100% d'accord: ce film est à recommander de toute urgence pour qu'il ne disparaisse pas corps et biens sans être vu. Film à la fois fort et pas sudramatisé, La Terre des hommes rouges n'est ni un film anthropologique, ni un film où les "indigènes" (ici, les Indiens Guarani du Mato Grosso au Brésil) sont instrumentalisés pour les besoins de la fiction, qui s'intéresse avant tout aux héros blancs. Peut-être le premier film qui n'est ni sur des peuplades dans leur environnement d'origine ni sur leur disparition, ce film montre ce que c'est que d'être une communauté qui a été déplacée, spoliée de ses terres et parquée en réserve, aujourd'hui. En réduction constante, perdant ses forces les plus vives - certains jeunes se suicident par pendaison, fait avéré -, cette communauté décide de reprendre possession de ses terres. Mais le réalisateur et scénariste a eu l'intelligence de ne pas surdramatiser l'affrontement qui en découle. Ce film relate comment des groupes humains se côtoient, comment l'un domine l'autre, comment cette domination peut éventuellement être renversée. Comment le désir et la sexualité jouent le rôle le plus pertubateur, les dominés ayant encore leur corps pour eux, même s'il sont obligés de le marchander pour travailler et subsister à grand peine. D'une grande intelligence et d'une grande probité dans ce qu'il montre, La Terre des hommes rouges est une très belle tentative de regarder le plus honnêtement possible la relation entre le possédant qui a tout à perdre et celui qui ne possède plus que lui-même, entre l'un et l'autre. Ce que Bechis a tiré de ses "acteurs" qui ne savaient pas même ce qu'était le cinéma et n'en comprenaient pas le fonctionnement est remarquable. Et ses plans, qui ne cherchent pas à être beaux pour le plaisir, rendent admirablement compte de ce que c'est que de vivre sur ces terres où la forêt n'existe plus que comme lisière. Ces habitants de la forêt qui n'existent plus que dans l'entre-deux sont devenus des héros de cinéma.