28 ans plus tard, les plaies de l’Angleterre sont toujours ouvertes et le monde continue de tourner dans l’indifférence. Fidèle à sa vision de départ, Danny Boyle persévère dans ses intentions, écarte le désir inutile de surenchère de 28 semaines plus tard et signe une œuvre aussi remarquable qu’impérissable. Comme en 2002, l’Angleterre demeure une allégorie du tiers-monde, un territoire en souffrance, en manque de vivres, de médecins, de sécurité et de stabilité. Alors que les vers du poème de Rudyard Kipling résonnent dans l’esprit du public, 28 ans plus tard utilise des images d’archives cinématographiques pour lier le passé au présent et définir la guerre, ou plutôt l’autodestruction à laquelle se livre l’humanité, comme une forme de démence tenace. Plus que jamais, les infectés possédés par le « virus de la rage » représentent les précédents stades de notre propre évolution. Après des années de chaos, les infectés ont développé des rapports de subordination, et éveillé une forme rudimentaire d’affect qui rappelle au spectateur les origines de nos communautés. Placée en quarantaine, l’Angleterre n’est plus que l’ombre de ce qu’elle était autrefois, ce que le cinéaste suggère par des flashs récurrents du passé, ainsi qu’à travers la mémoire vacillante de Isla (Jodie Comer), la mère du personnage principal. En quelques années seulement, des siècles de progrès se sont effacés et la mémoire du monde d’autrefois tend à s’évanouir au fur et à mesure que le nombre de morts progresse. Alors que 28 jours suffisaient à transformer de jeunes soldats en agresseurs, ou une pharmacienne en bourreau, 28 années ont transformé les habitants de l’île sacrée (Lindinsfarne) en survivants entraînés et organisés qui ont su conserver leur humanité.
Après une expédition qui lui aura prouvé que la crainte de la mort fait naître dans le cœur des hommes la culture du mensonge, une cause noble et intime va motiver le jeune héros du film, Spike, à quitter son foyer, à surpasser son père Jamie (Aaron Taylor-Johson) et à mettre sa vie en jeu. À travers les yeux du jeune Spike, le spectateur découvre le nouvel état du monde, mais aussi les règles brutales de la survie au cours de séquences d’action très immersives grâce aux effets de rotation du dispositif imaginé par Danny Boyle. Au contact d’un étrange médecin interprété par Ralph Fiennes, Spike apprendra à embrasser une nouvelle vision de la vie et de la mort qui dépasse le concept primaire de survie, avant de s’engager sur sa propre voie, celle de la vérité.