne sera pas déçu, comme peut le montrer un résumé rapide du scénario. Melissa (Anne Libert), une femme-oiseau, aveugle et cannibale, née du mélange de semence humaine et d'un œuf, enlève dans le laboratoire du Docteur Frankenstein (Denis Price) sa nouvelle création : une sorte de lutteur à l'épiderme bleu argenté. Après avoir éliminé le Docteur Frankenstein et son assistant, Melissa amène la créature à son maître, Cagliostro (Howard Vernon), un magicien chef de secte, dont l'ambition est de créer une race suprême en faisant accoupler le monstre avec une femme parfaite composée d'un assemblage de membres et d'organes provenant de jeunes filles kidnappées dans le village voisin. Mais la fille du Docteur Frankenstein, aidée d'un autre docteur, va tout faire pour les arrêter, notamment en commençant par ranimer épisodiquement le Docteur Frankenstein, histoire d'obtenir quelques informations sur ses assassins… Reconnaissons quelques belles idées, dont celle de la « femme-oiseau », quelques cadrages originaux inspirés d'Orson Welles et rappelant l'expressionnisme allemand, un hommage assez foutraque au serial et aux films Universal de Erle C. Kenton, une musique mi expérimentale mi free jazz assez étonnante sur une production destinée à l'époque aux salles de quartiers populaires. Pour le reste, il y a tout de même bien des faiblesses : Denis Price, en fin de carrière, bouffi, est très mauvais, Howard Vernon cabotine à l'excès, plusieurs séquences sont franchement ridicules. Le budget, malgré l'utilisation d'un très beau scope, est visiblement étriqué. Il y a une grossière faute d'orthographe : « Frankestein », gravé sur la tombe de famille. Enfin il y a certes un aspect cinéma expérimental, mais c’est de l’expérimental qui ne mène pas à grand-chose ! Bref, un Franco pur jus, qui a au moins le mérite de déclencher des réactions passionnelles d'admiration (dans les Cahiers du Cinéma notamment !) comme de fureur, bref de ne laisser personne indifférent.